Le double-message de Riyad à la France et aux amis du Hezbollah

C'est à la « France, un allié de l'Arabie au Liban », que Riyad reprocherait une souplesse à l'égard du Hezbollah. « La France omet de pointer les violations, par le Hezbollah, des textes constitutionnels et des principes fondateurs du pays

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Dans la décision de Riyad, un « double message à l’Occident et aux alliés du Hezbollah »

L’ambassadeur d’Arabie s’est entretenu avec le Premier ministre au Grand Sérail (photos Dalati et Nohra).
LA SITUATION
25/02/2016

Les mesures des pays du Golfe contre le Liban font suite au récent durcissement de la stratégie de l’Arabie dans la région. Ces mesures ne signalent pas un début de retrait saoudien du terrain libanais, ni une résignation à l’influence iranienne sur un terrain qui ne serait pas prioritaire. Elles font suite, au contraire, à une décision de rompre le laisser-faire de l’Arabie, qui s’était d’ailleurs fait sentir au niveau de la présidentielle – Riyad ayant fait preuve d’une relative passivité à l’égard du soutien de deux candidats du 8 Mars par des composantes du 14 Mars.

« L’Arabie ne se retire pas du Liban », affirme ainsi l’écrivain et journaliste saoudien Jamal Khachokji à L’Orient-Le Jour. Il explique que « l’Arabie saoudite avait convenu avec les pays de la région, notamment l’Iran, de geler la situation au Liban, afin de lui éviter les retombées de la situation en Syrie ». Or « cette équation est remise en cause maintenant, depuis que l’Arabie saoudite est devenue la seule garante de la stabilité d’un pays devenu un socle d’appui à la politique iranienne, mise en œuvre par le Hezbollah ». « Les routes reconstruites grâce aux donations saoudiennes servent aujourd’hui de voies de passage aux combattants du Hezbollah en Syrie !» fait-il remarquer.

Le journaliste résume ainsi l’état des lieux que l’Arabie entend réajuster. Les récentes mesures des pays du Golfe visent ainsi à renvoyer un double message à l’Occident et aux parties libanaises, un appel à « rompre leur mutisme face au Hezbollah ». « Le message-clé est, il me semble, de ne pas prendre l’Arabie pour acquise », relève le journaliste.

S’agissant d’abord de l’Occident, c’est à la « France, un allié de l’Arabie au Liban », que Riyad reprocherait une souplesse à l’égard du Hezbollah. « La France omet de pointer les violations, par le Hezbollah, des textes constitutionnels et des principes fondateurs du pays, comme le pacte national », relève M. Khachokji. Corollairement, « la presse occidentale omet la question de la participation du Hezbollah aux guerres régionales, et se concentre seulement sur l’État islamique. C’est-à-dire que le monde aujourd’hui observe un mutisme sur l’anomalie qu’est la participation active du Hezbollah dans les conflits secouant la région », ajoute-t-il.

Ce mutisme occidental à l’égard des actes iraniens dans la région serait assimilable au mutisme des parties libanaises, notamment chrétiennes, sur l’influence iranienne grandissante, et pourtant « étrangère au terrain libanais ». « Le Courant patriotique libre (CPL), qui est l’allié du Hezbollah, assure une couverture à un projet qui ne lui ressemble pas. Quel élément commun lie le CPL au wilayet el-faqih ? » s’interroge l’écrivain. Il rappelle que « le Hezbollah représente une minorité au Liban. N’était la couverture chrétienne, il n’aurait pas eu ce pouvoir politique ». L’entente entre le CPL et les Forces libanaises vient-elle renforcer cette couverture ? « Toutes les parties libanaises sont concernées par les récentes mesures des pays du Golfe au Liban », répond-il.

L’objectif immédiat de ces mesures serait de « produire un choc auprès des parties libanaises, mais aussi en Occident ». Il constate ainsi que « la question du Liban et de sa stabilité vient de revenir en force dans les titres de la presse étrangère. Bientôt, ce sera l’implication iranienne dans les conflits régionaux qui sera questionnée dans ces colonnes ».

 

Cette réaffirmation de la présence saoudienne ne s’accompagne pas encore d’une stratégie clairement identifiée, pour ce qui est du Liban précisément. Selon des lectures libanaises concordantes de la situation actuelle, lorsque le Hezbollah conviendra de débloquer la présidentielle, il le fera sur la base d’un compromis centré autour du gouvernement et de la loi électorale. Ses velléités pour la proportionnelle ayant peu de chances d’aboutir, c’est sur le Conseil des ministres qu’il entendrait « arracher des concessions au courant du Futur » : sa stratégie serait ainsi de neutraliser la présidence du Conseil (perçue comme un appui à l’influence saoudienne), à travers un compromis qui bénéficierait, contre toute attente, d’une couverture sunnite libanaise.

Le courant du Futur pourrait accepter une telle compromission, en partie pour mettre un terme au vide, devenu épuisant. Le compromis autour de la candidature de Sleiman Frangié n’était-il pas un premier pas dans ce sens ?

Mais le chemin vers un compromis, même favorable au Hezbollah, n’est pas encore ouvert. Aucun signe de contacts dans ce sens n’est palpable. Les efforts, menés notamment par le président de la Chambre, de prendre part à la prochaine séance électorale du 2 mars ne sont plus signalés par les milieux concernés. Seul le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, a fait miroiter hier à l’ambassade d’Arabie la nécessité d’« un règlement prochain » de la crise politique générale. Selon nos informations, il s’était rendu la veille en Arabie saoudite.

 

Pour Jamal Khachokji, aucune solution ne serait complète sans un retrait du Hezbollah du terrain syrien. « Cette solution évoquée par M. Machnouk empêchera-t-elle l’expédition de nouveaux combattants en Syrie ? » demande le journaliste. Il est conscient néanmoins du « dilemme » lié au déséquilibre de fait entre la politique iranienne et la politique saoudienne. « L’Arabie saoudite ne peut pas employer la méthode iranienne : elle ne peut pas organiser des attentats, ni utiliser ses services secrets comme l’Iran le fait en Irak ni établir une milice armée », affirme-t-il. Ce que les pays du Golfe entendraient entreprendre au Liban, c’est « de soutenir le Liban dans l’accomplissement de son indépendance (à l’égard de l’Iran) ». Un premier pas dans ce sens serait « d’isoler le Hezbollah ».

C’est pourquoi il serait souhaité que les parties libanaises expriment clairement leurs positions à l’égard de la politique du parti chiite. Ce qui expliquerait la résurgence en force, dans les discours du courant du Futur et des Forces libanaises, de la question des armes du Hezbollah. En parallèle, les parties centristes – Amal inclus – appellent les parties à redéfinir une politique commune qui ne compromette pas les rapports extérieurs du Liban. « Le courant du Futur ne peut assumer seul le projet national de l’indépendance du Liban, lié plus que jamais à l’entité libanaise. L’enjeu est de préserver le pacte de 1943, qui continue de bénéficier, je le pense, de l’appui de toutes les parties libanaises, y compris le général Michel Aoun », conclut le journaliste saoudien.

Dans ce contexte, et pour la première fois depuis le début du dialogue bilatéral entre le Hezbollah et le courant du Futur, le bref communiqué publié à l’issue de la séance d’hier n’a fait aucune allusion à des sujets traités. « Les parties ont passé en revue les développements en cours », s’est contenté de signaler le texte.

lorientlejour.com

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