Vaccination : Faut-il craindre des effets indésirables à long terme des vaccins à ARN messager ?

L’histoire de la vaccination, les connaissances actuelles en matière d’immunologie et la surveillance rapprochée peuvent rassurer celles et ceux qui doutent.

  • Certaines personnes craignent les effets indésirables des vaccins contre le Covid-19.

  • Si certains scandales se sont révélés infondés et ont érodé la confiance dans la vaccination, d’autres affaires ont montré qu’il arrive que des vaccins causent certaines maladies. Mais ces cas restent rares et interviennent au maximum deux mois après l’injection.

  • Par ailleurs, le fonctionnement de l’immunité, de l’ARN messager, la surveillance renforcée en temps de pandémie poussent les médecins et chercheurs à être rassurants.

« On n’a pas assez de recul », « on refuse d’être des cobayes »… Chez les opposants à la vaccination contre le Covid-19, une crainte revient souvent : des effets indésirables graves (maladie chronique, cancer, infertilité) pourraient être découverts des années après le vaccin à ARN messager ( Pfizer-BioNTech et Moderna)… Un risque avéré ou une défiance infondée ?

Des effets indésirables peu graves avec l’ARN messager

Tout d’abord, il est vrai que les vaccins à ARN messager peuvent provoquer des effets indésirables. Les principaux sont peu graves et interviennent en général dans les quarante-huit heures après l’injection : fièvre, tremblements, maux de tête… Cependant, après le vaccin Moderna, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a repéré des cas de douleur et rougeur sur le site d’injection survenant entre 4 et 31 jours après la vaccination (avec un délai moyen à 8 jours).

Malgré tout, la pharmacovigilance a mis en lumière un lien entre ces vaccins et l’apparition de deux pathologies : les myocardites et l’hypertension. Selon l’ANSM, il y avait eu en France, entre le début de la campagne de vaccination et le 8 juillet, 64 cas de myocardites  et 111 de péricardites  pour Pfizer (sur 45,7 millions d’injections) et 7 myocardites et 13 péricardites pour Moderna (5,5 millions de doses). Tous ces patients s’en sont remis. Quant à l’hypertension, elle a touché 729 Français vaccinés par Pfizer et 58 par Moderna.

Publiée le 26 août, « une étude israélienne  sur 2 millions de personnes a mis en évidence que les personnes vaccinées avec de l’ARN messager ont 3,5 fois plus de risque d’avoir une myocardite (notamment les jeunes hommes et après la 2e dose), 1,4 fois plus de risque de faire un zona  et 2,4 fois plus d’avoir des ganglions (et 1,4 l’appendicite) que les non vaccinés », détaille Odile Launay, infectiologue et membre du comité scientifique vaccin Covid-19. Des découvertes qui ne remettent toutefois pas en cause la balance bénéfice/risque de ces vaccins : ces problèmes restent rares et les dangers du Covid-19 les outrepassent de loin. Ainsi, le risque de faire une myocardite est multiplié par 18 par le coronavirus…

Précision fondamentale : ces effets indésirables surviennent très rapidement. « Le choc anaphylactique, c’est dans les quinze premières minutes et, pour les myocardites, dans les quatorze jours », précise Sandrine Sarrazin, chercheuse en immunologie à l’Inserm. Un délai qui colle avec ce qu’on connaît des autres vaccins.

Des scandales démentis

« Dans l’histoire de la vaccination, on n’a jamais vu des effets indésirables à distance de la vaccination », insiste Odile Launay. Surtout, certains scandales sur les vaccins se sont avérés infondés.

En 1998, une étude parue dans The Lancet suggérait un lien entre vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et autisme. Après des dizaines d’études contredisant cette thèse, la prestigieuse revue admet son erreur en 2010 : les données étaient faussées. « L’article a été rétracté, mais la fausse nouvelle a perduré, regrette Mathieu Molimard, chef de service de pharmacologie au CHU de Bordeaux. Dans les années 1990, on a évoqué un possible lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques. Mais on a aucune évidence du lien de causalité, c’est clair maintenant. De même pour la présence d’aluminium et l’apparition de pathologies, là encore, c’est une fake news. »

Le problème, c’est qu’une fois le doute instillé, il s’avère compliqué de renouer la confiance. Car il faut parfois des décennies pour que les études démentent les accusations. Ainsi, en 2019, une grande étude assure que le vaccin ne provoque pas la sclérose en plaques… et qu’au contraire, certains protégeraient contre cette maladie auto-immune. « Les médecins n’ont pas assez communiqué sur cette question, regrette Sandrine Sarrazin. On peut, après avoir été vacciné, rentrer dans un arbre en voiture mais ce n’est pas à cause du sérum ! »

