L’armée américaine interviendrait si la Chine attaquait Taïwan, prévient Joe Biden

Semblant abandonner le concept « d’ambiguïté stratégique » décliné jusqu’ici par Washington, le président américain a mis en garde la Chine contre toute tentative de s’emparer de l’île indépendante par la force. Le régime de Pékin devrait réagir avec colère.

C’est la fin de « l’ambiguïté stratégique ». Depuis des décennies, les dirigeants américains prenaient soin de ne jamais préciser quelle serait leur réaction à une éventuelle invasion de Taïwan par la Chine. Ce lundi, à l’occasion de sa première intervention publique à Tokyo, Joe Biden a clairement indiqué que son pays interviendrait militairement si le régime de Pékin venait à tenter de s’emparer par la force de l’île, que le pouvoir communiste considère comme une partie de son territoire. « Oui, c’est l’engagement que nous avons pris », a déclaré le président américain, lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre japonais Fumio Kishida.

Si Joe Biden avait déjà laissé entendre, en octobre dernier, qu’une réaction militaire américaine à une attaque de Taïwan était probable, il n’avait pas été aussi direct et précis dans sa réponse. Et sa nouvelle déclaration revêt une importance symbolique particulièrement forte car elle est formulée directement en Asie, à seulement 2.000 kilomètres de Taïwan, et quelques semaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui avait relancé le débat sur la volonté des Occidentaux à intervenir militairement dans des conflits d’agression.

Pékin ulcéré

Conscient que sa sortie allait ulcérer Pékin, le président américain a souligné que les Etats-Unis restaient attachés à la « politique d’une seule Chine ». Un concept par lequel Washington reconnaît que la République populaire de Chine est le seul gouvernement légitime de la Chine et admet, sans l’approuver, la revendication de Pékin selon laquelle Taïwan fait partie de la Chine .

Joe Biden a toutefois expliqué que cette politique ne donnait pas à la Chine le droit de prendre le contrôle Taïwan par la force. « Nous sommes d’accord avec la politique d’une seule Chine et tous les accords connexes que nous avons conclus. Mais l’idée qu’elle puisse être prise par la force, simplement prise par la force, ne serait tout simplement pas appropriée », a-t-il martelé.

« Cela disloquerait toute la région et serait une autre action similaire à ce qui s’est passé en Ukraine. Donc, le fardeau est encore plus fort », a poursuivi le chef de l’Etat avant de préciser qu’il ne croyait pas à une intervention prochaine de la Chine dans l’île. « Je m’attends à ce que cela ne se produise pas », a déclaré Joe Biden, ajoutant qu’il est important que les dirigeants mondiaux envoient un message fort indiquant qu’il y aura des conséquences si Pékin entreprend une telle action.

Un Japon embarrassé

Quelques minutes après cette sortie, les porte-parole de la Maison-Blanche ont tenté de minimiser la portée des propos de Joe Biden, expliquant que la politique américaine n’avait aucunement changé et que « l’ambiguïté stratégique » était toujours la norme. Mais la fermeté du ton du président américain a anéanti leurs efforts.

Constamment interrogés sur la réaction de l’Amérique à une invasion de Taïwan par les forces de Pékin, les diplomates des Etats-Unis avaient, jusqu’ici, toujours préférer adopter une posture floue, laissant les capitales de la région interpréter elles-mêmes la stratégie américaine. Une stratégie qui permettait de dissuader Pékin sans toutefois donner trop d’assurances à Taiwan .

Egalement interrogé sur la réaction de Tokyo à une éventuelle attaque de Taiwan, le premier ministre japonais, Fumio Kishida, a, lui, paru plus embarrassé et pris soin de ne pas répondre. La sécurité de l’île est pourtant vécue par Tokyo comme un enjeu de sécurité nationale majeur. Une attaque de l’île précipitant presque automatiquement le pays dans un conflit régional, du fait de la présence de 23 bases américaines sur le territoire nippon.

Plusieurs cadres du pouvoir conservateur, dont l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, ont appelé, dans le passé, leur allié américain à clarifier sa position et à formellement abandonner le concept « d’ambiguïté stratégique ».

Yann Rousseau www.lesechos.fr/
La déclaration du président américain vient en contradiction avec la politique tenue de longue date par les États-Unis dite d’« ambiguïté stratégique » © Crédit photo : SPENCER PLATT / AFP

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