Le « coup de pouce » de Trump à Netanyahu, entre affinité personnelle et calcul stratégique

Pour la première fois, un président américain intervient de manière frontale dans une procédure pénale israélienne en cours, en faisant pression pour une grâce présidentielle au bénéfice d’un Premier ministre en exercice. Donald Trump ne se contente plus de commentaires sur les réseaux sociaux : il place désormais le procès de Benyamin Netanyahu au cœur de son agenda politique et diplomatique, avec des implications directes pour la souveraineté israélienne.

L’épisode qui a tout cristallisé s’est déroulé à la Knesset. Venu célébrer la libération des derniers otages et la fin de la guerre à Gaza, Trump, acclamé par une salle conquise, s’est tourné vers le président Yitzhak Herzog pour lui lancer, mi-sérieux mi-provocateur : « Pourquoi ne pas lui accorder la grâce ? Cigares et champagne, qui s’en soucie ? »(Times of Israel) Pris de court, Herzog a rougi, tandis que l’hémicycle mêlait rires, applaudissements et slogans en faveur de « Bibi ». Cette phrase, improvisée selon Trump lui-même, a marqué le coup d’envoi d’une campagne de pression publique pour clore le dossier judiciaire.

Très vite, le geste symbolique s’est transformé en démarche institutionnelle. Une lettre signée du président américain a été adressée au bureau de Herzog, l’exhortant à gracier « pleinement » Netanyahu afin de lui permettre de se consacrer entièrement à la sécurité d’Israël.(ABC) Dans la foulée, le Premier ministre a, fait sans précédent, déposé lui-même une demande officielle de grâce, en cours de procès, sans reconnaître la moindre faute ni exprimer de remords.(Politico) Pour de nombreux juristes, cette séquence bouscule l’esprit même du droit de grâce en Israël, historiquement réservé à des cas exceptionnels et rarement accordé avant condamnation.

Que cherche Trump dans cette affaire ? Une première clé de lecture est psychologique et politique. Le président américain répète depuis des années que la justice est utilisée contre lui comme arme politique. Son vocabulaire – « chasse aux sorcières », « spectacle d’horreur », « guerre juridique » – est désormais appliqué au procès de Netanyahu, qu’il présente comme une version israélienne de sa propre persécution.(Jerusalem Post) Cette rhétorique de destins liés crée, à ses yeux, une communauté de sort entre dirigeants poursuivis : lui-même, le Premier ministre israélien, mais aussi l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro.

Ce schéma s’inscrit dans un comportement plus large : Trump n’hésite pas à s’attaquer à des systèmes judiciaires étrangers lorsque ceux-ci visent ses alliés politiques. Au Brésil, il a explicitement lié l’imposition de droits de douane punitifs de 50 % sur certaines importations à la procédure intentée contre Bolsonaro, et a même soutenu des mesures ciblant un juge de la Cour suprême.(Al Jazeera) Ce précédent nourrit aujourd’hui les craintes, en Israël, de voir la pression rhétorique se transformer un jour en leviers économiques ou diplomatiques plus durs.

Mais réduire l’initiative de Trump à la seule solidarité entre « victimes du système » serait incomplet. Plusieurs analystes israéliens, comme le Dr Kobi Barda, y voient aussi un calcul froid : trouver une « sortie élégante » à l’ère Netanyahu pour permettre la mise en œuvre de projets régionaux plus ambitieux. Selon cette lecture, le gouvernement actuel, avec sa coalition fragmentée et sa dépendance à des partenaires extrémistes, freine les grands desseins de Trump : relance et extension des accords d’Abraham, rapprochement stratégique avec l’Arabie saoudite, et création d’un corridor économique reliant l’Asie à l’Europe.

Dans cette perspective, la demande de grâce serait moins un cadeau à Netanyahu qu’un instrument pour reconfigurer la scène politique israélienne. Une grâce pourrait servir de prétexte à un retrait négocié ou à une transition vers une autre majorité, plus compatible avec l’agenda régional de Washington. Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, souligne d’ailleurs que Trump a toujours considéré Netanyahu comme un partenaire docile sur le dossier iranien et sur Gaza, ce qui renforce le caractère paradoxal de cette pression : elle vise autant à protéger un allié qu’à préparer, peut-être, son remplacement.

Entre-temps, la pression sur Herzog ne vient pas seulement de la Maison-Blanche. Au sein du Likoud, des ministres signent des lettres réclamant la fin immédiate du procès ; à la Knesset, des responsables exigent publiquement que le président « use de ses pouvoirs » ; certains évoquent même, à demi-mot, la possibilité de sanctions américaines contre des acteurs du système judiciaire israélien. Herzog, sommé de répondre, se dit insensible aux « propos violents », mais sait que sa décision marquera durablement son mandat.

En toile de fond, une question domine : jusqu’où Israël peut-il accepter qu’un allié – fût-il le plus puissant au monde – s’immisce dans ses mécanismes de contrôle institutionnel ? Derrière la figure de Netanyahu, c’est l’équilibre délicat entre gratitude envers un partenaire stratégique, autonomie de décision et respect de l’état de droit qui est mis à l’épreuve.

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Yéochoua

Drôle de thèse. La souveraineté israélienne justement consisterait à se libérer de cette minorité ultra-politisée qui empêche Israël de s’auto-diriger.
La preuve : la Procureure de l’armée ne fait toujours pas l’objet d’une enquête car la Conseillère juridique du gouvernement la défend, et il en est de même pour les juges de la Cour suprême.

Adam

Il y a 2 affaires distinctes. La première ce sont les bouteilles de champagne et les boîtes de cigares. La seconde la responsabilité politique qui a amené le désastre du 7 octobre. Cette responsabilité politique est partagée entre le premier ministre y compris son gouvernement, l’armée, et les renseignements intérieurs et extérieurs. Les responsables de toutes ces strates doivent accepter d’endosser leurs responsabilités.

Nicole

Nous on accepte bien des types au conseil constitutionnel qui ont du sang sur les mains.
Netanyahou n’est pas parfait mais à mes yeux c’est le moins dangereux, le moins mauvais.
Trump peut à mon avis se permettre « d’influencer « pour la grâce.
Mais PAS de décider pour la Judée Samarie ni pour le reste.

Dernière modification le 5 mois il y a par Nicole