Un gendarme d’une trentaine d’années a semé la panique et la mort mardi aux abords de la synagogue de la Ghriba.

Cinq personnes ont perdu la vie : trois gendarmes et deux juifs Benjamin Haddad un Marseillais de 42 ans et Aviel Haddad.

L’Ile de Djerba (tunisie) est connue des touristes pour la douceur de son climat, ses eaux turquoise et ses plages de sable fin, et pour les juifs elle est surtout connue pour sa synagogue et son patrimoine juif. Cette communauté a été le théâtre d’un bain de sang mardi soir.

Il est un peu moins de 20 heures en Tunisie (21 heures, heure française) lorsqu’un gendarme de la garde nationale du centre naval de Djerba s’approche de la synagogue de la Ghriba, dans le centre de l’île. Il est armé d’un fusil d’assaut et circulerait sur un quad. Quelques heures plus tôt, ce gendarme aurait abattu l’un de ses collègues à proximité du port, à une quinzaine de kilomètres, avant de s’emparer de ses munitions.

À l’intérieur de la synagogue, la plus réputée du continent africain, plusieurs centaines de personnes venues surtout de pays étrangers sont rassemblées pour les dernières heures du pèlerinage annuel, organisé au 33 jour qui suit Pessah (la Pâque juive). La foule n’est plus aussi compacte en cette fin de journée, et le dispositif de sécurité, très fourni, commence à s’alléger. Aux abords du lieu de culte, à proximité d’un parking, le militaire tunisien ouvre d’abord le feu sur un agent de la circulation, qui succombera à ses blessures, puis il touche mortellement deux pèlerins. Il s’agit de deux cousins. Le premier, Aviel Haddad, est un Israélo-Tunisien de 30 ans, célibataire et bijoutier de profession. Le second s’appelle Benjamin Dan Haddad, un Franco-Tunisien de 42 ans surnommé Ben, installé dans le VIII arrondissement de Marseille, père de quatre enfants .

Les pèlerins cloîtrés dans l’édifice joints par téléphone, l’un des proches des deux cousins Haddad nous raconte ce qu’il sait. « Aviel et Ben venaient de quitter la synagogue avec un groupe de copains, explique Amnon, le beau-frère du premier. Ils se dirigeaient vers leurs voitures et voulaient regarder ensemble le match de football (Real Madrid – Manchester City) qui allait débuter quelques minutes plus tard.

D’après ce que l’on m’a expliqué, il n’y avait plus de barrages policiers en amont de ce parking à cette heure-là. » L’assaillant, expérimenté et extrêmement déterminé, a encore le temps de blesser quatre autres pèlerins et six militaires, dont un mortellement, avant d’être finalement abattu.

Les échanges de tirs sont entendus à l’intérieur de la synagogue et déclenchent un mouvement de panique. Les portes de la Ghriba sont aussitôt fermées et les alentours sécurisés par des renforts policiers arrivés en grand nombre. Les pèlerins, cloîtrés et transis d’inquiétude, commencent à alerter les membres de leurs familles.

Les autorités se refusent encore à parler d’attentat. C’est le cas de David, 29 ans, expert-comptable en région parisienne, qui se préparait à prendre l’avion ce mercredi pour Djerba afin de participer à une bar-mitsvah. « Dans la soirée, j’ai reçu un appel de mes parents, nous explique-t-il avant d’embarquer à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Ils vivent dans le quartier juif de Djerba et étaient présents à la synagogue mardi soir. Ils étaient en panique et ne savaient pas quoi faire. Ils sont restés coincés pendant environ quatre heures avant d’être évacués par petits groupes. Ils sont rentrés chez eux vers 1 heure du matin et depuis, ils n’ont pas osé ressortir. » Les autorités tunisiennes se refusaient encore ce mercredi à parler d’un attentat terroriste visant la communauté juive. Les motivations de l’assaillant restent en effet à déterminer.

Selon plusieurs sources, cet homme d’une trentaine d’années aurait été suspendu de ses fonctions il y a quelques semaines en raison de son idéologie islamiste, jugée trop radicale. Un lien avec les frappes d’Israël sur Gaza ? Serait-il passé à l’acte pour purger dans le sang un ressentiment très personnel ? Difficile toutefois, pour David comme pour ses parents, de ne pas faire de lien avec les frappes aériennes israéliennes qui ont touché la bande de Gaza, où mardi matin, soit quelques heures plus tôt, et fait 15 morts, dont des femmes, des enfants et trois chefs du Djihad islamique.

« On sait que chaque événement à Gaza peut fournir le prétexte à des représailles, en Tunisie comme ailleurs », souffle David, fataliste. Le pèlerinage de la Ghriba, suspendu en 2020 et 2021 pour cause de pandémie de Covid-19, avait repris l’année dernière. Il s’agit d’un moment fort de l’année pour les Tunisiens de confession juive et un moment de rassemblement pour les familles qui vivent notamment entre la France, Israël et la Tunisie.

Cette attaque de la synagogue n’est pas sans précédent . Elle fait en effet écho à l’attentat-suicide au camion piégé en 2002 qui a coûté la vie à 19 personnes. « C’est une violence inouïe que de profaner le pèlerinage de la Ghriba, un moment d’union et de prières, auquel des fidèles du monde entier assistent chaque année », s’est ému le grand rabbin de France, Haïm Korsia. « Nous pensons avec douleur aux victimes, au peuple tunisien, nos amis, a souligné le président Emmanuel Macron. Nous sommes aux côtés de la famille de notre compatriote assassiné. Toujours sans relâche, nous lutterons contre la haine antisémite ».

Le temps du deuil, et celui des questions.

Dans la nuit de mardi à ce mercredi, le ministère français des Affaires étrangères a ouvert une cellule de crise et apporté son soutien, psychologique et logistique, à la famille de Ben Haddad, ce Marseillais de 42 ans qui ne songeait mardi soir qu’à pratiquer sa foi, de manière conviviale, en compagnie de ses amis. Les corps des deux cousins Haddad et des trois gendarmes tunisiens tués par l’assaillant ont été transférés à Tunis où des autopsies devaient être pratiquées.

Ce mercredi soir, les barrages des forces de l’ordre empêchaient encore tout accès dans un large périmètre autour de la synagogue de la Ghriba. À quelques kilomètres de là, à Hara Kebira, un voile sombre s’est abattu sur le quartier juif de Djerba où vivent environ un millier de personnes. « C’est normalement le moment le plus joyeux de l’année, soupire un couple d’épiciers derrière son comptoir. Mais il a fallu que la mort s’invite encore parmi nous à ce moment-là. Maintenant, plus personne n’a le cœur à fêter quoi que ce soit. » Pour Amnon, le proche des cousins Haddad, le temps du deuil commence. Celui des questions aussi. « Nous voulons comprendre comment un homme seul et armé, qui avait déjà tué l’un de ses collègues quelques heures plus tôt, a pu s’approcher d’un lieu à risques comme la synagogue un jour de pèlerinage », soupèse-t-il. En espérant obtenir un jour une réponse crédible.

La presse tunisienne est très discrète sur l’attentat, même en ce jeudi, elle ne parle que de la réussite du pèlerinage.

JForum.fr et le Parisien

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