Le nouveau livre sur l’histoire de la marque légendaire de Stuttgart confirme que son fondateur, Ferdinand Porsche, a profité sans scrupule du système nazi pour mener sa carrière. D’après Wolfram Pyta, directeur de recherche sur les crimes nazis à l’Institut de Ludwigsburg, l’ingénieur autrichien n’a reculé devant aucune compromission pour obtenir l’aide des nazis

Des millions de «Mitlaüfer»

«Il a été membre du parti (NSDAP) pour des questions d’opportunité. Il a été membre de la SS en 1942 pour obtenir des contrats», décrit ce dernier. Le génie de l’automobile a été un suiviste – un «Mitläufer» – comme des millions d’Allemands qui profiteront de la spoliation des juifs sans se poser de questions. Il a notamment refusé de sauver deux anciens collaborateurs juifs, morts ensuite dans les camps de concentration.
L’enquête confirme que Porsche n’existerait pas aujourd’hui si Hitler ne lui avait pas donné un coup de main.
Fondée en 1931, l’entreprise était un bureau d’études et de développement avant de devenir un constructeur. Au départ, l’ingénieur ne construisait que des prototypes et gagnait peu d’argent. Sa rencontre avec Adolf Hitler, en mai 1933, va tout changer.
Lourdement endetté, l’ingénieur arrive à convaincre le Führer d’allouer une partie des subventions prévues pour Daimler-Benz à l’un de ses projets de voiture de course.
«L’État lui offrira cette liberté dont il avait besoin pour développer les meilleures techniques sans devoir penser à l’argent. C’était un technicien dans l’âme, pas un homme d’affaires», insiste Wolfram Pyta.
Les différents ministères lui commandent des tracteurs, des chars et des véhicules blindés.
Sans les nazis, Ferdinand Porsche aurait fait faillite. Son plus gros contrat est passé dans la légende: le développement d’une «voiture du peuple», dite KdF («Kraft durch Freude»), à l’origine de la fameuse «Coccinelle», qui verra le jour après la guerre. Mais cette KdF ne sera produite qu’en version militaire.

En 1945, cap chez Renault

Enfin, l’historien a découvert que Ferdinand Porsche avait retrouvé du travail en France après la guerre.
«Le ministre de la Production industrielle Marcel Paul, un communiste rescapé d’Auschwitz, lui a demandé de travailler chez Renault», raconte Wolfram Pyta. Il travaille quelques mois chez le constructeur français – qui avait collaboré à l’effort de guerre allemand – pour développer une voiture populaire, une sorte de sorte de «Coccinelle» à la française.
Le concurrent Peugeot fera échouer ce plan en accusant Ferdinand Porsche de crimes de guerre. L’Autrichien sera alors arrêté, emprisonné puis blanchi par la justice… faute de preuves.
«Ferdinand Porche ne semble pas avoir partagé les convictions nazies», insiste l’historien. «Je n’ai pas trouvé de déclarations ou d’actions antisémites de sa part.» Par ailleurs, les travailleurs forcés au sein de l’entreprise étaient mieux traités qu’ailleurs.
Porsche était un «technocrate apolitique» et «opportuniste», estime l’historien. «Mais la question de ses convictions n’est toujours pas éclaircie», ajoute-t-il. Les archives familiales restent en effet inaccessibles aux historiens. Et avec elles, les derniers secrets de cette légende de l’automobile.
24 Heures

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