L’annonce de la candidature de Rony Alshekh, n° 2 du Shin Bet pour diriger la police nationale Israelienne n’est pas banale. La publication de l’identité de celui qui est resté dans l’ombre durant près de trois décennies a surpris beaucoup de monde et n’a même pas laissé le temps à la gauche et aux médias de préparer un dossier à charge réservé à tous ceux qui sont pressentis à de hautes fonctions mais qui ne correspondent pas à leur agenda politique.

Au-delà de l’aspect professionnel ou politique, la nomination de Rony Alshekh est révélatrice d’un phénomène qui va en s’amplifiant et qui va changer la face de la société israélienne dans les années à venir. Certains, appartenant à une élite vieillissante le considèrent avec crainte mais une majorité de la population y voit une évolution bénéfique ou même salutaire pour l’avenir d’Israël. Il s’agit de la fameuse « révolution des kippot (calottes) crochetées ».

Le futur chef de la police israélienne sera en effet le premier du genre à être issu des rangs du sionisme-religieux. Il a même résidé dans une localité juive de Judée-Samarie et n’a été contraint de quitter son village pour la grande banlieue de Tel-Aviv que pour que sa garde rapprochée soit plus facile à assurer.

Depuis une vingtaine d’années, de plus en plus de têtes coiffées d’une kippa crochetée apparaissent dans les échelons supérieurs de domaines importants de la vie publique : armée, université, médias, politique diplomatie et maintenant police. Il y a quelques années, un article retentissant du journaliste Nahum Barnea dans le quotidien Yediot Aharonot notait avec inquiétude la « profusion » de kippot crochetées dans le staff restreint du Premier ministre Binyamin Netanyahou. De nombreuses femmes sionistes-religieuses ont également percé dans divers domaines de prises de décision.

A titre d’exemple de cette évolution, la nomination de Tsipi Hotovely comme vice-ministre des Affaires étrangères, celle d’Ayelet Shaked à la Justice, la présence de Yoram Cohen à la tête du Shin Bet ou encore celle du jeune journaliste Yaïr Sherki sur les plateaux du journal télévisé de la chaîne Aroutz 2, la plus populaire du pays. Chose impensable il y a quelques années encore. Un autre signe qui ne trompe pas sur cette lente mais inexorable transformation : les articles parfois incendiaires et paranoïaques publiés par le quotidien Haaretz, l’un des derniers bastions d’une élite qui a fait son temps et qui s’est déconnecté du pouls de la population.

L’influence du sionisme-religieux va même bien au-delà de la population qui s’en réclame aujourd’hui. Nombre de personnalités qui ont quitté ses rangs sont toujours fiers de rappeler qu’ils ont grandis dans son creuset et ont été éduqués dans ses valeurs saines.

Que l’on ne s’y méprenne pas. Il ne s’agit ni d’un complot ni d’un plan politique destiné à s’emparer de force des rênes de l’Etat. Cette évolution était prévisible. Depuis ses origines, le sionisme-religieux s’est vu comme une seconde respiration du mouvement sioniste des pères fondateurs, dont le mérite historique est gigantesque, mais qui avaient vidé l’idée du Retour à Sion de son contenu spirituel et métaphysique. La génération des pionniers et des kibboutzim a fait son temps et va progressivement laisser la place à une autre forme d’idéalisme, plus empreint de tradition juive. La démographie y est également pour quelque chose, les familles sionistes-religieuses étant les plus prolifiques après les communautés orthodoxes. Et comme dans toute société, l’idéalisme et l’enthousiasme des uns succède à la fatigue des autres.

Le sionisme-religieux bénéficie aussi d’un vent favorable dû au déclin de l’idéologie sioniste de gauche. La gauche modérée s’est peu à peu alignée sur certaines thèses post-sionistes et ses axiomes, notamment sur le conflit israélo-palestinien ont été balayées par la réalité. A l’opposé, les avertissements lancés par les milieux de droite et notamment sionistes-religieux se sont avérés exacts après avoir pourtant été raillés et dénoncés par leurs opposants appartenant tous à la même ancienne élite.

Le sionisme religieux ne représente pas encore une quantité numérique énorme face au reste de la population mais son influence dépasse aujourd’hui de loin son importance arithmétique parce qu’il s’agit d’une population pétrie d’idéal sioniste et qui est avide de se mettre au service de la collectivité nationale. Le futur commandant de la police est connu pour être un homme extrêmement simple, modeste et soucieux de bien faire les choses pour le bien de tous, avec détermination mais sans fioritures ni déclarations bruyantes. Il aura pour mission de réformer la Police dont l’image s’est bien ternie auprès de la population.

Rony Alshekh contribuera lui-aussi à prouver, comme Naftali Benett à l’Education, Ayelet Shaked à la Justice, Tsipi Hotovely aux Affaires étrangères ou tous les officiers supérieurs à la kippa crochetée de Tsahal que le sionisme-religieux n’est pas dangereux comme ses détracteurs veulent bien le crier sur tous les toits mais qu’il a comme aspiration de rajouter sa pierre à l’édifice de la société israélienne dans la fidélité à la longue tradition juive et dans la conscience de la mission historique d’Israël dans toutes ses composantes.

Shraga Blum est un journaliste indépendant qui contribue à l’hebdomadaire « P’tit Hebdo » et un analyste politique pour plusieurs sites internet en françaisi24news

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