FILE PHOTO: Palestinian President Mahmoud Abbas adjusts his glasses as he listens during a joint press conference with U.S. Secretary of State Antony Blinken (not pictured), in the West Bank city of Ramallah, May 25, 2021. Alex Brandon/Pool via REUTERS/File Photo

Mahmoud Abbas renoue le dialogue avec Israël.

Affaibli par les accords d’Abraham et la stratégie de Netanyahou et Trump,  par la guerre à Gaza en mai, en butte au ressentiment populaire, le chef de l’Autorité palestinienne cherche une bouffée d’air frais économique. Pour le gouvernement israélien, il s’agit juste d’un échange « de routine ».

L’entrevue est demeurée secrète jusqu’au dernier moment. Elle a eu lieu dans la soirée, sans photographie ni discours. Mais Mahmoud Abbas a bien fini par s’y résoudre : dans son palais de la Mouqata’a, à Ramallah, le président de l’Autorité palestinienne (AP) a rencontré, dimanche 29 août, pour la première fois depuis 2014, un ministre israélien, Benny Gantz, chargé de la défense.

Cette amorce de dialogue est possible après le départ  de Benyamin Nétanyahou, dont M. Abbas boycottait officiellement le gouvernement depuis plus de trois ans. Elle confirme au passage que, pour lui, la coalition qui a déposé M. Nétanyahou en juin ne sera pas éphémère. Elle intervient enfin immédiatement après la première visite du nouveau premier ministre, Naftali Bennett, à Washington.

Face à M. Bennett, le 27 août, le président américain, Joe Biden, s’est montré peu disert sur la question palestinienne, reléguée au dernier rang de ses préoccupations. Cependant, M. Biden a souligné « l’importance des mesures visant à améliorer la vie des Palestiniens ». Son administration a aussi demandé à Israël d’« atténuer les risques » après le dernier conflit avec le Hamas dans la bande de Gaza, en mai.

« Il n’y a pas de processus diplomatique »

Le bureau de M. Bennett a tenu à minorer, lundi, l’importance d’un échange de « routine » entre l’autorité militaire et l’AP. « Il n’y a pas de processus diplomatique avec les Palestiniens, et il n’y en aura pas », précisait un responsable anonyme proche du premier ministre. En était-il besoin ? Cet ancien représentant des israéliens de Cisjordanie l’a affirmé dès juin : les relations avec l’Autorité palestinienne seront limitées, durant son mandat, aux seuls domaines économique et sécuritaire. Lundi, M. Gantz a résumé à sa manière cette logique, en estimant que « plus l’Autorité palestinienne est forte, plus faible sera le Hamas (…). Plus sa capacité à gouverner sera grande, plus nous serons en sécurité, et moins nous aurons à faire nous-mêmes ».

Dans un premier temps, des permis de résidence seront donc accordés à des habitants de Cisjordanie sans statut légal. Quelque 5 000 personnes (sur environ 50 000) seront d’abord concernées, a confirmé lundi soir Hussein Al-Sheikh, responsable de la coopération sécuritaire avec Israël, qui a assisté à l’entrevue de dimanche. Nombre d’entre eux sont des conjoints de Palestiniens, dont Israël refuse d’entériner la citoyenneté, l’Etat hébreu maîtrisant les registres d’état civil dans les territoires.

Le gouvernement israélien s’est aussi engagé à accorder une avance de 130 millions d’euros à l’Autorité palestinienne sur les taxes qu’il collecte pour elle aux frontières. M. Gantz a enfin répété que 15 000 permis de travail supplémentaires seraient délivrés à des Palestiniens employés en Israël.

