La guerre fait grimper les salaires militaires
Près de trois années de guerre ont profondément transformé l’appareil de défense israélien. Plus de combattants, davantage de spécialistes du renseignement et du cyber, des journées plus longues et une pression accrue pour conserver les personnels expérimentés : cette nouvelle réalité se retrouve désormais dans les fiches de paie. Le dernier rapport sur les rémunérations du système de défense révèle notamment une progression spectaculaire des salaires des jeunes militaires de carrière, mais aussi le coût considérable des pensions versées aux officiers.
En 2024, un jeune militaire engagé dans le service permanent gagnait en moyenne 13 845 shekels brut par mois, contre 12 577 shekels en 2023 et 11 786 en 2022. Cela représente une hausse de plus de 10 % en un an et de 17,5 % en deux ans. Cette progression découle notamment du programme pluriannuel de Tsahal pour 2023-2027, qui prévoit de mieux rémunérer les jeunes militaires et les combattants, mais également des primes liées au niveau exceptionnel d’activité depuis le début de la guerre. Malgré cette hausse, ces personnels restent parmi les moins bien rémunérés de l’appareil sécuritaire, en raison principalement de leur âge et de leur faible ancienneté.
À l’autre extrémité du classement, certains organismes spécialisés affichent des rémunérations nettement supérieures. Les employés des unités rattachées au système de défense, notamment dans le secteur nucléaire, touchent en moyenne 34 315 shekels brut par mois. Au Mossad et au Shin Bet, la moyenne atteint 32 225 shekels, tandis que les employés de l’Institut israélien de recherche biologique approchent 31 932 shekels. Dans l’ensemble de Tsahal, le salaire moyen s’élève à 18 756 shekels, contre 20 562 dans la police et environ 18 889 dans l’administration pénitentiaire.
La guerre a également accéléré le recrutement de civils par l’armée. Leur nombre est passé d’environ 6 600 en 2021 à près de 8 000 en 2024, avec une forte demande dans le renseignement, la cybersécurité et les technologies. Une évolution révélatrice des nouveaux besoins de Tsahal : les guerres modernes ne se gagnent plus seulement avec des unités combattantes, mais aussi avec des ingénieurs, des analystes, des programmeurs et des spécialistes capables de traiter d’immenses quantités d’informations.
Le chiffre qui risque cependant d’alimenter le plus vivement le débat concerne les retraites. Un officier de Tsahal part en moyenne à 45 ans, avec une pension mensuelle d’environ 20 019 shekels. Sur l’ensemble de sa retraite, la valeur actuarielle moyenne de cette pension est estimée à environ 9 millions de shekels. Ce montant s’explique notamment par un âge de départ très inférieur à celui pratiqué dans le reste de la fonction publique.
Enfin, les femmes représentent désormais près d’un tiers des militaires de carrière, mais les écarts de rémunération se sont légèrement creusés. Les postes de combat et les fonctions opérationnelles, encore majoritairement occupés par des hommes, ouvrent droit à davantage de primes.
Le rapport met ainsi en lumière un dilemme durable pour Israël : rémunérer suffisamment les personnels indispensables à sa sécurité tout en maîtrisant un coût salarial et surtout des engagements de retraite qui pèseront pendant plusieurs décennies sur les finances publiques.
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