Les coulisses d’un échec israélien retentissant

Le cabinet de sécurité n’a rien su faire d’autre que laisser certains de ses membres, après orchestration de fuites contre les services de sécurité, accuser tout de go Tsahal et le Shin Bet d’avoir la rage… (ou de ne pas l’avoir assez)

 

 

Analyse : alors que la police considérait que les détecteurs de métaux ne seraient qu’une solution temporaire, dans l’attente d’un système de sécurité amélioré, Tsahal objectait à tout changement sur le Mont du Temple, y compris l’installation de caméras ; on a exigé des membres du cabinet qu’ils signent un accord de confidentialité, mais une heure plus tard, tout son contenu avait déjà été divulgué ; et la principale leçon tirée de cette affaire, pour Israël, c’est que l’état Hébreu ne peut pas compter sur l’actuelle administration américaine, pour la prochaine grosse crise quelle qu’elle soit.

 

La décision du Waqf, jeudi, de reprendre les prières sur le Mont du Temple n’a pas résolu sur l’instant la crise des deux semaines passées. Le Hamas et le Fatah ont déclaré des « jours de colère » et il n’est pas encore évident de savoir où mènera le sentiment surfait de « victoire » des Palestiniens. Cela pourrait prendre plusieurs jours avant que la région ne se calme.

En même temps, on ne peut pas ignorer l’ampleur de cet échec diplomatique : l’ambassade israélienne en Jordanie a été évacuée, les Egyptiens ont annulé leurs célébrations du Jour de l’Indépendance en Israël, le Président turc Recep Tayyip Erdogan a enfreint -comme on ne peut que s’y attendre- l’accord de réconciliation et Abbas se fait appeler “désiré” en matière de coopération et manifeste son hostilité à tout ce qui a le moindre lien avec cette crise. Si ce n’est pas un échec, qu’est-ce que c’est ?

(Photo: AP)

Au cours de la dernière réunion du cabinet, lundi soir, quand il a été décidé d’enlever les fameux détecteurs de métal, on a demandé à tous ceux présents de signer un accord de confidentialité. Il n’y avait aucune chance que cela marche. Moins d’une heure et demie après la fin de la rencontre, tout avait déjà été divulgué et ce n’était pas le fruit du hasard. Les membres du cabinet pressentent que le Premier Ministre Binyamin Netanyahu ne va pas tarder à rechercher des boucs-émissaires.

La crise du Mont du Temple n’est pas un échec des responsables de la sécurité. C’est l’échec d’un échelon politique faible et hésitant, qui aurait dû diriger la police, l’armée et le Shin Bet et fournir l’enveloppe politique suffisante pour mener à bon escient et avec l’agressivité nécessaire les mouvements offensifs sur le terrain.

Lors de cette réunion, le Commissaire de Police Roni Asheikh a présenté la façon dont la police percevait qu’il fallait planifier les choses et le chef des Renseignements militaires Herzl Halévy a présenté l’évaluation de la siuation réalisée par Tsahal. Il n’y a aucune unanimité entre l’armée et la police et c’est une bonne chose. Quoi qu’il en soit, tel que le perçoivent les quartiers généraux de la police et l’Etat-Major, divulguer les plans de sécurité et révéler les désaccords existants entre la police d’un côté et l’armée et le Shin Bet de l’autre n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu du Mont du Temple. Cela n’a fait que provoquer la surenchère et les émeutes menées par le Waqf et ses partisans : du Qatar, en passant par la Turquie jusqu’à l’Autorité Palestinienne.

Les arguments professionnels légitimes au sein de l’appareil de défense se focalisaient, d’abord et avant tout, sur une question fondamentale : est-ce le moment, après le meurtre de deux policiers sur le Mont du Temple, de provoquer un changement qui puisse ébranler toute la région, même d’un iota, vers un conflit religieux contre le monde musulman ? Du point de vue des services de sécurité israéliens, le Mont du Temple est et demeure l’endroit le plus explosif de la région, qui pourrait déboucher, non seulement sur une explosion de fanatisme religieux, mais aussi sur un conflit régional et global et à la perte d’atouts stratégiques. Les arguments divulgués à propos des détecteurs de métaux n’étaient qu’un écran de fumée. Tout le monde : l’armée, le Shin Bet, la police et, en définitive, le cabinet – avait un intérêt crucial à minimiser cette décision et à la présenter comme du domaine tactique.

