En l’honneur des festivités qui vont marquer les 70 ans de la création et de la renaissance de l’Etat d’Israël, Jforum propose une enquête historique sur Israël . D’abord plongeons aux sources traditionnelles du sionisme.

Selon le Torah, dans le Livre de la Genèse, Abraham, le premier patriarche du judaïsme et du monothéisme a reçu l’ordre divin de quitter sa terre natale et de partir (Lekh Lekha) vers le pays de Canaan (Eretz Israël).

Ce fut  un acte fondateur. Le prophète Moïse, vit les confins de la Terre d’Israël sans pouvoir y entrer. Saül devint le Premier roi d’Israël, vite déchu au profit de David surnommé « roi guerrier-poète ». Salomon fit construire le Temple et le Palais royal à Jérusalem.

Depuis le Premier Exil, en -586 de l’ère commune, les Juifs par l’intermédiaire des prophètes ont exprimé dans leurs prières leur désir de retour à Sion. Le Psaume 137 est la plus célèbre des prières louant le retour des exilés de Babylone:
1 Sur les rives des fleuves de Babylone, là nous nous assîmes, et nous pleurâmes au souvenir de Sion. 2 Aux saules qui les bordent, nous suspendîmes nos harpes; 3 car là nos maîtres nous demandaient des hymnes, nos oppresseurs des chants de joie. « Chantez-nous [disaient-ils], un des cantiques de Sion! » 4 Comment chanterions-nous l’hymne de l’Eternel en terre étrangère? 5 Si je t’oublie jamais, Jérusalem, que ma droite me refuse son service! 6 Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies! 7 Souviens-toi, Seigneur, pour la perte des fils d’Edom, du jour [fatal] de Jérusalem, où ils disaient: « Démolissez-la, démolissez-la, jusqu’en ses fondements! » 8 Fille de Babel, vouée à la ruine, heureux qui te rendra le mal que tu nous as fait! 9 Heureux qui saisira tes petits et les brisera contre le rocher!
 
 Malgré la destruction du Second Temple et de Jérusalem, au premier siècle, par les armées romaines de Titus et Hadrien, la présence juive n’a jamais disparu de l’ancien royaume juif : 4 villes juives fixent cette implantation à Jérusalem, Tibériade, Safed et Hevron.
 On peut rappeler, au cours des siècles, les noms d’Ezra, de Hillel, de Juda Halevi, de Yehiel de Paris, de Nahmanide ou du Gaon de Vilna.
Juda Halévy

Ainsi très jeune, Juda Halévy parcourt l’Espagne en proie aux guerres entre chrétiens et Almoravides. Il descend au pays d’al-Andalûs afin d’y compléter ses études.

Il remporte une compétition de poésie à Cordoue, puis rencontre à Grenade les poètes séfarades Moïse ibn Ezra et Abraham ibn Ezra, avec lesquels il sera lié sa vie durant.

Yehouda Halevi reprend ses voyages, se rend auprès du vizir juif Meir ibn Kamniel à Séville et du maître talmudique Joseph ibn Migash à Lucène. Il pratique la médecine à Tolède, alors redevenue chrétienne, qu’il quitte en 1109 avec son ami Abraham ibn Ezra. Ils poursuivent alors leurs voyages à travers l’Espagne musulmane (Cordoue) et l’Afrique du Nord.

Partisan du retour à Sion, Yehouda Halevi arrive à Alexandrie, puis au Caire où il meurt en 1141 avant d’avoir pu s’embarquer pour la Palestine sous domination musulmane. La légende le fait mourir aux portes de Jérusalem sous les sabots d’un cavalier arabe.

Une édition en hébreu du «Livre du Kuzari», Berlin, 1795.

Il est aussi l’auteur d’élégies, regroupées sous le nom de « Sionides » dont certaines sont reprises dans la liturgie traditionnelle du 9 av, qui commémore la chute du Temple de Jérusalem.

Mon cœur est à l’Est, et je suis à l’extrémité de l’Occident;

Comment puis-je goût de ce que je mange et comment pourrait-il être agréable pour moi? Comment rendrai-je mes voeux et mes obligations, alors que pourtant Sion se trouve sous les fers d’Edom, et je suis dans les chaînes d’Arabie?  Il serait facile pour moi de quitter toutes les richesses de l’Espagne –  Comme il est précieux pour moi à voir la poussière du sanctuaire désolé Sion – tu es anxieuse des nouvelles de tes captifs
« Sion, tu es sans doute inquiets des nouvelles de tes captifs;  ils demandent après toi, ceux qui sont le reste de ton troupeau. De l’Ouest et l’Est et du Nord et du Sud, de près ou de loin; apporter la paix de tous côtés.
Et la paix est le désir de la captive, qui donne ses larmes comme la rosée sur le Hermon et aspire à la journée, ils tomberont sur tes collines. Je suis une personne en deuil qui pleure pour votre pauvreté et quand je rêve du retour je suis l’accompagnement à tes chansons.

