Berlin commémore le départ des trains de la mort

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Des roses ont été déposées sur les rails du quai no 17 de la gare de Grunewald.


L’endroit est un peu à Berlin ce que le Vélodrome d’hiver est à Paris. Une plaque marquant la première déportation de 1089 Juifs berlinois, le 18 octobre 1941, a été posée en 1998. Mais jamais Berlin n’avait commémoré officiellement le départ des trains de la mort pour l’Europe de l’Est. Mardi, le maire de la capitale, Klaus Wowereit, accompagné de la présidente de la communauté juive de Berlin, Lala Süsskind, et d’écoliers allemands et israéliens ainsi que de Berlinois venus spontanément pour l’occasion, a marqué cet anniversaire. Les participants ont déposé une rose blanche sur les rails du quai n o  17 de la gare de Grunewald, d’où partaient les convois.

Le 16 octobre 1941, la Gestapo avait raflé plus d’un millier de Juifs, dont de nombreux enfants et femmes. Rassemblés dans un camp berlinois durant deux jours, ils avaient ensuite effectué une marche forcée à travers la capitale du IIIe Reich jusqu’à la gare de Grunewald, où ils furent embarqués dans des wagons de marchandises pour le ghetto de Litzmannstadt (Lotz), en Pologne. Au total, 60 trains transportant quelque 56.000 Juifs berlinois, sur les 160.000 que comptait la capitale, sont partis pour les camps d’extermination depuis le quai no 17 de la gare de Grunewald entre le 18 octobre 1941 et le 27 mars 1945… La Deutsche Bahn, la compagnie ferroviaire allemande, avait attendu cinquante ans pour reconnaître sa responsabilité.

La vie d’Inge Deutschkron, aujourd’hui âgée de 89 ans, a été marquée par ce jour où Klara Hohenstein, une sexagénaire qui partageait l’appartement familial, a été embarquée par les nazis, peu après le couvre-feu instauré pour les Juifs à 20 heures. «J’avais 22 ans et je me sentais coupable parce que j’avais échappé à la rafle. Cela m’a hanté toute ma vie», raconte Inge Deutschkron devant les participants à la cérémonie. Cachée à Berlin par des Allemands durant toute la guerre, elle s’est réfugiée à Londres après la défaite du régime hitlérien. Avant de revenir à Bonn dans les années 1960, pour couvrir la politique allemande en tant que journaliste. À l’époque, elle est ulcérée de voir queles anciens nazis font carrière dans l’administration de la jeune république fédérale et finit par partir pour Tel-Aviv.

«Fier d’être allemand»

Quelques années après la chute du Mur, Inge Deutschkron est revenue s’installer à Berlin, devenant l’une des pionnières du renouveau juif dans la capitale. Engagée dans une association de lutte contre l’extrême droite, elle témoigne du passé auprès de la jeunesse allemande. «Les jeunes doivent savoir ce qu’était le national-socialisme, explique-t-elle en s’étonnant que l’antisémitisme soit un phénomène plus répandu en ex-RDA que dans les Länder de l’Ouest. Ils ne doivent jamais oublier que chaque être humain a le droit de vivre.» Cependant, soixante-dix ans après la Shoah, les Allemands ont aujourd’hui des raisons d’être fiers de leur pays, souligne Michael Blumenthal, directeur du Musée juif de Berlin. «Jusqu’à la Coupe du monde de football de 2006, personne n’osait dire : je suis fier d’être allemand. Quelle aberration ! juge-t-il. Il existe une différence entre le patriotisme et le nationalisme. Et il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui il fait meilleur vivre en Allemagne que dans beaucoup d’autres pays.»

Patrick Saint-Paul

Le Figaro.fr

1 COMMENT

  1. Gutave Malher disait :’ « Je suis trois fois apatride ! Comme natif de Bohême en Autriche, comme Autrichien en Allemagne, comme juif dans le monde entier »

  2. En Allemagne ou ailleurs , nous ne serons JAMAIS chez ” nous ” . L’Histoire et le destin des Juifs sont confondus dorénavant avec celui d’Eretz Israël . Nos frères l’ont payé très cher pour que nous ne l’oublions jamais .

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