Ce n’est que mardi, quatre jours entiers après la terrible attaque sur le Mont du Temple, qu’on a demandé à l’armée –pour la première fois officiellement – son avis sur la modification des mesures de sécurité sur le Mont du Temple. Tsahal a présenté une position fondamentale : en aucun cas, le status-quo sur le Mont du Temple ne doit être modifié. Ce mantra, qui est également appuyé par le Shin Bet, s’est répété dans tous les débats qui ont eu lieu depuis lors : pas de détecteurs de métal, pas de caméras et pas d’échaffaudages dotés de divers capteurs d’inspection sur les neuf barrages présents sur le Mont du Temple. Tout ce qui a été installé devrait être retiré.

Des caméras intelligentes, trop intelligentes

Le chef de la police Alsheikh peut absolument se percevoir comme un expert des questions palestiniennes et de celles relatives au Mont du Temple. Il en est un expert aussi éminent, si ce n’est plus, que n’importe lequel de ses collègues au sein du Shin Bet et de Tsahal. En tant qu’ancien commandant du district de Jérusalem au sein du Shin Bet, il en connaît chaque recoin et tous les acteurs impliqués et, à la différence de certains de ses collègues qui dirigent les autres organisations, il connaît les Palestiniens autrement qu’à travers la lunette d’un fusil. Des milliers de Palestiniens se sont assis en face de lui dans la salle d’interrogatoire et il a une parfaite connaissance de leur culture et de leur langue.

Mais, quand il a décidé de recommander l’érection de détecteurs de métaux sur le Mont du Temple, dans le courant du week-end qui a fait suite au meurtre du sergent-major Ha’il Satawi et du Sergent-major d’équipage Kamil Shnaan, Alsheikh n’agissait probablement plus à la façon d’un policier. Il est arrivé dans la police en provenance de cette culture organisationnelle du Shin Bet et il en va de même des raisonnements qu’il tient à propos des situations  à contenu émotionnel ou traumatique et sur la façon de résoudre les crises. En ce qui le concerne, à partir du moment où deux policiers avaient été assassinés par des Arabes qui avaient transféré clandestinement des armes sur le Mont du Temple et agi depuis l’intérieur du lieu saint, une ligne rouge avait été franchie en termes de sécurité et il n’existait aucun moyen de faire marche arrière.

Le commissaire de Police Roni Alsheikh. Il provient de la culture organisationnelle du Shin Bet (Photo: Alex Kolomoisky)

Quand les responsables du Shin Bet parlent de ligne rouge franchie, en matière de sécurité, ils font essentiellement référence à un événement équivalent au meurtre du Premier Ministre Yitzakh Rabin par un Juif. Les principales évaluations des menaces pesant alors sur Rabin pointaient en direction du camp arabe. On envisageait bien la probabilité d’un meurtrier juif, mais elle n’était pas perçue comme une option réaliste, jusqu’à ce que cela arrive pour de bon. C’est probablement ce qui a traversé l’esprit d’Alsheikh, quand les terroristes arabes sont parvenus sur le Mont du Temple en faisant passer leurs armes clandestinement. Alors que la police (justement soucieuse du maintien du statu-quo valant pour un maintien de « l’ordre ») s’était focalisée sur la possibilité que des Juifs commettent des attaques ou des provocations sur le Mont du Temple, le terrorisme arabe israélien se propageant depuis le Mont n’était pas perçu comme une menace réelle, même s’il faisait bien partie des scénarios possibles. Un peu comme dans le cas du meurtre de Rabin, mais cette fois, complètement à l’envers.

A partir du moment où cette ligne rouge a été outrepassée, Le Commissaire de police Alsheikh a vu défiler devant ses yeux l’image d’un adepte de Daesh entrant sur le Mont du Temple et tirant en rafales sur des Juifs, des touristes et des agents de police. En ce qui le concerne, il s’agit là d’un scénario auquel Israël doit désormais se préparer.

