Analyse: L’EI a d’autres soucis que les frappes US.

La terreur sexuelle pratiquée par l’organisation et son système juridique draconien pourraient causer sa perte.img

Au moment où les frappes américaines en Irak ont un retentissement jusqu’en Syrie, les combattants de l’Etat islamique sont de plus en plus anxieux. Plusieurs preuves indiquent que les combattants de l’EI se cachent à Racca, capitale auto-proclamée du Califat, de peur des représailles américaines. D’autres sources, en provenance de Mossoul affirment que les djihadistes ont abandonné plusieurs positions stratégiques autour de la ville, et ne soutiennent pas seulement le djihad et autres actes de martyrs, mais cherchent aussi le calme et la sécurité.

Il y a d’autres sources d’inquiétude pour l’EI, outre les frappes de la coalition sous l’égide des Etats-Unis et la traque des dirigeants de l’EI par les forces peshmergas kurdes. Le problème vient du profond mécontentement de la population locale face à l’administration du califat islamique et son système juridique imposés.

Depuis de nombreuses années, les habitants de Syrie et d’Irak souffrent du manque d’encadrement juridique et du despotisme des autorités locales. Un exemple révélateur de cet autoritarisme a eu lieu en mars 2011 lorsque des adolescents ont été arrêtés et assassinés par des policiers pour avoir taggué des inscriptions anti-Assad dans la ville de Deraa, un événement qui a été l’un des déclencheurs de la révolution syrienne. Pourtant, même en Syrie les femmes pouvaient se promener en sécurité dans les rues, même jusque dans la nuit si elles étaient amenées à se déplacer ou à travailler loin de la maison. La situation était bien pire en Irak depuis 2003, et encore – les codes d’éthiques locaux fournissent un éventail de protection des femmes et des jeunes filles.

La situation a radicalement changé depuis que certaines régions de Syrie et d’Irak ont été capturées par l’Etat islamique. Les chefs de cette organisation meurtrière ont recours à la terreur sexuelle pour effrayer les femmes musulmanes, ou non, selon de nombreux témoignages. Depuis le début de l’expansion de l’Etat islamique, des milliers de femmes et de filles, en Syrie et en Irak, ont été violées par des militants de l’EI et par d’autres, en particulier les Chiites, Yazidis et Kurdes qui les ont transformées en véritables esclaves sexuelles, vendues aux pays voisins, y compris dans les pays du Golfe, en Syrie et en Jordanie. Les dirigeants de l’EI citent les versets du Coran qui mentionnent l’esclavage, et justifient ainsi leurs actions par la Sunna (coutume, ndlr) du Prophète. Il y a également des problèmes dans les régions sunnites où les drapeaux noirs volent au-dessus des minarets.

Selon les témoignages de musulmans européens et américains contactés par les recruteurs de l’Etat islamique, et grâce à certains tweets et messages publiés sur internet, l’organisation promet d’offrir à ses combattants des « femmes décentes » pour se marier. Bien que certaines femmes étrangères, originaires de pays arabes et européens s’étaient déplacées en Irak et en Syrie afin de soutenir les efforts des djihadistes et s’engager dans ce qui est appelé le « djihad sexuel », elles ne sont pas plus d’une douzaine, et certainement pas assez pour assouvir les désirs des militants de l’EI. De ce fait, les autorités du Califat ont trouvé une autre solution : marier les femmes locales des régions conquises aux djihadistes étrangers afin de calmer les ardeurs et éviter les viols massifs des femmes musulmanes des localités.

Récemment, de nombreux cas ont été rapportés par les médias arabes en Syrie et en Irak, où les dirigeants islamiques des localités poussent les familles à donner leurs filles en mariage. D’après certains rapports de la chaîne télévisée Emirati Al-Aan, dans de nombreux cas, les jeunes femmes sont mineures. Les familles sont évidemment furieuses, même si les militants organisent eux-mêmes le mariage islamique approprié avec les femmes de la région et leur offrent même une (petite) dot.

La raison vient du fait que les hommes étrangers sont souvent violents, certains d’entre eux toxicomanes, avec un passé inconnu et un avenir tout du moins confus. « Il va devenir un ‘shahid’ (martyr, NDLR) et va laisser ma fille enceinte et seule. Peu après, elle deviendra une proie facile pour les autres militants de l’EI », raconte une mère de Racca, qui a été forcée de marier sa fille à un djihadiste arabe étranger. Il est facile de le prédire puisque les forces de l’EI sont essentiellement étrangères, arabes et occidentales.

Cette situation ne sera pas simple à résoudre et ces continuelles tactiques de terreur sexuelle vont provoquer encore plus de mécontentement et de colère au sein de la population locale. Il est nécessaire tout de même de mentionner le fait que cette tactique est vieille comme le monde, et fut employé dans maintes guerres et conquêtes. Mais ici, ce serait plutôt l’importance du terme « sharaf » (honneur, ndlr) aux yeux des Musulmans et des Arabes qui peut avoir beaucoup plus de sens pour les combattants de l’EI.

Une autre question importante est celle de la gouvernance. Après avoir capturé un quart de la Syrie et un tiers de l’Irak, les chefs de l’Etat islamique se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas à même de construire un Califat comme ils le pensaient. Leur forces, qui mêlent djihadistes arabes et occidentaux, n’ont pas été entraînées à un état de paix au sein d’une population locale. Evidemment, le régime politique et l’application de la loi de la Charia diffère d’une ville à l’autre. La situation rend le commerce presque impossible, puisque les questions de taxes ne sont pas totalement résolues et que les dirigeants locaux appliquent chacun à leur manière l’imposition des taxes.

La nouvelle version du système juridique imposé et la stricte interprétation de la Charia ont causé beaucoup d’indignation dans de nombreux quartiers de Syrie et d’Irak, où des hommes et des femmes ont été exécutés par lapidation et ont eu les avant-bras coupés pour cause de vol. Contrairement aux premiers Musulmans du califat historique du 7ème siècle, qui a conquis des terres en maintenant la bureaucratie et certaines lois déjà instaurées, les croyances ainsi que les idées extrémistes de l’Etat islamique ne permettent pas à l’organisation d’instaurer le dialogue ou de faire des compromis. Il semblerait que l’arme de l’EI soit à double tranchant et que l’organisation soit vouée à s’effondrer de l’intérieur, pas seulement grâce aux actions de la coalition internationale.

Ksenia Svetlova est une experte du monde arabe, analyste au « Mitvim » Institut israélien de Politique Etrangère et contribue à la chaine 9 (télévision russe en Israël)

[i24news.tv

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Kreuzer

Intéressant article sur les us et coutumes archaïques de populations auxquelles nos sommes confrontés jusque sur notre sol.
FAIRE CONNAITRE A TAUBIRA LA PARTIE SUR L ESCLAVAGE INSCRIT DANS LE CORAN, à elle qui ne le voit que chez les Blancs, pour les culpabiliser ad vitam eternam…
Pour le reste, que l’E.I. implose, peu nous chaut, pourvu que nous n’y envoyions pas nos hommes. Peu de nos démocraties s’empressent, du reste, d’y envoyer des hommes au sol.