Juda Halévi: un poète et philosophe célèbre (vidéo)

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Sculpture de Juda Halevi au musée Reali, à Césarée

 Juda Halévi naquit en Espagne à la fin du XIe siècle, il devint un poète et philosophe célèbre.
Son histoire se confond avec celle du judaïsme séfarade.

L’itinéraire du poète-philosophe

La date de naissance de Juda Halévi est incertaine. On ne sait rien de ses parents et de son enfance, quelque part dans le Nord de l’Espagne.

On sait qu’il a séjourné à Grenade, Lucène, Seville et Córdoue; mais on n’a pu établir une chronologie précise de son séjour andalou.

Né vers 1075 Juda Halévi aurait reçu une éducation juive et générale.

Tolède tint une place particulière dans la vie de Juda Halévi. Cette ville qui fut capitale du royaume chrétien serait-elle sa ville natale ?

Les Juifs qui fuyaient les Almoravides se réfugiaient volontiers chez les Chrétiens, à Tolède en particulier. Ce fut le cas de Joseph, frère de Moïse Ibn Ezra dont le fils devint conseiller et bras-droit d’Alfonso VII.

Juda Halévi séjourna dans cette capitale en même temps que Joseph Proutsiel (alias Cidellus), médecin d’Alfonso V.

Il étudia la médecine et le Talmud, la grammaire et la poésie. Il écrivit à Grenade ses premiers poèmes.

Il descendit au pays d’al-Andalûs afin d’y compléter ses études. Il remporta une compétition de poésie à Cordoue, puis rencontra à Grenade les poètes séfarades Moïse ibn Ezra et Abraham ibn Ezra, avec lesquels il sera lié sa vie durant.

Les persécutions des almoravides dispersèrent les poètes de Grenade. Yehouda Halevi reprit ses voyages, se rendit auprès du vizir juif Meir ibn Kamniel à Séville et du maître talmudique Joseph ibn Migash à Lucène.

Il pratiqua la médecine à Tolède, alors redevenue chrétienne, qu’il quitta en 1109 avec son ami Abraham ibn Ezra.

Ils poursuivirent alors leurs voyages à travers l’Espagne musulmane (Cordoue) et l’Afrique du Nord.

En se promenant dans la Judería de Córdoba.

En se promenant dans la Judería de Córdoba

A 65 ans, convaincu que les Juifs vivant en dehors de la Terre Sainte mènent une vie incomplète, il décida de partir pour Eretz Israël ; la démarche s’inscrit dans un contexte général d’attente messianique, dans sa propre expérience de l’exil et sur fond de production littéraire traduisant un
indéracinable attachement à Sion.

Des documents retrouvés à la Genizah du Caire indique que Juda Halévi arrive à Alexandrie en septembre 1140 et y mourut un an plus tard sans atteindre sa destination.

Selon d’autres sources, il aurait débarqué en Erets Israël et , très peu de temps après son arrivée, mourut devant le Kotel à Jérusalem piétiné par le cheval d’un Arabe.

L’oeuvre de Juda Halévi

On ne dispose d’aucune information précise sur les voyages de Juda Halévi en Espagne. Une lecture attentive de ses poèmes profanes épistolaires (rassemblés dans le «Diwan») permit cependant de recueillir des indices sur les milieux qu’il fréquentait et les rapports qu’il entretenait avec eux.

Juda Halévi tissa un impressionnant réseau d’amitiés, notamment avec la communauté juive de Lucène, une ville qui appartenait alors au royaume de Granada, avant sa prise par les Almoravides, une ville à majorité juive — voir la description qu’en fit le géographe arabe Idriss.

Du milieu du XIe siècle au milieu du XIIe siècle, Lucène fut notamment un centre de jurisprudence pour le judaïsme séfarade. La correspondance de Juda Halévi laisse supposer qu’il a très certainement vécu à Lucène dans sa jeunesse et qu’il y est retourné pour y séjourner durablement.

De son vivant, les poèmes de Halévi étaient déjà connus au-delà de l’Espagne. Sa poésie s’inspirait des modèles arabes alors dominants, adaptés à l’hébreu.

On connaît 800 poèmes de Juda Halévi divisibles en plusieurs groupes : les chants à la louange des amis ; les hymnes à la nature ; les piyyutim (poèmes religieux) ; les qinot ou élégies et les poèmes à la gloire d’Eretz Israël.

• Les piyyutim reflètent l’histoire tragique du peuple juif ou portent sur des thèmes bibliques et historiques.

Certains de ses poèmes religieux font encore partie de la liturgie synagogale comme Kippour ou le 9 av, qui commémore la chute du Temple.