 

Le Rav Yehiel ben Joseph 

Le Rav Yehiel ben Joseph est né à Meaux, il y a un peu plus de 750 ans, et est mort à Haifa, en Terre d’Israël, en 1286.

Disciple du Rav Judah ben Isaac (Sire Léon de Paris), il lui succède à la tête de sa yeshiva en 1225, riche de 300 étudiants, dont certains deviendront de célèbres Tossafistes, comme le Rav Méir de Rothenburg.

La situation étant précaire, tant à cause des Croisades que de la pauvreté des étudiants, Yehiel de Paris doit envoyer une délégation dans les pays où la situation est plus confortable pour les Juifs.

En 1240, le roi  Louis IX, Saint Louis, ordonne la tenue d’une dispute religieuse entre tenants du Judaïsme et de la Chrétienté au sujet du Talmud.

Yehiel de Paris représente les Juifs. Son adversaire est un Juif apostat du nom de Nicolas Donin. Bien que Yehiel remporte la dispute haut la main, ainsi que l’admiration des souverains et notables du royaume, le climat de haine anti-Juive est à ce point intense, qu’on ordonne la crémation publique de tout exemplaire du Talmud qu’on pourra trouver.

Finalement, 24 charettes de traités talmudiques seront livrées aux flammes.Yehiel de Paris continua d’enseigner le Talmud, rédigeant des Tossafot, établissant des décrets halakhiques, etc. Cependant, l’atmosphère devient bientôt intenable, et il s’embarque pour la Terre d’Israël en compagnie de nombre de ses disciples.

Il y décède et est inhumé à Haïfa, près du Mont Carmel.

 

Jérusalem au temps de Nahmanide

Le sultanat mamelouk, instauré en 1250 face à l’armée croisée qui, sous le commandement de Louis IX de France, marche sur Le Caire, contrôle désormais la Syrie-Palestine et le reste de l’empire islamique construit par Saladin ; les accords passés avec les Francs sont alors abrogés.

En 1291 les mamelouks abattent le dernier royaume des Croisés. Ces anciens esclaves affranchis, dominent Jérusalem jusqu’en 1488.

Les Mamelouks sont continuellement en lutte interne pour le pouvoir en Égypte, et ils doivent défendre la Syrie contre les hordes mongoles. Ils n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à la Palestine, négligée par les grands empires politiques.

Pendant cette période, Jérusalem connaît un déclin: sa population est réduite par les pillages et massacres successifs – d’autant qu’une nouvelle invasion mongole, en 1260, a entraîné la fuite des habitants – et la Palestine n’occupe pas une place importante au sein du vaste empire de l’Islam. Les vols et les razzias ravagent également les terres agricoles, laissées à l’abandon.

Ainsi aux XIVe et XVe siècles, Jérusalem redevient une ville de province qui conserve toutefois un rayonnement intellectuel et culturel important ; ville de pèlerins et d’érudits, elle accueille également les exilés politiques.

Quant à la présence juive à Jérusalem , elle n’a jamais disparu et va prendre une nouvelle vigueur au XIIIème siècle après l’arrivée du rabbin espagnol Nahmanide surnommé Ramban.


Ramban qui  fuit les persécutions des rois d’Espagne arrive à Jérusalem en 1267 à l’âge de 73 ans.
Dans une lettre adressée à son fils, il raconte qu’il ne trouve que deux juifs, frères et teinturiers de métier. Tous trois voient une maison en ruine avec des piliers en marbre et un beau dôme, ils en font une synagogue. Ils font venir de Sichem, Naplouse, les rouleaux de la Loi, transportés là-bas lors de l’invasion tartare.

Pendant les trois dernières années de la vie de Ramban, sa synagogue est le lieu de rencontre de la communauté juive, décimée depuis le massacre croisé de 1099.
Nahmanide prône pour les juifs l’obligation d’habiter en terre d’Israël (la Palestine de l’époque). C’est pour réveiller l’intérêt pour les textes bibliques chez les quelques Juifs qui y habitent que Nahmanide écrit le commentaire sur la Torah.
La communauté juive commence à se concentrer dans le quartier juif actuel, établi au sud-ouest du Mont du Temple.

De 1267 à 1483, la population juive de Jérusalem est passée à cinq cents personnes pour une population globale estimée à trois mille habitants. La communauté juive comprend désormais des exilés espagnols et des immigrants d’Europe centrale. Elle prospère jusqu’à la fin du XVème siècle, malgré les frictions avec les autorités ottomanes sur les taxes de péage, la capitation et l’usage des synagogues.

