Des débris de verre, une chaise renversée, des murs noirs de suie et criblés d’éclats sont tout ce qu’il reste des locaux d’un centre culturel turc cible d’un attentat à Botkyrka, banlieue de Stockholm atteinte par l’onde du conflit kurde. L’explosion s’est produite dans le même quartier populaire de Fittja, mercredi soir, quatre jours après un défilé en faveur des Kurdes au cours duquel un manifestant a été grièvement blessé par un tireur en cavale.

Ces incidents font craindre un cycle de représailles entre ces deux communautés qui suivent sur les chaînes de télévision satellitaires la reprise du conflit kurde sur fond de guerre en Syrie. « Les jeunes sont inquiets maintenant. Ils disent +peut-être que des Turcs vont venir m’abattre chez moi+ », témoigne Yilmas Zengin, un quinquagénaire d’origine turque et kurde qui dirige la maison de jeunes de Botkyrka. « Nous avons vraiment peur d’une montée des violences ».
Pour les hommes présents au centre culturel turc le lendemain de l’attaque, les dégâts ont été provoqués par une grenade. Les enquêteurs, dont des officiers des services de renseignement, ne confirment pas ces allégations.

Le ministre suédois de l’Intérieur, Anders Ygeman, a appelé les deux communautés à éviter « l’escalade » et relayé le massage d’apaisement prévalant de part et d’autre. « Une association kurde prête des locaux au centre culturel turc après l’explosion de Fittja », a-t-il écrit sur Twitter. Dans cette cité, ensemble d’immeubles aux façades défraîchies au sud-ouest de Stockholm, 90% des habitants sont issus de l’immigration. Turcs et Kurdes y vivent en bonne entente depuis des décennies et leurs représentants s’évertuent à relativiser les tensions.

« Les Turcs et les Kurdes sont amis et vivent en paix en Suède. Nous pouvons nous réjouir qu’ils se soient engagés à ne pas se mêler de ces sales histoires », déclare à l’AFP l’ambassadeur de Turquie à Stockholm, Kaya Turkmen, venu apporter son réconfort aux animateurs du centre culturel. « Il y a des tensions en Turquie, (ces incidents) y sont liés. J’espère que les violences s’arrêteront là », ajoute le diplomate, qui a aussi visité Anatoliska Kurdiska, le centre culturel kurde situé à une centaine de mètres.

Risque de propagation en Europe
L’explosion à Fittja mercredi soir s’est produite quelques heures après un attentat à la voiture piégée ayant fait 28 morts et des dizaines de blessés en plein centre d’Ankara attribué par les autorité turques au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et aux combattants des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes de Syrie.

Après deux ans de cessez-le-feu, des affrontements meurtriers ont repris l’été dernier entre les forces de sécurité turques et le PKK dans le sud-est de la Turquie, en majorité peuplé de Kurdes. En outre, l’artillerie turque bombarde depuis le 13 février les YPG dans la province syrienne d’Alep.

Mehmet Kayhan, directeur du centre culturel turc de Fittja, redoute une importation du conflit. Des échauffourées ont opposé Turcs et Kurdes devant ce centre juste avant les coups de feu tirés sur le défilé en faveur des Kurdes du 13 février, mais les manifestants n’étaient pas du coin, tient-il à préciser. « Environ 150 Kurdes sont passés devant le centre et nous ont nargués jusqu’à ce que des heurts éclatent. Ils étaient nombreux et nous avons dû nous réfugier à l’intérieur, nous barricader et appeler la police », raconte-t-il.

« Ces gens étaient des Kurdes d’Iran et d’Irak. Je les ai entendus parler », précise son collègue Ismail Zengin.
Une thèse défendue par les Kurdes de Fittja qui se sont spontanément présentés devant le centre culturel pour aider à ramasser le verre brisé et sortir les cloisons éventrées. « La plupart d’entre nous, Kurdes comme Turcs, venons de Konya en Turquie », explique Haydar Bayraktar, responsable de l’association kurde. « Nous avons grandi ensemble. Nous essayons de nous entraider ».

L’AFP a tenté sans succès de joindre les associations de Kurdes iraniens et irakiens. Pour Umut Ozkirimli, spécialiste de la Turquie au Centre des études du Moyen-Orient de l’université suédoise de Lund, des répercussions du conflit kurde sont à craindre dans tous les pays d’Europe abritant d’importantes populations des deux communautés. « Pour être honnête, ça ne laisse rien augurer de bon. Si les choses dégénèrent, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas pourraient suivre », prévient-il.

OLJ/AFP/Jonathan EWING

1 COMMENTAIRE

  1. Que ce serait des turcs qui fassent péter leurs propres locaux, que ça ne m’étonnerait pas !

    Erdogan est prêt à toutes les formes de diversions, y compris des attentats pas très nets et non revendiqués par les kurdes !

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