 L’intention première, lors des consultations des ministres avec les chefs de l’appareil de la défense, immédiatement après le meurtre des deux policiers, était de fermer tout accès au Mont pour une semaine. L’option des détecteurs de métaux a été soulevée, mais on ne les percevait pas comme un problème majeur, alors qu’on avait le sentiment de disposer d’une semaine (jusqu’au vendredi de prière suivant) pour s’asseoir, discuter, calmer la situation sur le terrain et lancer des discussions diplomatiques.

En définitive, à la lumière des protestations déclenchées à travers le monde, lors de précédentes fermetures du Mont du Temple pour une longue période, on a décidé de l’ouvrir dès le dimanche et c’est ainsi que les détecteurs de métaux sont devenus incontournables, comme représentant le seul moyen existant pour tenter de faire face au scénario auquel le chef de la police et ses lieutenants se préparaient : l’’irruption de musulmans armés sur le Mont du Temple.

 Et c’est ainsi que samedi soir, il y a deux semaines, le Premier Ministre a tenu sa fameuse conférence, lors de laquelle il a donné son feu vert à l’installation des détecteurs de métaux et à la réouverture du Mont du Temple, l’instant d’avant son embarquement dans un avion pour une visite officielle à l’étranger. On n’a pas requis du Shin Bet et de Tsahal d’exprimer leur avis à ce moment précis, qui n’apparaissait que comme une phase technique. Rétrospectivement, les responsables de l’armée ont même été surpris par l’efficience de la police dans l’organisation de l’installation des 11 portiques détecteurs de métaux en pleine nuit pour recevoir les pèlerins du dimanche matin.

La police du district de Jérusalem n’envisageait de laisser ces détecteurs de métaux que comme réponse temporaire et partielle pour commencer, mais savait qu’elle ne permettrait pas d’apporter une bonne solution au passage de dizaines de milliers de gens sous la pluie et d’autres conditions imprévues. On ne percevait ces détecteurs de métaux qu’en tant que réponse de première nécessité, jusqu’à ce que la police soit en mesure de réaliser son rêve le plus fou : installer un système de sécurité avancé tout autour du Mont du Temple, qui permettrait  de localiser des suspects bien avant leur arrivée aux entrées en bas du Mont du Temple. Ces mesures secrètes sont à la pointe des technologies de sécurité globale : des détecteurs de métaux souterrains, bien loin du Mont du Temple lui-même, des caméras qui enverront des données à des ordinateurs qui localiseront rapidement des suspects et des activités inhabituelles, etc. De tout ce chaos sur le Mont du Temple, la police a au moins tiré une bonne chose : elle a reçu le principe d’une approbation budgétaire de cent millions de shekels pour développer ces systèmes encore dans les cartons.

Une poignée de caméras intelligentes avaient été installées dans le cadre d’un projet-pilote de la police il y a environ un an. Si ces caméras avaient été activées en ce moment, il aurait été possible de localiser l’un ou l’autre des terroristes, des activistes islamistes radicaux d’Umm al-Fahm, dont les noms étaient dans les banques de données de la police et du Shin Bet et qui ont commis l’attaque sur le Mont il y a deux semaines. Par ce moyen, le terroriste de 29 ans Muhammad Jabarin, muezzin à la mosquée Al Farouk d’Umm al-Fahm a été arrêté par un policier avant qu’il n’entre sur le Mont du Temple, le matin même de l’attaque et on lui a demandé de présenter ses papiers. Il n’a, cependant pas élevé de soupçons, parce que les armes ont été amenées clandestinement par un complice de la cellule qui a intentionnellement adopté l’attitude d’un malade.

Le problème, c’est que même si ces caméras avaient été installées tout autour du Mont du Temple le jour suivant, – et cela n’a pas été le cas à la lumière du ferme refus des Jordaniens – ce n’est pas un système qui puisse fournir des réponses en quelques jours ou même en quelques semaines. Les détecteurs de métaux sont un outil stupide et efficace, lors que les systèmes intelligents on,t besoin d’une période d’apprentissage et d’ajustement. Les ordinateurs à l’autre bout du fil les reliant aux caméras, apprennent tout le temps.