En 1488, Rabbi Obadia de Bertinoro (1450-1510), le célèbre exégète de la Mishna arrive à Jérusalem, il en devient le chef spirituel et laisse cette description : « Mais que dois-je vous dire sur ce pays ? Grande est la solitude et grandes sont les pertes et, pour décrire cela brièvement, plus les lieux sont sacrés, plus grande est leur désolation ! Jérusalem est plus désolée que le reste du pays[1]. »

Pendant cette période Jérusalem est le théâtre de violences récurrentes, liées des conflits portant sur l’attribution de tel ou tel site à telle ou telle religion. Félix Fabri, frère dominicain allemand et pèlerin à Jérusalem, explique ainsi à la fin du XVe siècle que les différends portent bien davantage sur les espaces consacrés – le site du Temple et le Saint-Sépulcre, notamment – que sur la question de la souveraineté sur la ville.

Dans cette ville désormais majoritairement musulmane – sur dix mille habitants, on estime que Jérusalem compte au XVe siècle environ mille chrétiens et cinq cents Juifs – les persécutions et les vexations ne sont pas rares envers les non-musulmans, et les lieux de culte sont régulièrement saccagés. Tous les témoignages d’époque s’accordent sur l’aspect « désolé » qu’offre la Ville Sainte à l’époque mamelouke.

L’historien Mujir al-Din qui vit dans la Ville Sainte presque toute sa vie, laisse une description au 15e siècle, il explique que, comme d’autres cités islamiques, Jérusalem est divisée en quartiers.

Les neuf quartiers principaux sont le quartier maghrébin, le quartier du Sharaf appelé auparavant le quartier des Kurdes, le quartier d’Alam dénommé ensuite le quartier de la Haydarira, le quartier des habitants d’Al-Salt, le quartier juif, le quartier de la Plume, le quartier de Sion à l’intérieur des remparts, le quartier de Dawaiyya, et enfin le quartier des Banu Hârith à l’extérieur des remparts et à côté de la citadelle.

Les théologiens musulmans créent de nombreuses écoles religieuses, appelées madrasas. Al-Aksa et le Dôme du Rocher sont restaurés et embellis. L’architecture chrétienne décline, parce que soumise à de coûteux permis. Les non-Musulmans sont fréquemment persécutés.

La société mamelouke impose le port de signes distinctifs à chaque communauté: turbans jaunes pour les Juifs, turbans rouges pour les Samaritains, turbans bleus pour les Chrétiens, turbans blancs pour les Musulmans. Des conflits ont lieu au sujet de certains sites du Mont Sion, convoités par les Chrétiens, par les Musulmans et parfois par les Juifs.

Des fanatiques musulmans démolissent l’église Sainte-Marie-des-Allemands, construite à l’emplacement supposé de la maison de Marie, mère de Jésus. Et le Saint-Sépulcre est une fois de plus dévasté.

En 1342, les Mamelouks ont autorisé les Frères mineurs à s’y réinstaller. Les pèlerinages peuvent reprendre. C’est à cette époque que de nombreuses traditions chrétiennes liées à la vie de Jésus sont établies, notamment celle de la Via Dolorosa qui est jalonnée par quatorze stations, à l’emplacement de l’actuel couvent de la Flagellation où Jésus a été fouetté par les soldats et on lui a couronné la tête d’épines. Le Chemin de Croix du Christ devient sacré pour les Chrétiens.

 

D’autres rabbins célèbres font leur alya

Quelques  exemples :
1700 : Avec à leur tête Rabbi Yehouda HaHassid, 1500 juifs s’installent en Eretz Israël.

1739 : Alya de Rabbi Haïm Ben Attar, illustre Rav du Maroc, connu sous le nom de Or Ha Haïm et auteur d’un commentaire de la Thora du même nom. Ses tribulations personnelles lui font prendre conscience que les juifs n’ont pas d’autre place qu’Eretz Israël.

1817 : Rabbi Shmouel Abbou monte d’Algérie en Eretz Israël. Consul d’honneur de la France, il aide à l’acquisition de terres Rosh Pina, une des premières localités fondées par les juifs à l’époque contemporaine, en 1887

(A suivre)   Adaptation par JG

1 COMMENTAIRE

  1. Certes, certes…
    Mais le bashing forcené sur les Juifs _et Ysraël _ nous laisse perplexes…
    Vaincus ou vainqueurs, nous ne sommes appréciés que morts. Et encore.
    Ne nous a-t-Il pas choisis pour être un peuple de prêtres, Ses prêtres, à travers les Nations et les familles de la Terre.?
    Quoi ? L’Ancien des Jours testerait-il l’humanité avec les débris de Ses enfants ?
    Peut-être, finalement, et passé certaines limites, a-t-IL ôté tout libre arbitre aux cœurs endurcis ? Une dead line aurait-elle été dépassée, et c’ en serait fait du Bouquet d’Humains de cette 3ème planète…
    La barre fut-elle trop haute, Seigneur, pour chiffonner cette copie, et réécrire une autre Histoire, avec des pieuvres ou des amibes…?
    Et qu’en serait-il de Ta residence, Ici-bas ?…
    Et des Promesses aux Patriarches ? Et de Ta Torah ?
    Reviens, kel Ra’houm vé Hanoun, Dieu Clément et Miséricordieux !…

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