La vision d’un Premier ministre israélien entouré de gardes du corps entrer dans une unité des soins intensifs d’un hôpital est rarissime. Voir Benyamin Netanyahou au chevet d’un enfant palestinien brûlé est sans précédent.
La visite du Premier ministre israélien à l’hôpital Sheba proche de Tel Aviv, quelques heures avant le début du Shabbat, reflète la profonde inquiétude de la droite israélienne au pouvoir suite à l’incendie criminel commis par des Juifs extrémistes qui a tué un bébé âgé de 18 mois en Cisjordanie et blessé gravement sa mère, son père et son frère.
“Je reviens à l’instant du chevet d’Ahmen Saed (Dawabcha) âgé de 4 ans”, a déclaré Netanyahou visiblement ébranlé, qui a transmis à la famille le numéro d’une personne à appeler si elle avait besoin de quoi que ce soit. “60% de son corps est brûlé. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour sauver ce jeune garçon.”
“Il s’agit d’une attaque terroriste à tous égards”, a affirmé le Premier ministre.
La nomenklatura israélienne qualifie rarement les attaques juives contre les Palestiniens d’actes de terrorisme. Ce terme est presque exclusivement utilisé pour les attaques de Palestiniens contre des Israéliens. Pourtant, cette fois-ci, l’armée s’est empressée d’utiliser ce terme, marquant le ton pour le reste de la classe dirigeante.
“C’est un crime, et nous le qualifions d’attaque terroriste”, a confirmé le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Moti Almoz dans un communiqué.
“Le terrorisme c’est le terrorisme”, a reconnu Naftali Bennett, le chef du parti de la droite nationaliste religieuse (Foyer juif). “Mettre le feu à une maison et tuer un bébé est un acte terroriste choquant et incompréhensible.”
Il ne fait aucun doute que la colère authentique et les condamnations de la droite israélienne sont sincères. Toutefois, ces réactions expriment également une peur des conséquences que cette attaque peut avoir pour Israël en général et pour les 300.000 habitants des implantations en Cisjordanie en particulier.
Etant donné les nombreuses attaques de Palestiniens contre des Juifs, les habitants des implantations et leurs représentants politiques, tels que Bennett et son parti, ont l’habitude d’utiliser le terrain moral. Ils sont en général les victimes, la partie lésée, les enfants, les femmes, les maris et les frères sont ceux qui sont tués et blessés.
Cette fois-ci, ils l‘admettent eux-mêmes, ce sont les Juifs qui sont les terroristes. Leur propre chair, leur propre sang.
Cette réalité appelle la droite israélienne à un travail d’introspection.
Le président israélien Reuven Rivlin, lui-même ténor du Likoud et favorable aux implantations juives en Cisjordanie, l’a déclaré clairement : “face à cette vague de terreur contre des innocents, à la perte de vies, à l’abandon des lois et de l’ordre, l’Etat d’Israël doit sérieusement se remettre en question”, a déclaré Rivlin qui, comme Netanyahou, s’est rendu au chevet du garçon palestinien hospitalisé.
Cet appel à rendre des comptes au niveau moral a reçu l’écho par un des jeunes lions du Likoud, le ministre chargé de la sécurité publique Gilad Erdan.
“Une nation dont les enfants ont été brulés pendant la Shoah doit se poser des questions importantes si elle engendre des personnes capables de bruler d’autres êtres humains”, a affirmé Gilad Erdan.
Mais l’incendie a d’autres conséquences pratiques. Il remet en question l’attitude des habitants des implantations et leurs sympathisants par rapport aux précédentes attaques d’extrémistes juifs contre des Palestiniens, fournissant des munitions à ceux qui ont toujours condamné l’application laxiste de la loi contre les activistes juifs.
Même l’acte commis contre le jeune Palestinien de Jérusalem-Est, brûlé vif l’année dernière par des Juifs extrémistes, bien que condamné de toutes parts, n’a pas entraîné de répression.
“A ma grande tristesse, il s’avère que nous avons été trop laxistes concernant le phénomène du terrorisme juif”, a admis le président Rivlin. “Peut-être n’avons-nous pas untégré que nous faisons face à un groupe idéologique déterminé et dangereux dont le but est la destruction des ponts fragiles que nous tentons de bâtir inlassablement”, a -t-il ajouté.
Outre les les conséquences internes, les réactions politiques à cet horrible incendie volontaire reflètent également les graves inquiétudes quant à ses répercussions à l’étranger.
Avec la signature de l’accord sur le nucléaire iranien, les nations européennes se sentent dorénavant plus libres pour se pencher que ce qu’elles considèrent comme un danger sérieux au Moyen-Orient, à savoir le problème palestinien.
Depuis la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, jusque tout en bas de l’échelles, nombreux sont les diplomates européens qui ont fait clairement savoir qu’ils vont faire pression sur Israël pour son retour à la table des négociations avec les Palestiniens. Le fait que les Palestiniens sont loin d’être enthousiastes n’est pas la question, pour ces diplomates,
Le meurtre du bébé palestinien est l’exemple parfait dont ils ont besoin pour faire valoir leurs arguments sur les dangers d’une impasse dans les négociations sur les implantations israéliennes en Cisjordanie.
Pour qualifier les crimes haineux contre les Palestiniens par des Juifs radicaux qui cherchent à faire payer ceux qui sont opposés aux implantations, les Israéliens utilisent l’expression “Prix à payer”. Cette fois-ci, le prix à payer risque bien de l’être par les Israéliens.
Les attaques contre les Palestiniens sont communément appelés des attaques “prix à payer”, caractérisant les attaques des Juifs orthodoxes qui cherchent à faire payer les Palestiniens pour leur opposition aux implantations juives. Cette fois, le prix pourrait bien être payé par les Israéliens.
Ruti Sinaï est journaliste, rédactrice en chef adjointe du site internet d’i24news
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