 Vacances sacrées à Honolulu

Au moment de la décision de placer des détecteurs de métaux, il n’y avait aucun sens de l’urgence au niveau de l’échelon politique. Les ministres n’ont pas identifié le potentiel explosif de la situation. Le Premier Ministre se trouvait à l’étranger, comme prévu, le Roi de Jordanie était en vacances aux Etats-Unis et le Président palestinien Mahmoud Abbas se trouvait en Chine. La Maison Blanche n’était pas impliquée et guère en situation de le faire. Netanyahu n’était pas présent pour régler les derniers détails. Les discussions avec les Jordaniens se focalisaient sur la demande israélienne qu’Amman userait de son influence sur le personnel du Waqf, qui reçoivent leur salaire de Jordanie. Les Jordaniens, en réponse, exigeaient que les Israéliens retirent les détecteurs de métaux (au plus vite).

Jusqu’à samedi dernier, la Maison Blanche a traité l’affaire du Mont du Temple comme un dossier dont ses ambassades dans la région devaient s’occuper. Le problème est qu’aussi bien l’ambassadeur américain en Jordanie que celui en Israël sont totalement novices. De plus, les bureaux de la Maison blanche chargés des affaires du Moyen-Orient, ainsi que la plupart des bureaux du Département d’Etat, ne sont toujours dirigés par personne ou en conflit récurrent avec leur direction. Le Département d’Etat comme la Maison Blanche – deux systèmes qui étaient encore bien huilés jusqu’à il y a peu et prenaient leur part dans les crises à travers le monde – ne fonctionnent tout simplement pas sous la direction du Secrétaire d’Etat Rex Tillerson et du Président Donald Trump, englué dans ses déboires intérieurs. Netanyahu, pour sa part, n’a pas senti la nécessité et, de toute façon, ne souhaitait pas que les Américains s’impliquent, de façon à ne pas faire de ces événements une saga internationale dont tout le monde se mêle.

 En conséquence, les Américains ne sont entrés dans le tableau que lors d’une phase plus tardive, lors de l’affaire subsidiaire des tirs d’un garde à la suite des coups de tournevis qu’il a pris d’un menuisier jordanien. Le Shabbat a aussi joué un rôle important. Non seulement la Maison Blanche ne fonctionne pas bien et manque de systèmes de mise en œuvre appropriés, mais trois des principaux responsables – l’Ambassadeur américain en Israël David Friedman, le gendre du Président et son proche conseiller, Jared Kushner, ainsi que le représentant spécial pour les négociations internationales, Jason Greenblatt – sont des Juifs religieux qui observent le Shabbat. Ils sont en interruption de week-end jusqu’au lundi et la salle des opérations de la Maison Blanche ne les a, par conséquent, pas dérangés pour les impliquer dans une crise d’importante à grave [là où réfléchir à l’instauration d’une procédure “Guerre de Kippour” au sein des diverses administrations peut valoir son pesant d’or dans la préservation de Jérusalem]…

נדב ארגמן ראש השבכ
ב דיון ועדת חוץ ובטחון ב כנסת

Le Directeur du Shin Bet Nadav Argaman. (Photo: Ohad Zwigenberg)

Ce n’est que dimanche que l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Ron Dermer a retrouvé trace de son ami personnel Jared Kushner et a pu lui demander de contacter le roi de Jordanie, qui était en vacances à Hawaï. Kushner a pris soin lui-même de cette requête, mais il est difficile de dire qu’en cette période, Israël parvienne à capter toute son attention : au cours de ce même week-end, le gendre du Président était très occupé à se préparer pour devoir aller témoigner devant le Sénat dès le lundi, dans le cadre des lourds soupçons qui pèsent disant qu’il aurait pris des contacts avec la Russie avant les élections présidentielles.

