Health Data Hub: « Le choix de Microsoft est un contresens industriel ! »
ENTRETIEN. Pour Bernard Benhamou, la décision du gouvernement de confier l’hébergement de nos données de santé au géant américain pose des questions de souveraineté.
par Guillaume Grallet Modifié le - Publié le | Le Point.fr
Le « Health Data Hub », plateforme de mise à disposition de nos données de santé visant à améliorer la qualité des soins, suscite de nombreux appels à la prudence depuis son lancement en décembre. Plusieurs voix s’élèvent en effet notamment contre l’octroi de l’hébergement d’une grande partie des données à Microsoft.
Pour Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique, un groupe de réflexion privé dont la mission est de réfléchir aux enjeux internationaux des technologies et leur impact sur la souveraineté numérique européenne, ce choix n’est pas technologique, mais politique.
Enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne, il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages de l’Internet auprès du ministère de la Recherche et du ministère de l’Économie numérique. Il y a fondé le portail Proxima Mobile, premier portail européen de services mobiles pour les citoyens. Bernard Benhamou a également été le conseiller de la délégation française au Sommet des Nations unies sur la société de l’information et a créé les premières conférences sur l’impact des technologies sur les administrations à l’ENA ainsi qu’à Sciences Po Paris. Interview.
Le Point : Pourquoi les données de santé ne sont-elles pas des données comme les autres ?
Bernard Benhamou Ces données « parlent » de nous-mêmes, de notre vie, et elles nous constituent. C’est, en particulier, le cas lorsqu’elles sont liées à l’analyse de notre génome. À titre d’illustration des dérives possibles dans l’utilisation de ces données, on pourra citer la loi américaine HR1313 qu’avait souhaité mettre en place l’administration américaine en mars 2017 et qui aurait obligé l’ensemble des employés américains à subir des tests génétiques en entreprise à des fins de prévention des maladies. C’est ni plus ni moins que du screening génétique appliqué en entreprise, les employés refusant de se plier à ces tests auraient même été contraints de payer une pénalité de 5 000 dollars par an…
La nouveauté est que désormais, au-delà des structures hospitalières ou des laboratoires médicaux, les données de santé peuvent être collectées en masse. Ainsi, plusieurs sociétés travaillent déjà à la détection des signes précoces liés à l’infection par le Covid-19 par l’analyse du rythme cardiaque via les montres connectées. De plus, les algorithmes des systèmes d’intelligence artificielle peuvent nous en dire beaucoup sur l’état de santé d’une personne à partir d’informations en apparence anodines. Ainsi, lorsqu’on analyse dans la durée les déplacements d’une personne, on peut déduire la survenue possible de troubles cardiaques ou circulatoires. Facebook a ainsi développé des brevets portant sur l’analyse en continu des déplacements de ses utilisateurs. Nous assistons à un élargissement de la notion même de données de santé du fait de la montée en puissance de l’intelligence artificielle et des objets connectés. La conception d’une plateforme, comme le Health Data Hub, qui rassemble les données de santé pour développer des savoir-faire liés à l’intelligence artificielle en santé, se doit d’être accompagnée de mesures draconiennes pour éviter des dérives liées à l’utilisation de ces données.
Le gouvernement a-t-il fait une erreur en choisissant Microsoft pour héberger une grande partie de nos données de santé ?
Il s’agit d’un signal politique inquiétant et aussi d’un contresens industriel ! Le choix de la société Microsoft pour assurer l’hébergement du Health Data Hub a été effectué sans créer un appel d’offres spécifique et a été mis en avant pour des raisons de conformité avec les prérequis de ce projet. Ces prérequis doivent aujourd’hui être remis en question. Ce que révèle aussi ce projet, c’est, d’abord, l’absence de stratégie de politique industrielle dans le numérique. Ce choix dénote aussi une forme de paresse intellectuelle dans la conception même du projet qui s’aligne sur l’offre des Gafam (géants américains du numérique, NDLR) sans chercher à créer une architecture alternative. Ce projet aurait en effet dû être l’occasion de mettre en place des mécanismes innovants pour associer des PME européennes dans l’éventail des technologies nécessaires à sa mise en place (pour l’hébergement, la sécurité, l’analyse et le traitement des données). Et l’architecture de ce projet aurait pu être conçue d’emblée pour coordonner différents acteurs européens comme le propose désormais le projet Gaia-X. Si la localisation des données et l’origine des sociétés qui traiteront ces données sont cruciales dans ce cas, l’important sera, là encore, d’éviter que les sociétés européennes qui participent ne fassent massivement appel à des technologies extraeuropéennes au risque de recréer de nouvelles formes de dépendance. Ce qui serait un comble !
lire la suite
![]() |
![]() |










































Bizarre que Benhamou soit si à côté de la plaque…!
Ou bien veut-il plaire au quai d’Orsay ?
Il devrait plutôt s’alarmer sur la 5 G qui a été confiée à la plus maléfique dictature que le genre humain ait connue, et ce pour toute l’Europe ! Et s’il a des doutes que Microsoft, entreprise géante de l’Amérique démocratique, puisse espionner notre petite république dorénavant bananiere, il devrait plutôt s’inquiéter que Ping, président à vie, ne se gênera pas de faire éplucher tout ce qui transitera par la 5G !
Oup’s..
Bernard voit le doigt, pas ce qu’il montre.
Les Yankees seraient donc intéressés de connaître le nombre de diarrhées, grippe, toux, etc…