Halle : Échec au massacre antisémite en pays détraqué

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Halle : Échec au massacre antisémite dans une démocratie libérale allemande détraquée

Par Manfred Gerstenfeld

Les mesures de sécurité prises par la communauté juive de Halle ont empêché un meurtre de masse, qui a tourné au fiasco, à Yom Kippour, dans la synagogue de Halle, la principale ville de l’Etat de Saxe-Anhalt, en Allemagne fédérale. Les portes de bois renforcé par l’acier de la synagogue n’ont pas été financées par les autorités locales, mais par l’Agence Juive (Keren Hayessod). La police elle-même n’a joué aucun rôle dans la mise en échec de ce grave attentat[1]. Cette absence est un indicateur de la déréliction de l’état de droit, au sein de la démocratie libérale profondément instable d’Allemagne.  Cela résume la signification plus large de cet horrible incident. Durant celui-ci, un tireur d’extrême-droite a tué au hasard deux personnes passant tout près et blessé deux autres personnes.

Il est encore trop tôt pour une analyse globale des principaux aspects de cet événement et des réactions qu’il a suscité. Pourtant, on doit déjà faire la liste des diverses facettes de ces questions en jeu, afin de pouvoir les suivre au cours des semaines à venir. Ceci permettra une évaluation plus approfondie d’une tragédie qui aurait pu prendre une ampleur démesurée.

L’une des questions majeures consiste à savoir pourquoi toutes les synagogues de France, de Belgique et des Pays-Bas disposent généralement d’une protection policière ou/et militaire – alors qu’en Allemagne, apparemment, il n’y en a que quelques-unes, principalement dans les grandes villes, qui la mettent en pratique? Après avoir activé l’alarme d’urgence, cela a pris plus de dix minutes à la police pour arriver sur les lieux. Selon le président de la communauté, Max Privorotsky, la police n’a eu de cesse de minimiser les inquiétudes sécuritaires de la communauté[2]. Joseph Schuster, Président du Conseil Central des Juifs d’Allemagne, l’organisation coordonnant les communautés juives d’Allemagne, s’en est pris de façon virulente à la police pour son inaction, en déclarant : “Que la synagogue de Halle ne soit pas gardée par la police, un jour saint tel que Yom Kippour est proprement scandaleux[3]“.

Attribuer toute la charge du blâme à la police est plutôt commode pour le système politique allemand. Pourtant, si on creuse un peu plus profondément, on découvre que la police est gravement sous-équipée. Cela a libéré un véritable “nid de frelons” pour les politiciens. Il en va de leur responsabilité de s’assurer que la police perçoive les financements nécessaires afin d’exécuter ses missions dans un cadre raisonnable pour protéger les citoyens menacés. En poussant la réflexion un peu plus loin, cela suscite l’ouverture d’un second nid de frelons plein de questions intrusives à propos de l’état de droit instable de la démocratie allemande, dans un grand nombre de zones à risques.

Ces remarques sont justifiées, mais malvenues pour ceux qui détiennent le pouvoir. Par conséquent, il faut trouver un bouc-émissaire. L’alibi parfait, pour les politiciens en déni quant aux problèmes structuraux que connaît l’Allemagne consiste à placer le blâme de cette attaque par un membre de l’extrême-droite néo-nazie sur les épaules du parti populiste AfD. L’un de ceux qui l’ont fait a été Michaël Roth, un candidat de premier plan  pour l’un des postes de président au sein du parti socialiste (SDP). Il a déclaré : “”Au parlement allemand et dans les parlements des Etats fédéraux siège le bras politique du terrorisme d’extrême-droite[4]“.

Pourtant, les choses ne sont pas si simples. Parmi les représentants élus de l’AfD figure une poignée de personnalités hautement problématiques. Les autres partis présents au parlement ont créé un cordon sanitaire autour de l’AfD. En termes populaires, cela signifie : l’AfD est tout noir, donc nous sommes tout blanc. Pourtant, en tant qu’étranger observant la société allemande, on peut conclure qu’en ce qui concerne les partis politiques allemands, – y compris l’AfD – on a plutôt affaire à différentes nuances de gris.

Aussi répréhensibles puissent être un certain nombre de représentants de l’AfD, le parti a au moins deux points valides pour lui. Puisqu’il n’est pas au pouvoir, il ne peut pas être tenu pour responsable du déclin du maintien de l’ordre en Allemagne. Le gouvernement est constitué par les Démocrates-Chrétiens (CDU) et le SPD. Il a accueilli dans le pays, depuis 2015, sans le moindre filtre de vérification sérieux, plus d’un million d’immigrés, principalement des musulmans parmi lesquels des centaines de milliers adoptent des points de vue antisémites.

On peut simplement mentionner plusieurs attaques antisémites récentes commises par des musulmans. Un Syrien muni d’un couteau a été arrêté juste devant la synagogue de Berlin, où il y a aussi eu deux attaques contre des rabbins berlinois, menées par des individus parlant arabe. En Bavière, une femme israélienne a été blessée par un Arabe qui lui a lancé une pierre[5].

