Smotrich défie les grands monopoles

En Israël, la question du coût de la vie n’est plus un simple sujet de débat : c’est devenu un enjeu stratégique pour le gouvernement. À l’occasion des discussions sur le budget 2026, le ministre des Finances, Bézalel Smotrich, a présenté une série de mesures qu’il qualifie lui-même de tournant dans la lutte contre les monopoles et les rentes de situation qui pèsent sur les ménages.

Lors d’une conférence de presse, le ministre a martelé que l’État ne travaillerait plus « pour les intérêts des monopoles, mais pour les besoins réels des citoyens israéliens ». Le message est clair : les grands acteurs bancaires, les groupes de l’agroalimentaire et certaines chaînes de distribution sont désormais dans le viseur. Pour Smotrich, ils constituent l’une des principales causes de la cherté de la vie, dans un pays où les prix de nombreux produits de base restent supérieurs à la moyenne des pays développés.

Pour appuyer ce changement de cap, le ministre a dressé un tableau optimiste de la situation macroéconomique : renforcement du shekel, performances solides de la Bourse, dynamisme continu du secteur high-tech et perspectives d’investissement favorables sur les marchés internationaux. Selon lui, ces indicateurs permettent aujourd’hui de passer d’une logique de simple survie économique à une phase de correction structurelle.

Smotrich a également rappelé le contexte des deux dernières années, marquées par la guerre et une insécurité persistante sur plusieurs fronts. Il affirme que le gouvernement a dû prendre des décisions impopulaires pour stabiliser l’économie et financer l’effort de défense, mais que le temps est venu, selon lui, de « faire payer ceux qui ont profité de la situation » et de restituer une partie des gains aux citoyens.

Le premier axe annoncé concerne le secteur bancaire. Le ministre dénonce des profits « colossaux » réalisés à la faveur de la hausse des taux d’intérêt, alors que les découverts et les crédits sont devenus plus coûteux pour les ménages et les petites entreprises. Il promet d’ouvrir davantage le marché à la concurrence en facilitant l’entrée de nouvelles banques, notamment numériques, tout en réduisant la bureaucratie. L’objectif affiché est double : faire baisser les taux sur les crédits et améliorer la rémunération des dépôts. Parallèlement, les taxes et commissions prélevées sur les établissements financiers doivent servir, selon le ministre, à alléger la pression fiscale qui pèse sur les ménages.

Cette logique s’inscrit dans un plan plus large de concurrence accrue. Smotrich cible explicitement les grands groupes et les grandes chaînes de distribution accusés d’avoir augmenté les prix durant la guerre. Il annonce des mesures pour faciliter les achats à l’étranger à des prix jugés plus raisonnables, en particulier pour certains produits alimentaires et de consommation courante. Le message aux distributeurs est sans ambiguïté : s’ils n’ajustent pas leurs prix, les consommateurs pourront contourner leurs rayons au profit d’importations facilitées.

Le dossier le plus explosif reste toutefois celui de l’industrie laitière. Le ministre veut ouvrir ce marché, historiquement très régulé, par deux leviers : l’augmentation des quotas d’importation de produits laitiers et la suppression progressive des quotas de production interne. Des décisions récentes vont déjà dans ce sens, avec une forte hausse des quotas d’importation de fromages et la réduction temporaire de certains droits de douane pour éviter des pénuries et faire baisser les prix. Les organisations professionnelles, elles, alertent sur le risque de fragiliser des exploitations familiales et de déstabiliser un secteur clé pour la sécurité alimentaire du pays.

Sur le plan fiscal, Smotrich promet aussi une baisse de l’impôt sur le revenu pour ceux qui travaillent et contribuent à l’économie, afin qu’ils conservent davantage de revenu disponible chaque mois. Dans le même temps, il évoque une taxation accrue des bénéfices jugés excessifs, notamment dans le secteur bancaire, afin de financer ces allègements et certaines dépenses ciblées.

Enfin, le ministre met en avant un volet social et symbolique : des avantages fiscaux pour les réservistes. Les familles concernées devraient voir leurs comptes bancaires crédités à partir de janvier 2026, avec des montants pouvant atteindre jusqu’à 1 000 shekels supplémentaires par mois, en fonction de l’intensité du service. Cette mesure, déjà traduite dans des projets de loi, vise à reconnaître l’effort consenti par des dizaines de milliers de citoyens mobilisés de longue durée.

En conclusion, Smotrich présente ce budget comme un choix clair : soutenir les ménages contre des acteurs économiques jugés trop puissants. Reste à savoir si ces réformes produiront effectivement une baisse des prix à la caisse du supermarché et sur les relevés bancaires, ou si elles se heurteront aux résistances des secteurs concernés et aux limites de la conjoncture internationale. Les prochains mois, entre votes à la Knesset et réactions des marchés, permettront de mesurer la portée réelle de cette offensive contre les monopoles.

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