C’est toute la difficulté : savoir ce qui est imputable au vaccin ou une simple coïncidence. « Pour établir si un événement est lié au vaccin ou pas, on regarde les statistiques de survenue de cette maladie parmi la population vaccinée et non vaccinée, reprend la chercheuse. Pour aller plus loin, il faut faire des essais cliniques spécifiques et donc avoir un suivi de chaque effet indésirable. »

Des causalités avérées, mais des symptômes rapides

Deuxième information importante : il est arrivé que certains « scandales » soient confirmés par des études, mais les maladies induites apparaissaient toujours dans les premiers mois après l’injection. Ainsi, le syndrome de Guillain-Barré, dont les cas graves peuvent entraîner une paralysie, a été identifié chez des personnes vaccinées contre le virus H1N1 et plus récemment contre le Covid-19, mais uniquement avec AstraZeneca. « Pour AstraZeneca, les symptômes interviennent dans les 10 à 22 jours, pour H1N1, c’est avant 42 jours », détaille Sandrine Sarrazin.

Pourquoi certains effets ont mis des années à être identifiés ? Le Vidal affiche ainsi un délai de quatre mois environ pour l’apparition de la narcolepsie après le Pandemrix (qui n’est plus prescrit) contre H1N1… « Tous les effets indésirables des vaccins surgissent dans les deux mois après l’injection, insiste Mathieu Molimard. Ce qui ne veut pas dire qu’on les a identifiés dans ce délai ! C’est là que certains jouent sur l’ambiguïté. Par exemple, pour la narcolepsie, les symptômes arrivent toujours dans les trois semaines après la vaccination. Mais, pour faire le diagnostic, il faut des examens avec des électrodes sur la tête, dans un centre spécialisé dans le sommeil. Et c’est trois mois de délai. »

L’ARN messager disparaît rapidement

Troisième explication qui rassure les chercheurs et médecins : la chimie montre qu’une réaction peut intervenir uniquement dans les jours suivant l’injection. Le vaccin à ARN messager est composé de deux éléments : une capsule lipidique qui transporte un brin d’ARN. Les deux sont éliminés en quelques heures par notre corps. « La molécule d’ARN est très fragile, reprend Sandrine Sarrazin. C’est comme une photocopie qui s’autodétruit. Contrairement à l’ADN, qu’on peut retrouver dans les grottes du paléolithique. » Or, l’Inserm le rappelle dans cet article, « en aucun cas, l’ARN injecté ne pénètre dans le noyau des cellules où se situe le matériel génétique ».

Par ailleurs, le vaccin est injecté en intramusculaire et « comme la molécule d’ARN n’est pas mobile, elle va rester dans le muscle », reprend la chercheuse. Aucun risque, donc que cet ARN messager se retrouve dans les ovaires… Si l’infertilité est un argument avancé par certains antivax, « il n’y a aucun élément théorique, ni de donnée de toxicité chez l’animal qui évoquerait un impact sur la fertilité pour ces vaccins comme pour tous les autres », insiste Odile Launay.

Une surveillance renforcée en temps de pandémie

Enfin, quatrième aspect, cette fois, exceptionnel : l’ « avantage », avec une pandémie de l’ampleur du coronavirus, c’est que les données sont pléthoriques. Avec des milliards de personnes vaccinées dans le monde entier, huit mois de recul, des réticences et critiques tangibles, la pharmacovigilance n’a jamais été aussi pointilleuse. Il y a donc peu de risque que des signaux inquiétants soient passés sous les radars…

La preuve : très vite, les signalements de thromboses liées au vaccin AstraZeneca ont été remontés, étudiés et plusieurs pays ont suspendu ou limité son accès. « Avec des méthodes de surveillance très développées, des outils informatiques qui permettent d’avoir des déclarations en temps réel, on est assuré d’être exhaustifs sur les effets indésirables, insiste Odile Launay. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer à surveiller ! Mais l’inquiétude aujourd’hui, c’est le risque que certains variants mettent en échec la vaccination, beaucoup plus que la sécurité de ces vaccins. »

Oihana Gabriel

20 Minutes

1 COMMENTAIRE

  1. J’ai 78 ans et  » vacciné  » .

    Quant aux effets indésirables  » à long terme  » je suis serein .

    Et si je vis au delà des 100 ans ce serait peut être grace au vaccin .

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