Composé par l’un des plus grands poètes de l’âge d’or espagnol. Ce piyout développe la demande que les prières et suppliques d’Israël soient écoutées.

יָהּ שְׁמַע אֶבְיוֹנֶיךָ

הַמְחַלִּים פָּנֶיךָ⁠ אָבִינוּ לְבָנֶיךָ

אַל תַּעְלֵם אָזְנֶךָ⁠

יָהּ עַם מִמַּעֲמַקִּים יִקְרְאוּ מֵרוֹב מְצוּקִים

אַל נָא תְּשִׁיבֵם רֵקִים הַיּוֹם מִלְּפָנֶיךָ⁠

הַוּוֹתָם וַעֲוֹנָם מְחֵה וְרֻבֵּי זְדוֹנָם

וְאִם לֹא תַעֲשֶׂה לְמַעֲנָם עֲשֵׂה צוּרִי לְמַעֲנֶךָ

⁠ וּמְחֵה הַיּוֹם חוֹבָם וּרְצֵה כְּמוֹ שַׁי נִיבָם

וּלְךָ תָּכִין לִבָּם וְגַם תַּקְשִׁיב אָזְנֶךָ⁠

דִּמְעַת פְּנֵיהֶם תִשְׁעֶה וְתֶאֱסוֹף עֵדֶר תּוֹעֶה

וְתָקִים לְךָ רוֹעֶה וּפְקוֹד בְּטוֹב צֹאנֶךָ⁠

הוֹלְכֵי בְּדֶרֶךְ נְכֹחָה תְּבַשְּׂרֵם הַיּוֹם סְלִיחָה

וּבִתְפִלַּת הַמִּנְחָה הַמְצִיאֵם חִנֶּךָ

• Les Shirei Tsion (Chants de Sion), sont les textes les plus célèbres de son œuvre poétique.

Atypiques à l’époque, ils expriment une profonde nostalgie de la Terre Sainte.

 Annexe: Mon cœur est à l’Est, et je suis à l’extrémité de l’Occident;

Comment puis-je goût de ce que je mange et comment pourrait-il être agréable pour moi? Comment rendrai-je mes vœux et mes obligations, alors que pourtant Sion se trouve sous les fers d’Edom, et je suis dans les chaînes d’Arabie?  Il serait facile pour moi de quitter toutes les richesses de l’Espagne –  Comme il est précieux pour moi à voir la poussière du sanctuaire désolé Sion – tu es anxieuse des nouvelles de tes captifs
“Sion, tu es sans doute inquiets des nouvelles de tes captifs;  ils demandent après toi, ceux qui sont le reste de ton troupeau. De l’Ouest et l’Est et du Nord et du Sud, de près ou de loin; apporter la paix de tous côtés.
Et la paix est le désir de la captive, qui donne ses larmes comme la rosée sur le Hermon et aspire à la journée, ils tomberont sur tes collines. Je suis une personne en deuil qui pleure pour votre pauvreté et quand je rêve du retour je suis l’accompagnement à tes chansons.

Une édition en hébreu du «Livre du Kuzari», Berlin, 1795.

Agacé par l’attrait qu’exercent christianisme, islam et philosophie jusqu’au sein du peuple juif, il rédige vers 1140, à la fin de sa vie son grand-œuvre, rédigée en arabe, en français, “le Livre de l’argumentation pour la défense de la religion méprisée”, plus connue sous le nom que lui a donné son traducteur Juda ibn Tibbon, le Kuzari en réponse aux questions d’un Karaïte dira-t-il, s’inspirant de la conversion au judaïsme du roi des Khazars et de son peuple quatre siècles auparavant.

Au huitième siècle, le roi des Khazars, se demandant s’il devait adhérer au christianisme ou à l’islam, fit venir devant lui de grands érudits pour qu’ils débattent des mérites des religions du monde.

A la suite de ce débat, il se convertit au judaïsme ainsi qu’une partie importante de ses sujets.

L’histoire des Khazars se termina au onzième siècle quand leur royaume fut détruit par une coalition russo-byzantine.

Se basant sur cette histoire authentique, Yehouda HaLévi reconstitua fictivement dans son ouvrage le débat devant le roi, et son livre continue d’être lu aujourd’hui.

Dossier réalisé par Jforum

zakhor-online.com

fr.wikipedia.org

www.akadem.org

Consulter : Geoffroy Wigoder (éd.), Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Editons du cerf, 1993.
Le Kuzari, apologie de la religion méprisée, Juda Halévi, introduit et annoté par le Grand Rabbin Charles Touati, traduit du texte original arabe  Verdier, 1994.

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