Greenblatt s’est envolé le même jour pour la région, sans disposer d’aucun plan dans la poche, excepté un accord basique entre Netanyahu et le Roi : le gardien de la sécurité à Amman ne reviendrait en Israël qu’en échange de concessions israéliennes qui puissent alléger les tensions sur le Mont du Temple. Quand Greenblatt a embarqué  dans son avion, il pensait arriver en Jordanie, sortir  le garde de la sécurité et l’emmener à l’ambassade américaine – où il serait interrogé par les responsables de la sécurité jordanienne – puis revenir avec lui et avec l’équipe de l’ambassade en Israël, suite à quoi les Etats-Unis d’Amérique recevraient toute la gratitude de Netanyahu. En outre, il avait déjà commencé à envisager une procédure organisée pour la future gestion de crises avec l’implication de l’Amérique, dont feraient partie Israël, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne. Mais rien de ce genre ne s’est produit. Le Roi Abdallah a fait capoter tous ses plans. Les Américains inexpérimentés ne sont pas parvenus à coordonner ce qu’ils prévoyaient avec lui et il n’avait aucune intention de ruiner ses vacances à Hawaï.

 Le roi disposait déjà d’une vive recommandation de la part de son chef de la sécurité sur la table. Ce dernier avait rencontré lundi le directeur du Shin Bet Nadav Argaman, qui s’est rendu aussi tôt à Amman pour gérer personnellement la libération du gardien de la sécurité dans le bâtiment de l’Ambassade. Argaman et son homologue jordanien ont taillé sur mesure les conditions requises pour une sortie de crise, comprenant un arrangement où les autorités jordaniennes pourraient interroger le garde de la sécurité à l’intérieur de l’ambassade avant son départ. L’éloge de l’action de Trump qu’a prononcée Netanyahu de manière très démonstrative a, de toute évidence, bénéficié de bien plus de crédit qu’il n’en méritait réellement.

La principale leçon qu’Israël doit tirer de cette affaire est qu’il ne doit en aucun cas compter sur l’actuelle administration américaine, au cours de la prochaine grave crise quelle qu’elle soit. Alors qu’elle aimerait tant l’aider, elle en est parfaitement incapable.

La clé reste dans la poche d’Abdallah.

L’attentat du Mont du Temple a pris par surprise la police israélienne, à un moment où il lui semblait être capable – ensemble avec les autres forces de sécurité – de restaurer la normalisation sur le Mont du Temple et d’éradiquer le potentiel d’incitation de cet endroit, après 18 mois difficiles. Ce processus comprenait l’arrestation de membres du Mouvement Islamique, la mise hors la loi du Mouvement Islamique et des « Mourabitoun » (personnels féminins et masculins payés à faire de l’agitation antijuive sur l’esplanade du Mont du Temple), ainsi que l’expulsion des membres les plus radicaux du Waqf du périmètre, avec l’aide de la Jordanie.

Alors que l’Autorité Palestinienne a empêché un accord israélo-jordanien destiné à installer des caméras sur le Mont du Temple, il y a deux ans, les deux partis ont trouvé un moyen d’employer des mesures qui rendent possibles de surveiller raisonnablement la situation sur le site. Les gens du Waqf le savaient mais faisaient en sorte de feindre l’ignorer. La police pensait s’être remise sur la bonne voie.

Les trois terroristes du Mont du Temple, sont, selon la perception de la police et du Shin Bet, un produit paradoxal de la réussite dans la réduction de la violence autour du Mont du Temple. Selon les hypothèses de travail, dès qu’on a stoppé toute activité ouverte et publique du Mouvement Islamique, une partie de ce courant s’est reconverti dans l’activité terroriste, et c’est pourquoi l’existence d’une cellule terroriste  autour d’une personnalité dominante (Salah) au sein d’une mosquée israélienne ne devrait pas constituer une grosse surprise.

Netanyahu et Abdullah. Les Américains inexpérimentés ont échoué à coordonner leurs plans avec le roi de Jordanie (Photos: AP, AFP)

Dans les discussions du cabinet, et au cours des évaluations sur la situation au sein des organismes de sécurité, à la veille de l’érection des détecteurs de métaux, le chef de la police estimait qu’il y aurait des émeutes et des manifestations de résistance et de rejet à ce changement dans les mesures de sécurité, de la part du camp arabe. La question n’a pas été amenée à l’attention des Palestiniens et cette décision de changement n’a pas, non plus, été partagée avec les Jordaniens.