Après les meurtres de Halle, la Chancelière Angela Merkel (CDU) a promis au Premier Ministre Binyamin Netanyahu, au cours d’une conversation téléphonique, une plus grande sécurité pour la communauté juive. Le Ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, de l’Union Sociale Chrétienne (CSU), a promis la pleine protection policière pour les synagogues et il a dit que le gouvernement allemand examinait aussi comment mieux combattre les discours de haine sur Internet[6].

Pourtant, le précédent chef de la sécurité intérieure, Hans-Georg Maassen (CDU) – qui a aussi en partie été accusé d’être responsable de l’incident – a déclaré qu’il y a  un certain nombre de radicaux d’extrême-droite qui communiquent en groupes restreints sur Internet et que les services de sécurité ne parviennent pas à identifier. Ces extrémistes ne participent pas aux manifestations et – comme dans le cas de Halle – agissent sans lien avec aucun partenaire pour perpétrer leurs crimes[7].

Les hauts politiciens allemands sont expérimentés en matière de réaction à avoir face à un incident antisémite majeur. Cela a encore été démontré dans ce cas – où deux non-Juifs ont été tués. Merkel a assisté à une veillée nocturne à la Grande Synagogue du centre de Berlin. C’était  un appel à la solidarité avec la communauté juive[8]. Le Président allemand Frank-Walter Steinmeier (SPD) s’est rendu en visite  à la synagogue de Halle au lendemain de Yom Kippour. Il a déposé des fleurs à l’extérieur, avant d’aller rencontrer les représentants de la communauté, à l’intérieur. “Aujourd’hui est un jour de honte et de déshonneur”, a t-il dit[9].

Pourtant une femme politique moins expérimentée n’a pas su adopter une réaction saine à l’issue de la tragédie. Annegret Kramp Karrebauer –communément surnommée AKK – est l’actuelle présidente du CDU et Ministre de la Défense. Elle a désignée l’attentat de Halle comme étant un “signal d’alarme”. Marina Weisband, une jeune femme politique juive (du Parti Vert) a délcaré au cours d’un débat télévisé : “Si un attentat contre une synagogue n’est rien de plus qu’un “signal d’alarme”, qu’est-ce alors qu’une question grave?”. Elle a reproché à AKK de ne jamais avoir prêté attention à tant de signaux d’alarme préalables[10].

L’attaque de Halle a, une fois encore, soulevé le problème de l’avenir des Juifs en Allemagne. Il a aussi à nouveau mis en exergue l’état problématique du maintien de l’ordre en Allemagne. La duplicité  du gouvernement allemand envers Israël est, à nouveau, apparu au premier plan dans les médias. Pourtant ces questions pourraient très bientôt être éclipsées par d’autres évolutions importantes dans le pays.

Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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[1] www.haaretz.com/world-news/.premium-a-neo-nazi-massacre-of-german-jews-on-yom-kippur-was-averted-this-time-1.7964283

[2] Ibid

[3] www.spiegel.de/panorama/justiz/halle-zentralrat-der-juden-erhebt-schwere-vorwuerfe-gegen-die-polizei-a-1290784.html

[4] www.welt.de/politik/deutschland/plus201743130/Michael-Roth-Der-politische-Arm-des-Rechtsterrorismus-ist-die-AfD.html

[5] www.jpost.com/Diaspora/Arab-speaking-man-tosses-rock-at-Israelis-head-in-Germany-603646

[6] www.timesofisrael.com/after-attack-merkel-vows-better-security-for-jews-in-call-with-netanyahu/

[7] https://www.welt.de/politik/plus201726182/Hans-Georg-Maassen-Politiker-die-lieber-eine-schwarze-Null-haben-als-das-Problem-zu-bekaempfen.html

[8] www.timesofisrael.com/merkel-attends-berlin-synagogue-vigil-for-shooting-victims/

[9] www.timesofisrael.com/german-president-at-scene-of-synagogue-attack-jewish-life-must-be-protected/; www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-5605250,00.html

[10] www.welt.de/vermischtes/article201723058/Maybrit-Illner-zu-Halle-Terror-Muessen-uns-angucken-was-die-Polizei-ueberhaupt-in-der-Lage-ist-zu-tun.html

1 COMMENT

  1. Revenir en Allemagne présente certains dangers pour la communauté Juive .il y a parmi eux beaucoup d Israéliens ,qui ont choisi de remplacer leurs parents qui ont fait leur alya avant l indépendance de l état Juif .Ceux la ,sont irrécupérables ,car ils s estiment supérieurs aux autres….Juifs d Israël.
    Dans le reste de l Europe ,la situation sécuritaire sera de plus en plus fragilisée ,les Juifs seront de plus en plus en minorité ,et subiront la loi de l immense majorité de la population du pays où ils habitent.Rien de joyeux ,l histoire se répète dans cette Europe.

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