Rocard en Iran : pourquoi l’UMP a quelques raisons de s’inquiéter

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Au nom de l’UMP, Jean-François Copé, son secrétaire-général, a condamné le voyage en Iran – fut-il à « titre personnel » – de l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard, révélé vendredi par Le Figaro. C’est de bonne guerre. Rocard, (en photo ici avec le ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi), avait prévenu François Hollande de son initiative, auquel il rendra compte à son retour, demain mardi en France.

Devant ses interlocuteurs iraniens, Rocard a rappelé «la fermeté» de la France sur le dossier du nucléaire. Sa visite ne va pas changer l’approche française sur le fond, mais elle pourrait permettre d’ouvrir un nouveau chapitre – peut-être moins crispé – dans les relations exécrables entre Paris et Téhéran depuis 2007. Or avec les Iraniens – tous les spécialistes vous le diront – la forme compte presque autant que le fond.

Si M. Copé monte au créneau, c’est sans doute qu’il a quelques raisons de penser que l’approche française du dossier iranien pourrait – sur la forme – changer justement. Paris pourrait ne plus être considéré par ses alliés comme plus néoconservateur que Washington face à Téhéran.

C’est en tout cas ce qu’écrivaient récemment deux spécialistes américains du dossier iranien, Reza Marashi, ancien du Département d’Etat, et Trita Parsi, président du Conseil national américano-iranien. Je vous soumets leur article paru dans le Washington Post.

«Les États-Unis continuent de soutenir que “l’espace diplomatique” se réduit à vue d’œil, alors que les Iraniens se sont attelés à organiser les négociations à Bagdad, Damas ou Beyrouth, un pied-de-nez peu subtil à l’influence déclinante des États-Unis dans des régions clefs où l’Iran est désormais influente.

Alors que le conflit s’aggrave, les États-Unis, l’Iran et Israël font la une des médias. Pourtant le rôle compliqué joué par la France sous la gouvernance de Nicolas Sarkozy est tout aussi important, même si beaucoup plus obscur. Dès le début des efforts de l’administration Obama pour résoudre la dispute nucléaire par la voie diplomatique, Sarkozy s’est positionné à la droite du président américain. Alors que l’Europe dans l’ensemble a accueilli avec enthousiasme la nouvelle approche d’Obama, Paris a ressenti un “malaise” et de “l’appréhension” à l’évocation de ces précautions prises avec l’Iran.

Début 2009, alors qu’Obama venait d’entrer en fonction, Sarkozy a poussé l’Union européenne à imposer des sanctions. Un gros échec, compte tenu des réticences des autres pays européens qui sentaient que la stratégie de Sarkozy saperait les efforts d’Obama. “L’attitude belliciste européenne, alors qu’Obama tendait la main, aurait certainement ébranlé la crédibilité de cette main tendue”, révéla un diplomate en 2010 (qui ne venait ni du Royaume-Uni, ni de la France, ni d’Allemagne).

Plus tard, quand Obama prépara un accord d’échange de combustible nucléaire, Sarkozy une fois encore résista. La France percevait la proposition comme “extrêmement dangereuse” puisqu’elle rendait légitime l’enrichissement de l’uranium iranien, lui préférant l’objectif de “l’enrichissement-zéro” de l’administration Bush. Moins d’un an plus tard, Sarkozy s’opposa à une version révisée de l’accord négocié par la Turquie et le Brésil. Il y a quelques semaines, la France s’opposa aux efforts américains de mettre en place des discussions entre le Conseil de sécurité de l’Onu, l’Allemagne et l’Iran, considérant que la lettre d’acceptation de l’Iran était inadéquate.

Durant cette période, la France a fait barrage aux compromis diplomatiques et plaidé pour l’aggravation des tensions. Sarkozy était au premier plan d’une campagne pour un embargo européen du pétrole iranien alors que les prix battent des records, que la demande augmente en Asie et qu’une grande partie de l’Europe est au bord de l’effondrement économique. (…).

Dans son intransigeance, Sarkozy a peu d’alliés en dehors du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (que Sarkozy a traité de menteur). Les deux hommes insistent sur un “enrichissement zéro” sur le sol iranien – point sur lequel l’Iran ne capitulera pas – et la fin de l’acceptation américaine tacite d’un enrichissement de l’uranium iranien à 3.5%.

Le président Obama est confronté à l’impossible tâche de préserver une coalition internationale – instable par essence – contre l’Iran, de trouver la volonté politique et un espace pour entretenir ces négociations et d’apaiser les discours belliqueux. “Avec des amis pareils, qui a besoin d’ennemis ?” est en passe de devenir l’incontournable devise chez les officiers américains, en poste ou à la retraite ».

Par Georges Malbrunot Article original

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