 A ce moment-là, la police avait rejeté tous les scénarios apportés par les autres organismes de sécurité, qui parlaient du risque de voir les pèlerins musulmans arracher les portiques détecteurs de métaux ou entrer en force sur le Mont du Temple. Quoi qu’il en soit, dans le but de pouvoir faire face à une telle éventualité, la police avait élevé son niveau d’alerte et recruté plusieurs milliers d’agents de police sur le secteur de Jérusalem, afin de créer un effet de masse en chaque point de protestation, pour inspirer la dissuasion et mettre en place des objectifs de dispersion. Ils n’ont pas éteint l’incendie, mais ils l’ont empêché de se propager à l’intérieur de la ville. L’armée a recruté cinq régiments et préparé une « sécurité renforcée » afin de faire face à d’autres actes terroristes.

Vendredi 21 juillet, on a assisté au premier test. L’armée et la police ont réussi à éteindre de petits incendies au niveau tactique. Après la mort de trois émeutiers palestiniens, la police s’est retirée des points de friction afin de réduire le nombre de victimes et permis aux Palestiniens de prendre leurs aises et de se comporter comme des sauvages – aussi longtemps qu’ils restaient éloignés du Mont du Temple et du centre de Jérusalem. A ce moment-là, il était évident pour tout le monde que la bataille ne concernait pas les détecteurs de métaux mais plutôt la question de la souveraineté sur Jérusalem. En ce qui concerne les Palestiniens, il s’agissait d’un mouvement calculé de la part des Israéliens, destiné à diviser le Mont du Temple (donc d’y reprendre pied) entre Juifs et Arabes, de la même façon que le Tombeau des Patriarches à Hébron. Jusqu’à ce jour, le Waqf ne se pardonne pas d’avoir donné son accord au partage de la direction du site d’Hébron avec Israël.

Tout au long de cette journée, on a eu le sentiment au sein de la salle de commandement des opérations de l’armée, du Shin Bet et de la police, à Jérusalem qu’on observait une sérieuse chute des motivations à se jeter à corps perdu dans les violences. Le public palestinien, estimaient les responsables, voyait le monde arabe intervenir et faire pression pour mettre un terme à cette crise. L’armée a alors retiré deux régiments paraissant être en surplus. A ce moment-là, le volume de forces de Tsahal disponibles sur la rive ouest du Jourdain est identique à son volume en octobre 2015, soit au tout début de l’éclatement de « l’intifada des couteaux ».

Paradoxalement, l’humeur dans la rue palestinienne, après le meurtre des trois membres de la famille Salomon, semble indiquer un sentiment de vengeance satisfaite, un compte sanglant qui aurait été réglé. La sécurité en Israël pense, donc, qu’on va pouvoir calmer la situation à partir de ce tournant tragique. On ne doit pas pour autant, négliger le potentiel existant d’un retour de flammes, par exemple, dans l’éventualité de raids de représailles de la part des résidents plus radicaux en Judée et Shomron.

Le chef d’Etat-Major de Tsahal, Gadi Eisenkot, pour sa part, a ordonné à l’armée de se préparer à un long déploiement en Judée et Samarie, ainsi qu’à la possibilité du rappel de forces de réserves afin de renforcer les unités régulières quand elles reprendront l’entraînement. Lors d’une visite sur une base d’incorporation de Tsahal, Eisenkot a révélé que la bataille actuelle, selon la définition des Tsahal, est très différente de celle de la vague d’attaques au couteau en 2015. C’est un combat fondé sur un arrière-fond profondément religieux, qui dispose de ses propres règles et une très faible capacité de retenue.

