Israël : le vaccin Pfizer-BioNTech moins efficace face au variant Delta.

Après avoir publié un communiqué alarmiste sur l’efficacité du vaccin Pfizer, le ministère de la Santé israélien tente de rassurer et écarte pour l’instant l’administration d’une troisième dose.

“Le ministère de la Santé met en garde contre une baisse spectaculaire de l’efficacité du vaccin anti-Covid”, écrit Eliav Batito dans Maariv. Dans un communiqué inquiétant, les responsables du ministère de la Santé israélien ont annoncé, le 5 juillet, craindre une diminution de l’efficacité vaccinale face aux variants du coronavirus (dont le variant Delta). Une efficacité passée de 93 % à 64 % “au cours du mois écoulé [à partir du 6 juin], simultanément à la progression du variant Delta en Israël”, poursuit le journaliste.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a mis à jour les données quotidiennes de morbidité : “369 nouvelles infections ont été détectées dimanche à minuit, soit une hausse de 50 % par rapport à la veille.” Le pourcentage de tests positifs est ainsi passé à 0,7 %, tandis que le nombre total de patients est de 2766, dont 35 sont dans un état critique et 16 sous assistance respiratoire.

À ce stade, explique Ido Efrati dans Ha’Aretz, “le ministère s’abstient de recommander l’administration d’une troisième dose du vaccin Pfizer [majoritairement administré en Israël]. Tout au plus conseille-t-il aux personnes entrées en contact avec un porteur du Covid, y compris les personnes déjà vaccinées, de se faire tester”. Mais, après cette communication du ministère de la Santé, les experts israéliens ont immédiatement tenu à relativiser la gravité de la situation épidémiologique.

À commencer par le ministère de la Santé lui-même, s’étonne Ido Efrati. “Le communiqué à peine publié, le professeur Ran Balicer, conseiller en chef du ministère pour le Covid, s’est lui-même empressé de préciser, comprenne qui pourra, qu’il était très difficile d’évaluer l’efficacité du vaccin lorsque les tests sont effectués de manière sélective et non systématique.” De fait, en Grande-Bretagne, les tests montrent que, deux semaines après l’administration de la deuxième dose, le vaccin reste efficace à 88 % contre le variant Delta, “ce qui n’est que légèrement inférieur aux 93 % face au variant Alpha, nuance le professeur Balicer”.

Bref, pour le ministère de la Santé, aucune mesure particulière ne devrait être prise à ce stade, pas même une troisième dose, en dépit du ton pour le moins alarmiste du communiqué de ce 5 juillet.

En écho aux propos rassérénants de Ran Balicer, le professeur Cyrille Cohen, directeur du laboratoire d’immunothérapie et vice-doyen de la faculté des sciences de la vie de l’université Bar-Ilan, relativise également la situation, relève Alexandra Lukash dans Yediot Aharonot. “À la lumière des résultats publiés, nous pouvons être satisfaits de l’efficacité du vaccin Pfizer, explique Cyrille Cohen, une efficacité de 93 % face aux formes graves de la maladie.”

Certes, mais le fait que le vaccin se montre moins efficace face aux formes légères du Covid n’est-il pas inquiétant ? “Non, répond le professeur Cohen. Nous allons seulement devoir apprendre à vivre avec un virus qui est là pour rester, ce que nous savons depuis des mois. Grâce à l’étendue unique au monde de la couverture vaccinale des Israéliens, ce virus ne sera tout simplement pas plus morbide qu’une grippe saisonnière.”

L’administration d’une troisième dose s’impose-t-elle ? “Cela ne peut être envisagé que pour les patients immunodéprimés ou cancéreux.”

Le ministère de la Santé israélien aurait-il eu tout faux en publiant un communiqué aussi alarmiste ? “On peut le craindre”, tranche ce mardi matin, dans un article titré “La communication bancale du ministère de la Santé”, l’éditorialiste Nadav Eyal, qui couvre pour Yediot Aharonot l’actualité du Covid depuis les débuts de la pandémie. “Contrairement au Royaume-Uni ou au Canada, seuls pays comparables à Israël, aucune recherche systématique n’a encore été menée chez nous sur le variant Delta. La seule explication se trouve peut-être chez les communicants du ministère de la Santé.”

Pour Nadav Eyal, Nitzan Horowitz (Meretz, gauche), le nouveau ministre de la Santé, pas du tout attendu à ce poste, a tout simplement voulu se couvrir en préparant l’opinion israélienne à l’hypothèse “encore hautement improbable” de l’imposition de nouveaux confinements, même limités dans le temps et l’espace. “Cela dit, soyons cyniques, à défaut d’être positifs. Le zèle du ministre de la Santé aura poussé notre nouveau Premier ministre [Naftali Bennett, droite ] à commander bruyamment deux études indépendantes, ce qui nous manque depuis de longs mois, il est vrai. Si ça peut rassurer l’opinion…”

Pascal Fenaux

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