Né en Roumanie, Reuven Feuerstein y commence ses études. En 1944, il émigre en Israël où il travaille pour l’organisation «Alyat Hanoar». De l950 à 1955, il reprend ses études à l’université de Genève, sous ladirection de Jean Piaget et d’André Rey.
En 1965 il fonde, avec le Dr Krasilowsky et Mr. Tuchman, l’unité de recherche qui devient l’Institut Hadassah¬-Wizo-Canada, à Jérusalem. En 1970, il obtient son doctorat en psychologie du développement à La Sorbonne. En 1993, il devient directeur du Centre international pour le développement du potentiel d’apprentissage (ICELP), dérivé de l’institut Hadassah-Wizo-Canada.
Ce centre, destiné à l’évaluation et à l’éducation des jeunes présentant des retards intellectuels, est l’aboutissement de plus de 40 ans de recherches novatrices, Reuven Feuerstein a été professeur en psychologie de l’éducation à l’Université Bar-Ilan en Israël et à la Vanderbilt University aux Etats-Unis. Il a publié de nombreux ouvrages et articles scientifiques.
Sa théorie et ses méthodes sont étudiées dans le monde entier. Il est docteur honoris causa de l’université de Turin. Au cours de sa carrière, il s’est vu décerner de nombreuses distinctions, dont le prestigieux «Prix d’Israël pour l’éducation». D’innombrables publications (articles, livres, thèses) et des centaines de colloques s’appuient sur ses travaux.
Professeur Feuerstein, tout votre travail et celui de votre équipe repose sur une croyance en la possibilité qu’a tout individu de changer, quel que soit son handicap. D’où vous vient cette certitude ? Que n’importe quel être humain puisse changer – pour le bien ou pour le mal car les deux possibilités existent – est pour nous un postulat de départ.
Et il est vrai qu’un postulat est plus près d’une croyance que d’une preuve scientifique. Cette croyance en la « modifiabilité» de l’être humain est fondamentale car elle génère le besoin de changer. Je m’explique. Si votre enfant souffre d’un retard de développement plus ou moins grave, et que vous ne croyez pas que l’on puisse y remédier, vous ne ressentirez pas le besoin d’un changement et vous ne ferez rien pour qu’un tel changement ait lieu.
Si par contre vous y croyez, votre besoin de voir votre enfant changer, se développer, progresser va vous pousser à agir dans ce sens. La croyance est en quelque sorte la force énergétique qui nous fait entreprendre tout ce qui est en notre pouvoir pour amener le changement ressenti comme un besoin. De plus, cette croyance crée chez moi une responsabilité envers mon prochain.
Car s’il est vrai que nous pouvons modifier l’être humain pour le bien, cela devient un droit pour cette personne d’être modifiée et notre devoir de faire en sorte qu’elle se modifie. Notre approche, qui dit que I’être humain est modifiable, nous rend responsable de la qualité de vie de cet être humain.
S’il est vrai que nous pouvons modifier l’être humain pour le bien, cela devient un droit pour cette personne d’être modifiée et notre devoir de faire en sorte qu’elle se modifie. Le concept de médiation est central dans votre pensée, puisque c’est la médiation qui induit le changement. On pourrait vous dire que vous n’avez rien inventé et que les médiateurs existent depuis qu’existent de bons enseignants …
La médiation n’est rien d’autre qu’une qualité d’interaction entre le médiateur et la personne – enfant ou adulte – avec laquelle il travaille. L’enseignant a des informations à transmettre, c’est sa mission principale. Le médiateur, lui, est moins soucieux du contenu que de la démarche grâce à laquelle il va rendre l’enfant perméable aux expériences, et l’engager dans un processus où il sera capable d’apprendre et de comprendre. Cette interaction pour qu’elle soit de qualité et puisse produire des changements – doit répondre à des critères bien précis, en particulier ce que nous définissons comme l’intentionnalité, la transcendance et la signification
La médiation est finalement ce qui rend l’homme humain. A travers elle, nous recevons nos modalités de vie, de pensée et d’apprentissage. Il semble que vous teniez le raisonnement inverse, à savoir que le bien-être de l’enfant dépend de ses capacités à réaliser son potentiel cognitif.
Ici, je suis les traces de mon grand maître Piaget. Selon lui, tout acte physique ou mental contient à sa base les deux éléments, cognitif et émotionnel. Nous croyons en effet que le facteur cognitif est en quelque sorte le magma, la force qui sous-tend la matière. Nous ne négligeons absolument pas les aspects émotionnels. Au contraire. Nous créons les conditions qui permettront de générer de nouveaux sentiments. L’enfant arrivera beaucoup mieux à comprendre, contrôler, affiner ses sentiments s’il peut raisonner et utiliser ses capacités cognitives de façon optimale.

Extrait du Ptit Hebdo : Interview récente auprès du Professeur Feuerstein avant sa disparition. Associé au nom de Piaget le professeur Feuerstein fait partie de cette lignée de grands pédagogues qui ont fait école dans l’art d’éduquer et en particulier les enfants présentant des difficultés d’apprentissage, bien conscients que le cognitif et le relationnel affectif vont de pair. Hommage à sa mémoire et à son œuvre écrite et pratique.
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