 La clé permettant de résoudre la crise est dans la poche d’Abdallah : c’est lui qui paie les salariés du Waqf, il a des hommes à lui sur le Mont du Temple, il peut les guider et il peut limoger chacun d’entre eux. Abdallah, pour sa part, était prêt à laisser le garde de la sécurité s’en aller, mais il n’a pas intérêt à susciter trop de vagues dans la rue jordanienne et dans son Parlement. Les relations entre les services de sécurité sont une chose, mais résoudre les erreurs d’Israël sur le Mont du Temple est d’un tout autre registre.

Le troisième angle d’attaque, c’est l’attitude de retrait du jeu, adoptée par Mahmoud Abbas. Israël l’ignore ouvertement, ainsi qu’il méprise ses menaces de rompre ses relations sécuritaires avec les Israël, alors que le demandeur au fond, c’est lui.

La solution est, à prénsent, entre les mains des dirigeants. Trump ne peut pas faire grand-chose. Il n’a aucune intention de présenter la moindre demande à Israël, au contraire. La Maison Blanche a félicité Netanyahu pour les décisions avisées qu’il a prise. Les autres dirigeants : en Israël, en Jordanie et au sein de l’AP – sont dans une situation sans issue. Trois chefs de gouvernement manquant totalement d’audace sont contraints de se braquer contre leur propre volonté, parce qu’ils ont peur de la réaction des radicaux au sein de leur société. Et c’est bien ainsi que les choses se passent…

Alex Fishman |Publié le :  31.07.17 , 10:30

ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski

7 Commentaires

  1. Israël doit se rappeler la fable Le Chène et le Roseau. Les palestiniens ont essayé de déclencher un mouvement de solidarité musulman qui emporterait Israël au moyen d’un prétexte stupie car naturel. Ils ont échoué par la Tactique de Bibi de plier … et se redresser.
    Jusqu’à quand ? Quand le monde se réveillera Et écrasera les Islamistes Alors Israël aura beaucoup d’alliés et pourra faire payer la note à beaucoup.

    • Moins un problème de charisme que de cohérence dans l’action, de cohésion dans l’équipe gouvernementale, de précision de flèche acérée dans le traçage d’objectifs et d’atteinte de résultats et de cibles (efficacité). Les futurs leaders, il faut aussi apprendre à les former. Avant que l’ego ne prenne définitivement le dessus sur le sens de l’intérêt collectif. Tsahal est un magnifique moyen de brassage des talents. Pourquoi ce devrait-il être différent en sortant du “moule”?

  2. Taratata ! Balivernes que tout cela. Évidemment qu on ne peut rien faire mais on n est pas aux commandes. Mais avouez qu on ne peut donner des raisons aux attitudes du roi et de l AP car ces derniers quand ils le veulent ne dont pas tendres avec leurs populations et fin s ils voulaient admettre qu Israel a raison de faire maintenir une Sécurité pour tous d ailleurs De toutes confessions ils obtiendraient une certaine tenue de leurs ouialles. La vérité est qu ils veulent faire tomber Israel dont sa capitale toute Jérusalem. Mais la Vérité aucun dirigeant de ce Monde fou Américain ou autre ne veut l admettre. Trump a promis eh bien dansons ou pleurons maintenant. Macron n en parlons pas l hypocrisie francaise continue de plus belle. “Tu es mon ami mais tu fais ce que je te dis ” le temps que je me prélasse durant mon mandat” pense tout ce beau Monde

  3. Bonjour,
    Personnellement, j’ai beaucoup apprécié cet article.
    Clair, bien documente, et qui met en relief certains aspects de politique que je n’avais pas / que je n’ai pas su voir..
    Si d’autres ont une meilleure plume… BeVakacha..

    • Ne viens pas snober ton monde avec tes vérités toutes faites sorti d’un manuel. Ce texte met à jour l’enchaînement des circonstances qui débouchent sur un fiasco. Son seul mérite est de permettre de les éviter et d’avancer. Pour ça, il faut un minimum d’humilité et ne pas se prendre pour le Roi (Je sais tout, Yakafaucon : toi en quelque sorte). Tu ne fais que répéter des poncifs mis en musique par Daniel Pipes (Kedar ou d’autres), avec la prétention en plus du plagiaire qui a fait mieux que le maître : rien de nouveau sous le soleil.

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