Pourquoi Reuters se soumet-elle à la censure des médias du régime iranien ?

Sharon Levy

Le régime iranien a publié de nouvelles directives à l’intention des médias, exigeant que les médias israéliens restreignent l’utilisation des documents utilisés par les médias étrangers.

La restriction imposée à Israël a déjà été imposée aux médias étrangers de langue persane, notamment à BBC Persian et à Iran International.
Lorsque Reuters et d’autres médias internationaux se conforment aux règles établies par le régime iranien, l’emprise même de ce dernier sur l’accès à l’information se renforce, ce qui entraîne une marginalisation accrue des voix dissidentes en Iran.
Peu après la révolution iranienne de 1979, la République islamique a imposé des restrictions drastiques à la liberté de la presse.

Bien que la Constitution iranienne garantisse en théorie la liberté de la presse, elle comporte une clause générale interdisant tout contenu jugé préjudiciable aux « principes fondamentaux de l’islam » ou aux droits du public, une disposition que le régime a maintes fois utilisée pour réprimer le journalisme indépendant. Il en résulte un paysage médiatique étroitement contrôlé par l’État, l’Iran figurant régulièrement parmi les derniers pays du classement mondial de la liberté de la presse .

La semaine dernière, ces restrictions ont pris une importance encore plus grande.

Le Département iranien des médias étrangers a publié une nouvelle réglementation exigeant des médias internationaux qu’ils précisent, dans tout contenu provenant d’organisations iraniennes, qu’ils n’ont « aucun accès » aux médias israéliens. Cette directive empêche de fait les journalistes et les médias israéliens de republier légalement ce type de contenu et menace les organisations étrangères de sanctions en cas de non-respect.

Reuters, ainsi que d’autres médias étrangers, a déjà commencé à s’y conformer. Dans un courriel adressé à ses clients israéliens, l’agence de presse a fait état de son respect des « restrictions sur les contenus provenant d’Iran ».

Le fait que l’une des plus grandes agences de presse au monde mette en œuvre cette directive démontre comment les exigences de censure de Téhéran façonnent la circulation mondiale de l’information bien au-delà des frontières iraniennes.

Plus inquiétant encore est l’impact que ces restrictions auront sur les reportages des voix dissidentes et indépendantes iraniennes. Depuis des années, des médias en langue persane comme BBC Persian, VOA Persian, Iran International, Radio Farda et Manoto subissent d’intenses pressions de la part du régime.

En pratique, les nouvelles règles empêchent les organisations de presse internationales présentes en Iran de permettre que leurs reportages, séquences vidéo, photographies et autres contenus soient partagés ou rediffusés par certains des médias indépendants de langue persane les plus influents.

Il s’agit là d’une nouvelle tentative du régime pour faire taire les voix dissidentes et maintenir un contrôle absolu sur les récits qui émergent de l’intérieur du pays.

Cette directive intervient alors que l’accès à Internet vient tout juste d’être rétabli après une coupure record de 88 jours imposée lors des manifestations anti-régime du début de l’année. Ensemble, ces restrictions témoignent d’une volonté plus large d’isoler les citoyens iraniens du monde extérieur, tout en renforçant le contrôle de l’État sur l’information diffusée auprès du public national et international.

Reuters – et tout autre média étranger ayant accepté ces conditions – aurait pu faire pression.

Pourquoi, dès lors, Reuters a-t-elle choisi de se soumettre à un régime qui terrorise systématiquement sa propre population tout en menaçant la stabilité régionale et mondiale ? Et si, comme l’affirme Reuters, la promotion de la liberté de la presse est un principe fondamental, comment peut-elle justifier son adhésion à des réglementations conçues explicitement pour saper cette liberté ?

En se conformant à ces exigences, Reuters acquiesce à un régime qui restreint activement l’accès à l’information en farsi et contribue à façonner la circulation de l’information de manière à favoriser les autorités au détriment de la liberté d’expression du peuple iranien.

Les conséquences sont loin d’être théoriques.

Ces restrictions entraveront davantage les médias dissidents, dont beaucoup s’appuient sur des journalistes et photographes indépendants en Iran, dont les travaux sont diffusés par des agences internationales comme Reuters. Parallèlement, les déclarations officielles du régime et les récits approuvés par l’État continuent de circuler librement, garantissant ainsi que le message de Téhéran atteigne un public mondial sans véritable obstacle.

Il en résulte un système dans lequel les voix indépendantes et anti-régime se heurtent à des obstacles de plus en plus importants, tandis que les agences de presse internationales, qui brassent des milliards de dollars, se conforment aux règles imposées par le régime même que ces voix cherchent à contester.

Née à Toronto, Sharon Levy s’est installée en Israël en octobre 2023 et a occupé divers postes au sein d’institutions de défense et de recherche israéliennes. Elle est titulaire d’une maîtrise en sciences politiques, avec une spécialisation en contre-terrorisme et cybersécurité, de l’Université Reichman.

JForum.fr avec HonestReporting

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire