Aulnay, le 6 février. Dans le quartier de la Rose-des-Vents à Aulnay-sous-Bois, les tensions entre habitants et policiers sont fortes depuis l’affaire Théo LP/ Philippe Lavieille

Six mois après l’affaire Théo, Bruno Beschizza (LR) demande à expérimenter la «police de sécurité au quotidien» dans sa ville. Selon lui, le «dialogue est rompu» avec la police en place.

Source : Le Parisien

Ramener le calme à Aulnay-sous-Bois, à tout prix. Voilà pourquoi le maire Bruno Beschizza (LR), dépassé par les tensions entre policiers et habitants, demande l’expérimentation, dans sa ville, de la « police de sécurité du quotidien » − la police de proximité version Macron, qui doit être déployée début 2018.

Depuis l’affaire Théo, victime d’un viol présumé par quatre policiers en février, les affrontements entre les forces de l’ordre et certains jeunes sont quasiment quotidiens.

«Le dialogue est rompu»

« Le dialogue est rompu entre une partie de la population et les forces de l’ordre, en particulier dans le quartier de la Rose-des-Vents », écrit Bruno Beschizza dans un courrier envoyé à Gérard Collomb, le Ministre de l’Intérieur. Avant de faire part de son « intérêt » à participer à l’expérimentation de la police de sécurité du quotidien… dont les contours sont encore flous, puisqu’ils doivent faire l’objet d’une concertation en septembre et octobre.

On sait seulement que ce dispositif vise à « rétablir la sécurité dans toutes les zones du territoire, en priorisant la lutte contre la délinquance quotidienne et les incivilités ». Il doit aussi «améliorer la qualité du service public et la relation avec les citoyens », via une «approche par quartier ». Enfin, exit les « tâches indues » et le trop-plein de « bureaucratie », les forces de l’ordre pourront se «recentrer sur leurs missions essentielles (…)». Un recrutement de 7 500 policiers et 2 500 gendarmes est prévu.

La création de cette « nouvelle police de proximité » —même si le ministère indique qu’il ne s’agit pas d’une simple reprise du dispositif en place entre 1997 et 2003— avait été annoncée par le candidat Macron en février dernier, juste après… l’affaire Théo. Il estimait qu’il fallait « une police qui connaît la population est plus à même de résoudre les problèmes locaux».

Bien qu’opposé à la police de proximité et « perplexe » à propos du nouveau dispositif, Bruno Beschizza veut y croire : « Si je demande un test à Aulnay, c’est parce que cela reste à construire. Le ministre a annoncé une phase de concertation avec les élus, je compte donc apporter ma vision des choses ! »

Pour lui, l’apaisement des tensions dans les quartiers, notamment à la Rose-des-Vents, passe par la « coproduction de sécurité ». « J’entends par là une coordination de la police avec les autres acteurs de terrain liés à la sécurité : police municipale, médiateurs de la ville et sociétés de sécurité privées que l’on embauche sur certains évènements, poursuit-il. Les policiers doivent faire confiance à ceux qui connaissent les habitants et le quartier. Cela permettra d’éviter de confondre les voyous et les gens honnêtes. »

Et d’illustrer avec un récent affrontement qui aurait pu être évité, selon lui. Mi-mai, un médiateur a été blessé par un tir de flash-ball lors d’une intervention des forces de l’ordre aux 3000… alors qu’il était dépêché par le patron de la police municipale pour ramener le calme. L’incident avait déclenché une vague de colère dans la cité. « Si les policiers avaient connu ce médiateur et compris qu’il était là pour apaiser les choses, cela n’aurait pas dégénéré », estime Bruno Beschizza.

Reste à savoir si Aulnay sera retenue pour le test, qui doit intervenir en novembre et décembre, précise le Ministère de l’intérieur, avant l’élaboration « d’un plan de déploiement général au premier semestre 2018 ».

La préfecture de police de Paris se dit « favorable» à un test à Aulnay. Tout en précisant que les effectifs en place travaillent déjà « dans le sens d’une police de contact afin de favoriser les rapports entre la police et la population ».

«Il faut que les policiers de terrain gagnent la confiance des gens »

SEBASTIAN ROCHE est directeur de recherches au CNRS et auteur de « De la police en démocratie », paru chez Grasset.

AFP/Philippe Merle

Comment expliquer la situation tendue entre policiers et habitants dans certains quartiers populaires, comme Aulnay

S.R. : Historiquement, la situation a toujours été compliquée : il y a là une concentration de la pauvreté et de problèmes. On ne peut pas le reprocher à la police. Mais on sait aussi que la police y est perçue comme discriminatoire, chez ceux qui ne commettent pourtant aucun délit. La multiplication des contrôles inutiles, au faciès -un ordre qui vient d’en haut, pas des policiers locaux, à qui on demande de faire du chiffre- exaspère les gens.

Est-ce que la police de sécurité du quotidien peut fonctionner dans les quartiers ?C’est là qu’on a le plus besoin d’un tel dispositif, même s’il faut en préciser les buts. Il faut que les policiers de terrain gagnent la confiance des gens, les traitent de manière égale, pour produire de la cohésion, donc de la tranquillité… même s’il existe un noyau dur de « professionnels de la délinquance », sur qui ces efforts n’auront pas d’effet. C’était l’objet de la police de proximité qui a fonctionné sur le terrain, mais a été abandonnée pour des raisons politiques.

Que pensez-vous de l’idée d’une coproduction de la sécurité émise par le maire d’Aulnay ?

C’est une bonne idée, même si je suis surpris que cela vienne de lui, car lorsqu’il était syndicaliste policier, il ne croyait pas à la police municipale ! Le partenariat entre les différents acteurs liés à la sécurité, polices nationale et municipale, doit être un pilier de la sécurité. La seule question, c’est : qui est le chef ? Le préfet, le maire, le commissaire ? Il faut quelqu’un qui définisse une ligne directrice.

 

«Il y a trop de méfiance entre les jeunes et les policiers »

UN HABITANT de la Rose-des-Vents, à Aulnay-sous-Bois

«Ici, on a l’impression que les jeunes et la police, ce sont deux gangs qui s’affrontent ! » Costume cintré et attaché-case à la main, Wilfried* attend son bus, rue Edgar-Degas, le cœur de la cité de la Rose-des-Vents.

Pour lui, la mise en place d’une police qui s’attache à mieux connaître le quartier est une bonne chose. « On les attend à bras ouverts. Ici, il y a des jeunes qui mettent le foutoir jusqu’à 3 heures du matin. Si on voit des policiers plus souvent, ce sera bien. Aujourd’hui, ils ne font que passer, s’insultent avec les jeunes, parfois s’arrêtent et essaient d’en attraper un. A quoi ça sert ? »

Même son de cloche un peu plus loin. «C’est compliqué pour les policiers de travailler ici. Je comprends qu’ils pètent un câble, assurent deux trentenaires, occupés à fumer une cigarette. Si cette police de sécurité communique davantage, ça va améliorer les choses. Aujourd’hui, personne ne se parle, ne se connaît. Il y a trop de méfiance. »

* Le prénom a été modifié.

 

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