Ki Tissa: le plaidoyer de Moïse (R. Draï Z’l)

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Comme on le sait , toutes les parachiot sont importantes et il n’est pas un mot, pas une lettre,  d’aucune d’entre elles, qui ne soit un fleuron de sens.

Pourtant, l’on sait aussi que certaines d’entre elles sont d’une importance vraiment capitale au point d’être reprise dans le siddour, dans le livre des prières d’Israël, pour accompagner sa vie de tous les instants.

Il en va ainsi de la paracha Ki Tissa qui relate la régression du Veau d’or, survenue après le don de la Thora , mais qui relate aussi le plaidoyer de Moïse, le pardon divin et les 13 attributs par lesquels ce pardon se manifeste  et est mémorisé en cas de nouvelle passe difficile.

Pourtant le début de la paracha ne laisse pas entrevoir , au moins directement , que de pareils événements vont se produire . Il a trait à une série de règles dont le sens n’apparaît pas au premier abord et dont la thématique essentielle est celle – ci .

Au cas où une évaluation du nombre des Bnei Israël deviendrait indispensable,il ne faudrait pas opérer un  décompte par tête mais transférer ce décompte sur une pièce de monnaie : non pas un demi chékel , mais un chékel préalablement scindé  – ce qui ne revient pas au même.

Quel peut être le sens de cette procédure , si ce n’est de ce rituel ? Eviter précisément de constituer le peuple d’ Israël en une totalité , en une masse , par soi même , pesante , gravitationnelle , portée à l’inertie.

C’est pourquoi , indépendamment des règles qui régissent cette procédure et que l’on trouvera explicitées dans leTraité  Chékalim du Talmud,il est indispensable de revenir au geste même que la Thora prescrit .

Il porte d’abord sur une monnaie , ou son équivalent , nommée , on l’a dit , chékel , qui comporte son sens propre , lequel se relie sans doute à la racine Ch KL qui désigne ce qui a été pesé , ce qui a désormais une valeur définitive, certes  certifiée mais également arrêtée , qui ne suit plus son cours.

 

On relèvera alors l’assonance avec le mot cycle , qui désigne bien  un mouvement refermé sur lui même.

Cycle vient du grec kuklos qui désigne le cercle .C’est pourquoi la mitsva ici prescrite ne consiste pas à donner un demi- chékel , un h’etsi chékel , mais à scinder un chékel  en deux parties .En hébreu le mot moitié : h’étsi n’a pas exactement les mêmes connotations que dans d’autres langues.

Ce mot est construit sur la racine H’Ts que l’on retrouve dans le mot H’éTs : la flèche , image de ce qu’est dynamiquement un vecteur .Répétons le : la mitsva ne porte pas exactement sur un h’étsi chékel mais sur le mah’atsit hachekel , celui de  l’ouverture du cercle refermé sur lui même au bénéfice du vecteur projeté selon une visée , vers un ailleurs et un après.

L’on comprend mieux à présent le lien d’abord inapparent entre cette introduction et les événements qui vont suivre  relativement au Veau d’or , à cette masse opaque ,à la boule d’or , compacte , informe et réfractaire qui tire vers le plus bas de la Création en l’enfermant dans un cercle qui , pour être d’un tel métal , n’en est pas moins mortel.

Le êgel hazahav et le mah’atsit hachékel se font face comme deux productions antagonistes de l’esprit humain .C’est pourquoi Moïse redescendu du Sinaï et reprenant si l’on peut dire « les choses en main » se saisit  du Veau de métal pour avant tout  le réduire en poudre , lui  ôter sa masse  et le mélanger à de l’eau qu’il faudra faire boire aux adorateurs en état d’ébriété idolâtrique pour en vérifier les effets .

Cette même eau se trouve mentionnée à propos du khior , du  bassin d’ablutions par lequel Aharon et ses enfants – assistants devront passer avant de se livrer aux actes de leur sacerdoce.

