L’an dernier, j’ai aidé à la publication d’une recherche des associations de Jérusalem « Kechev » (attention, ndlr) et « Yir Amim » (la ville des peuples, ndlr). L’intitulé de la recherche était « l’émergence des mouvements pour le Temple en Israël ». L’étude a révélé que durant cette dernière décennie, il y a eu une forte augmentation dans les activités de près de 30 organisations et mouvements visant à apprendre, transmettre de l’amour, et renforcer le lien du public juif avec le Mont du Temple. Tous appellent au pèlerinage dans le lieu saint, et à renverser le Waqf musulman. Certains n’apprennent pas et ne préparent pas seulement le nouveau pèlerinage au Temple, mais appellent aussi explicitement à évacuer les mosquées « abominablement impures ». Dans une publication d’une des organisations, une vidéo imaginaire montre un avion qui explose le Dôme du Rocher ainsi que la mosquée Al-Aqsa.

Les vétérans de ces organisations sont « des fidèles du Mont du Temple » et leur devise est « le Mont sera libéré ». S’ajoute à cela « l’institut du Temple » pour l’étude des formes de sacrifices, « El Har Hamor », « le mouvement pour l’établissement du Temple », « L’origine du Temple », « les amoureux du Temple », « la forteresse de Judée », « le trésor du Temple », et d’autres encore dont l’enseigne exprime leurs convictions. Ces organisations et ces mouvements comprennent des milliers de militants et des dizaines de milliers de partisans qui comptent sur la sympathie du public et sur le désir de générations de Juifs de « construire le Temple ». Le problème est que cette fois, il n’est pas question de la vision d’amener le Messie et la fin du monde, mais il est plutôt question cette fois d’une action concrète, d’un acte factuel. Inutile d’ajouter la description apocalyptique de la réaction de plus d’un milliard de Musulmans si ces mouvements réalisaient leur projet de construction du troisième Temple, à la place des mosquées.

L’étude menée sur ces mouvements révèle que la plupart des fonds et des moyens obtenus pour leurs activités proviennent de différents bureaux du gouvernement d’Israël, de la mairie de Jérusalem, ainsi que du Grand Rabbinat.

Il est peu probable que la conférence et les activités concernant le Mont du Temple auraient été sous le feu des projecteurs s’il n’y avait pas eu la tentative d’assassinat de Yehuda Glick. Cet éclairage soudain, qui a notamment incité des déclarations de députés sur les droits des Juifs à prier sur le Mont du Temple, a servi les tendances à affirmer une présence juive à l’Esplanade des Mosquées. Ceci est une autre étape dans la légitimation d’une demande qui semble évidente: les Juifs doivent être autorisés à prier sur le site le plus saint du Judaïsme.

Le décret permanent instauré après 1967 par le ministre de la Défense Moshe Dayan prévoyait que les Juifs prieraient au Mur Occidental, et les Musulmans à Al-Aqsa. Ce décret était confirmé par l’interdiction sous la Loi juive (Halakha), vieille de plusieurs centaines d’années selon laquelle les Juifs ne sont pas autorisés à visiter l’Esplanade des Mosquées de peur d’entrer dans un lieu sacré totalement impur. J’ai aperçu une fois des étudiants de Yechivah (centre d’étude de la Torah et du Talmud, ndlr) ultra-orthodoxes se promener au milieu d’archéologues qui creusaient au pied des murs du Mont du Temple et leur demander s’ils n’auraient pas trouvé une lampe avec l’inscription : « cendre de vache rousse » qui permet de se purifier avant l’entrée sur le Mont. Le Grand Rabbinat a décidé immédiatement après la guerre de 1967 d’inscrire sur une pancarte à l’entrée du Mont l’interdiction des Juifs de se rendre sur l’Esplanade des Mosquées. Sauf que depuis, les rabbins, pour la plupart faisant parti du sionisme religieux, ont décidé que les Juifs avaient le droit d’entrer dans une grande partie de l’Esplanade des Mosquées, éloignée du saint des saints. Ces dernières années, de plus en plus de Juifs ont visité le Mont, même s’il leur est interdit d’y prier.

Il y a environ un an, j’ai accompagné un groupe de Juifs qui sont montés sur l’Esplanade des Mosquées. Derrière nous se tenaient des agents du Waqf musulman ainsi que quelques policiers. Soudainement, l’un des agents du Waqf a poussé un cri en faisant appel à la police. Apparemment, il a remarqué qu’un Juif se tenait à sa place, tourné vers le Dôme du Rocher (le lieu approximatif du saint des saints), murmurant une prière. « Il est interdit de prier » lui ont ordonné les policiers en le poussant pour qu’il poursuive son chemin. La scène était ridicule. Il est interdit de murmurer quelques psaumes ?

Le problème n’est pas la prière, mais bien plus que cela. L’appel au changement du statu-quo décrété par Moshe Dayan et autoriser les Juifs à prier sur l’Esplanade des Mosquées est un élément de revendication de la droite nationaliste et religieuse en Israël afin de marquer la souveraineté israélienne sur l’Esplanade des Mosquées. Ceci est une exigence dans le processus de “Hébronisation” des mosquées, à savoir l’introduction d’horaires de prières, comme au Tombeau des Patriarches à Hébron, sous le contrôle de l’armée et des habitants des implantations. Toutefois il y a un autre facteur au Mont du Temple – qui n’existe pas à Hébron – c’est l’ambition d’établir le troisième Temple.

La politique et l’administration israéliennes semblent prises aux les hallucinations du Temple dont la réalisation pourrait mettre en danger l’existence même d’Israël, sans exagérer.

[i24news, Danny Rubinstein
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