FILE PHOTO: Palestinian President Mahmoud Abbas adjusts his glasses as he listens during a joint press conference with U.S. Secretary of State Antony Blinken (not pictured), in the West Bank city of Ramallah, May 25, 2021. Alex Brandon/Pool via REUTERS/File Photo

« Cela n’apportera rien aux Palestiniens sur le fond »

Au sein de l’AP, ces gestes sont perçus comme visant à « établir la confiance ». Un terme étrange, puisqu’ils ne pavent la voie à aucun processus diplomatique. « Les Américains demandent à Israël et aux Palestiniens de gérer le conflit et de s’assurer que rien ne leur explose dans les mains. Alors nous causons. Mais cela n’apportera rien aux Palestiniens sur le fond », regrette la politologue Nour Odeh, ancienne candidate d’opposition aux élections législatives, que M. Abbas a reportées sine die en avril.

Si le « raïs » se résout à renouer un dialogue sur des bases si étroites, c’est qu’il a désespérément besoin d’Israël pour perdurer. Il est au pouvoir depuis 2005, et son mandat a expiré en 2009. Il est resté silencieux durant les soulèvements palestiniens du mois de mai, à Jérusalem comme dans les territoires et dans les villes « mixtes » d’Israël, qui ont suscité puis accompagné la guerre à Gaza.

Sans prise sur les événements, M. Abbas en a été réduit à réprimer. Cet étouffement de mouvements de rue s’est accru après la mort de l’opposant Nizar Banat lors de son interpellation par les forces de sécurité palestiniennes à Hébron, en juin. Le 22 août encore, une vingtaine de militants, dont des figures de la société civile, ont été arrêtés avant qu’ils ne prennent part à un rassemblement à Ramallah.

Condamnation du Hamas

Le Hamas a condamné la reprise du dialogue avec Israël, qu’il considère comme l’aboutissement de cette répression. Le mouvement islamiste bénéficie d’une popularité impressionnante après le conflit, les Palestiniens prenant acte de la quasi mort cérébrale du Fatah, le parti de M. Abbas. Mais l’enclave de Gaza, dont le Hamas a la charge, demeure dans la même misère qu’à la fin mai. Cela en dépit d’une médiation égyptienne active et du retour annoncé de distributions de fonds d’aides du Qatar à des familles gazaouies.

L’Autorité palestinienne espère désormais prouver qu’elle peut « délivrer des avancées concrètes » pour la vie des Palestiniens, note un dirigeant. Elle demande à Israël de ne pas lancer de nouvelles constructions massives dans les colonies et de ne pas chasser des résidents palestiniens du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. C’est cette procédure judiciaire israélienne qui avait déclenché les événements de mai.

A plus long terme, l’Autorité souhaite qu’Israël honore des accords conclus dans la vague du processus d’Oslo dans les années 1990 et enterrés durant la deuxième Intifada, au début des années 2000 : fin des raids de l’armée dans les zones de Cisjordanie contrôlées par l’AP, retour d’une présence palestinienne au poste-frontière avec la Jordanie du pont Allenby, accords dans les domaines des transports et de l’accès aux ressources naturelles… De quoi se créer des « marges de manœuvre » et survivre.

Jeudi, M. Abbas doit s’entretenir au Caire avec le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, et le roi Abdallah de Jordanie. Il s’agit de préparer l’Assemblée générale des Nations unies, prévue à la mi-septembre. M. Abbas nourrit l’espoir de rencontrer M. Biden en marge de cet événement. Le président américain a prévenu : il n’entend pas revenir sur les acquis de l’administration Trump, notamment sur le déménagement de l’ambassade à Jérusalem. Mais il a promis de rouvrir un consulat chargé des affaires palestiniennes dans la ville. L’affaire a traîné jusqu’à la visite de M. Bennett à Washington. Elle pourrait encore attendre.

L’affaire palestinien n’est plus présente sur aucun agenda. Le monde arabe suit avec intérêt, les pays du Golf qui engrangent des avancées diplomatiques et économiques, tandis que ceux qui ont refusé cette option, comme la Tunisie et l’Algérie, s’enfoncent dans la crise, économique, politique et pandémique. Le Hamas, le Hezbollah, sont pendus à l’Iran dont l’avenir est des plus sombre.

Louis Imbert – Le Monde    et JForum

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