Il ne s’agit pas ici non plus d’ablutions rituelles  ni d’ablutions hygiéniques ,lesquelles doivent s’opérer en d’autres lieux .Pour comprendre ce nouveau geste et le relier au précédent , l’on fera observer que le verbe qui le désigne , la rah’tsa – que l’on doit pratiquer  d’ailleurs au commencement du séder de Pessah’ ,  est composé des mêmes lettres que le mot ReTsaH’ : le meurtre , et sans doute le meurtre collectif , celui qui est prohibé par la 6eme Parole du décalogue : lo tirtsah’ .

De même que la division projective , vectorielle du chékel – symbole de tout système politique , économique et financier , replace Israël dans l’élan de son histoire,cette forme là d’ablution indique , littéralement , que tout geste sacerdotale digne de ce nom s’accomplira désormais dans la fluence du vivant , une fluence dont l’inversion  se passe de commentaires .

 Raphaël DRAÏ Zal

 

 

Ki Tissa: “Quand tu élèveras la tête des enfants d’Israël” (vidéo)

Les premiers mots du deuxième verset de la paracha Ki Tissa sont: Ki tissa ète roch béné Israël … Quand tu élèveras la tête des enfants d’Israël …”

De quoi s’agit-il ? La Torah interdit de compter les enfants d’Israël. On ne peut le faire que par un moyen détourné.

Ici, il s’agit de donner une pièce de monnaie, un demi chekel.

Les pièces seront comptées, et on saura ainsi le nombre de personnes, comme l’explique Rachi dans son commentaire.

La Torah nous enseigne une importante leçon : chaque homme possède en lui quelque chose de transcendant, quelque chose qui le connecte à ce qui est au delà de toute mesure, de tout chiffre, en un mot : l’Infini …

Et même s’il est vrai que la Torah indique, dans plusieurs passages, le compte précis de la population, elle n’emprisonne jamais l’individu à l’intérieur du nombre, en le réduisant à un vulgaire numéro …

Tout simplement parce que chacun d’entre nous possède en lui une part d’Infini, bien au-delà de toute valeur chiffrée.

On comprend alors mieux pourquoi la Torah emploie l’expression “relever la tête”, quand il s’agit de procéder somme toute à un dénombrement.

Relever la tête, c’est retrouver véritablement sa dimension d’homme debout, à la différence de l’animal qui a souvent la tête baissée, dirigée vers le sol.

Relever la tête, c’est aussi retrouver l’espoir au sein d’un quotidien pesant et rempli de défis difficiles à remporter.

Relever la tête, c’est simplement se rappeler de sa part d’Infini. Ce rappel passe par l’attachement aux maîtres authentiques, les saints Tsadikim.

En effet, H’ s’adresse à Moché en lui disant : Ki Tissa, c’est à dire quand Tu relèveras …

Car c’est bien aux Tsadikim qu’incombe la sublime mission de relever la gloire d’Israël, en lui insufflant l’espoir et la reconnection au divin qui avait été voilée, pour un temps, en raison du tourbillon trépidant de la vie.

La routine avait fait de nous des numéros, nous avions l’impression que notre destin était figé, stoppé, arrêté. Non, le Tsadik relève la tête d’Israël.

Il montre au peuple que l’espoir existe toujours et qu’il est possible de dévoiler la tête, roch, au sein de chaque membre d’Israël (Israël contient les lettres de l’expression Li roch, à moi la tête), c’est à dire la mission inhérente à chaque juif.

C’est ainsi que par son attitude et son attachement à la Torah, véhiculée par le Tsadik, le juif montre qu’il appartient bien au Créateur du monde : oui, la tête, Israël, est à Moi, dit H’.

Que le Créateur du monde nous aide dans notre quotidien à toujours surmonter les difficultés, et que par le mérite des Tsadikim, nous puissions être toujours à la tête, pour servir d’exemple, amen ! Chavoua tov !

Shmouel Darmon

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