La France vit sur son image d’hier, d’avant-hier…par M-R Hayoun
Déjà quinze jours d’une grève qui se veut asphyxiante, nous passons à des coupures sauvages d’électricité, ce qui donne une dimension absolument nouvelle à cette mobilisation.
J’ai déjà eu l’occasion ici-même de revenir sur ce déclin de la France, une France vieillissante , repliée sur elle-même, désunie et attachée à la préservation de quelques privilèges, séquelles de jours meilleurs, désormais passés et qui ne reviendront plus…
Ce qui se passe sous nos yeux est très grave. Il s’agit d’un déni du réel alors que le principe de réalité frappe avec insistance à notre porte. C’est bien Lénine qui disait avec raison que les faits sont têtus…
Or, le Français moyen s’entête aussi de son côté, il refuse de voir au delà du bout de son nez et croit que l’on peut vivre éternellement au-dessus de ses moyens. Ce n’est pas exclusivement de sa faute puisque tous les gouvernements depuis plus d’un demi siècle ont entretenu cette fiction d’un Etat-providence qui redistribue les bienfaits de la production du pays. Mais aujourd’hui, le vieillissement de la population fait qu’e cela ne peut plus continuer ainsi.
Je ne reviens pas sur ce que j’ai déjà détaillé dans un précédent papier, à savoir les maladresses absolument incroyables du gouvernement et de sa majorité qui ont été en dessous de tout. Leurs atermoiements, leurs contournements, leur perte dramatique de crédibilité à tel point que plus personne ne veut les croire.
Et le débat est devenu ésotérique, on n’y comprend plus rien. A l’origine, il fallait unifier les régimes, les faire fusionner pour y mettre un peu d’ordre. Et c’est seulement en cours de route qu’on s’est rendu compte de l’extrême complexité de la démarche puisque le gouvernement n’avait rien vu alors que son Haut-Commissaire était censé plancher sur la question depuis plus de deux ans.
Et je ne cite même pas les contradictions entre trois personnages-clés : le président, le Premier ministre et le Haut-Commissaire (qui a dû démissionner depuis), ce qui n’a fait qu’accroitre la confusion… C’est vraiment pas de chance.
Et en face de cette incurie ministérielle nous devons aussi faire face à des syndicats et à une base, devenus intraitables. Les pouvoir publics ont incontestablement raison sur un point : c’est la pyramide qui repose sur son commet et non plus sur une assiste latérale suffisamment large : moins de deux contributeurs ou cotisants pour un retraité.
On se souvient que l’ancien Haut-Commissaire avait imprudemment mêlé le thème de l’immigration à la question si sensible des retraites : il nous faudrait des millions de migrants pour pérenniser notre système.
Ne dramatisons pas, il faudrait simplement une politique nataliste jadis prônée par le premier Ministre de l’époque, Michel Debré… Le problème s’était posé en Allemagne où l’on voulait faire venir des Hindous ; la presse locale avait frappé une formule amusante : Kinder (des enfants) statt Inder (au lieu des Indiens)…
Tous les pays d’Europe occidentale sont touchés par cette situation et presque tous ont opté pour la seule solution possible : travailler plus longtemps et ne prendre sa retraite qu’après 65 ans, voire un peu plus comme en Allemagne.. Mais voilà les Français ne sont pas un peuple germanique, pas de discipline, pas d’obéissance, pas de volonté de se serrer la ceinture. Pas de Monsieur Harz en France, sinon cela se saurait !
Comment faire ? C’est le blocage. Personne ne veut en tendre parler. Or, c’est une contrainte d’airain, il faut travailler plus longtemps. A l’encontre de cette thèse, certains syndicats dits réformistes rétorquent qu’il faut tenir compte de la pénibilité et cette remarque est juste : un conseiller d’Etat, un professeur des universités, un chercheur au CNRS se fatigue moins qu’un conducteur de la RATP ou de la SCNF, ou un agriculteur , une infirmière, un instituteur etc…
Mais cela le gouvernement aurait dû le savoir et ne pas faire comme s’il le découvrait en cours de route. C’est assez incroyable et c’est la raison pour laquelle on est dans un cul de sac ! Les gens ne sont pas des idiots et ils se demandent à quoi ont bien pu servir toutes ces rencontres puisque les vrais problèmes n’apparaissent qu’aujourd’hui, à tout juste quelques jours de Hanoukka, de Noël et du jour de l’an !
La France doit se réformer de l’intérieur. C’est le pays qui affecte des sommes gigantesques à la redistribution sociale. C’est le problème où vous pouvez être soigné sans bourse délier. C’est bien, c’est admirable, mais cela a une fin. Souvenez vous de ce ministre communiste de la santé, du temps de l’union de la gauche qui avait dit : la santé n’a pas de prix mais elle a un coût…
Belle formule, perspicace mais empreinte d’un dur réalisme. Dois je rappeler que seules trois possibilités s’offrent au pays pour avancer : la baisse des pensions, l’allongement de la durée du travail, ou la hausse des cotisations, Et les gens ne veulent pas en entendre parler. Et ils invoquent toutes sortes de prétextes qui tournent le dos à la réalité. Excepté la pénibilité de certaines professions.
Or, l’état d’excitation du pays est tel qu’on peut craindre le pire si une solution n’est pas trouvée rapidement. Les jours qui viennent vont être décisifs pour la paix civile. Or, il faut la préserver à tout prix. Même au prix de ce fameux âge pivot auquel le Premier ministre semble tenir.
On parle même d’une tension entre les deux têtes de l’exécutif. Ce serait le comble, surtout après le départ du Haut Commissaire… Après les élections municipales, le pays connaîtra des changements à sa tête.
Mais avant il faut régler le problème immédiat… La raison l’emportera t elle ?
Maurice-Ruben Hayoun

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Joseph (Hermann, 2018)
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