La plus grande usine de dessalement au monde sera construite à Emek Hefer

Israël s’apprête à construire une usine de dessalement d’eau de mer d’une capacité annuelle de 400 millions de mètres cubes, située dans la zone industrielle d’Emek-Hefer. Ce projet, lancé par le ministère des Finances, représente environ 40 % de la consommation actuelle d’eau douce des ménages et de l’industrie israéliens, sans inclure l’agriculture. Il s’agit d’une initiative majeure qui vise à répondre à la croissance démographique et aux défis posés par le changement climatique, en augmentant significativement la production d’eau dessalée.

Le projet, qui en est à la phase de sélection préliminaire des entreprises candidates, prévoit un modèle de partenariat public-privé. Le groupe retenu devra financer, concevoir, construire, exploiter et entretenir l’installation pendant 25 ans. L’usine sera implantée à environ trois kilomètres du littoral méditerranéen, ce qui nécessite un système complexe de pompage et de conduites pour acheminer l’eau de mer jusqu’au site. En outre, une centrale électrique au gaz d’une puissance allant jusqu’à 300 MW pourrait être construite à proximité pour alimenter l’usine en énergie, ce qui ajoute une dimension importante au projet en termes d’infrastructure et de coûts, estimés entre 5 et 6 milliards de shekels.

Ce projet dépasse en taille les installations existantes en Israël, telles que celle de Shavei Zion en Galilée occidentale, qui produit 200 millions de mètres cubes par an. Il rivalise également avec les plus grandes usines de dessalement du Golfe, comme celles des Émirats arabes unis et d’Arabie saoudite. Cependant, le choix de l’emplacement suscite des oppositions locales, notamment de la part du conseil régional d’Emek-Hefer, qui craint des impacts sur la santé, l’environnement, l’agriculture et l’urbanisme, ainsi que des risques stratégiques en cas de conflit armé. Ces objections sont encore en cours d’examen par la commission nationale d’infrastructure.

Au-delà des enjeux internes, ce projet pourrait aussi avoir une portée régionale. Il est envisagé comme un levier potentiel pour relancer la coopération hydrique entre Israël et la Jordanie, notamment dans le cadre du projet Prosperity Blue, qui prévoit la fourniture de 200 millions de mètres cubes d’eau dessalée à la Jordanie en échange d’électricité solaire. Ce volet reste toutefois conditionné à l’évolution des relations politiques dans la région. En attendant, cette usine d’Emek-Hefer illustre la volonté d’Israël de sécuriser ses ressources en eau à long terme face aux défis climatiques et démographiques.

Ce projet d’usine de dessalement à Emek-Hefer s’inscrit dans une stratégie nationale ambitieuse pour garantir l’approvisionnement en eau de la population et de l’industrie israéliennes. Malgré les controverses locales et les enjeux sécuritaires, il représente une avancée significative dans la gestion durable des ressources hydriques, avec un impact potentiel sur la coopération régionale. La décision finale et le lancement des travaux dépendront des résultats du processus d’appel d’offres et des conclusions des autorités de planification.

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