Les réfugiés du Moyen-Orient, la « rue » et les révolutions islamiques, la crise syrienne, le terrorisme… : la géopolitique semble être bouleversée par de nouveaux enjeux d’ordre religieux. Dans ce contexte, Alexandre Adler, historien et journaliste, spécialiste des relations internationales, et Vladimir Fédorovski, ancien diplomate russe, publient « L’islamisme va-t-il gagner ? », aux Editions du Rocher. Entretien avec Alexandre Adler sur les influences de l’islamisme dans le monde.

Islamistes en Tunisie – Photo : Magharebia/Flickr cc.

L’actualité en France et dans le monde n’en finit pas de soulever cette question : la démocratisation du Moyen-Orient est-elle possible ? Hamas palestinien, tensions en Égypte et en Libye, un Iran en train de se doter de l’arme nucléaire ; et peut-être aussi, demain, une nouvelle coalition islamique, allant du Pakistan au Maghreb en passant par la Turquie.

Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski ont enquêté auprès de tous les protagonistes, modérés ou extrémistes, et exposent leurs analyses dans un livre entretien : L’islamisme va-t-il gagner ? (Editions du Rocher).

Spécialiste des questions de géopolitique internationale contemporaine, Alexandre Adler répond aux questions de JOL Press et revient sur la situation de l’islamisme dans le monde, ses valeurs, ses divisions et son influence. Un courant qui est, pour lui, trop divisé pour vraiment perdurer.

D’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Alexandre Adler : Nous avions écrit un premier volume avec Vladimir Fédorovski Le Roman du siècle rouge (Editions du Rocher), qui retraçait les années de l’ère soviétique qui ont engendré l’une des plus grandes ruptures de l’Histoire. Nous nous sommes alors rendu compte que nous avions beaucoup à dire sur le Moyen-Orient et tous ses acteurs, avec comme clé d’investigation la politique soviétique dans cette région. Les conséquences du départ des Russes d’Afghanistan, par exemple, a entraîné l’anarchie et la montée d’un islamisme armé dans le pays.

Nous sommes donc passés du siècle rouge au siècle vert ?

Alexandre Adler : L’islamisme est une question cruciale de l’actualité. C’est un courant politique défini qui a pour origine la chute de l’Empire ottoman en 1923. Il a pour épicentre l’Égypte et pour objectif la refonte d’un empire musulman. Mais l’islamisme est vraiment né avec l’arrivée des Frères musulmans en 1928, mouvement initié par Hassan el-Banna qui souhaite une renaissance islamique contre l’influence occidentale. L’islamisme est aujourd’hui représenté dans de nombreuses régions du monde.

Constitue-t-il un groupe homogène ?

Alexandre Adler : Non, l’islamisme regroupe un grand nombre de mouvements bien distincts réunis malgré tout par des valeurs communes. Tout d’abord, ils partent tous du même constat :
– le monde musulman a perdu de sa puissance,
– il a abandonné la charia, il doit donc reprendre en main la société.

L’islamisme veut être considéré comme une organisation politique incompatible avec la démocratie – « On ne vote pas pour ou contre Dieu » – qui combat avec fermeté les agressions permanentes de l’Occident qui l’attaque dans ses valeurs. S’il n’a jamais été aussi fort, l’islamisme demeure un courant minoritaire dans le monde musulman, un courant qui s’essoufflera comme les grandes idéologies du XXe siècle.

Comment peut-on être sûr que l’islamisme s’essoufflera ?

Alexandre Adler : Comme le fascisme, le nazisme ou le communisme, l’islamisme est plein de contradictions. Son sort est intimement lié à la mise en place de la démocratie. Qu’ils le veuillent ou non, ils doivent composer avec les idées libérales. Le printemps arabe a réveillé une jeunesse ardente et courageuse qui s’est levée contre la répression. L’islamisme n’éteindra pas cette flamme.

Les islamistes doivent aussi tenir compte d’une séparation entre sunnites et chiites qui les divise en profondeur. Les Iraniens et les Frères musulmans, par exemple, se haïssent tellement qu’aucune alliance n’est envisageable. Enfin, leur dernière faiblesse tient aussi à leur division sur leur rapport avec les États-Unis. Un peu comme du temps des Soviétiques, ils ne parviennent pas à se mettre d’accord. Les pays pétroliers, l’Arabie saoudite en particulier, entretiennent une relation ambiguë avec les Américains.

Le premier objectif des islamistes d’Arabie saoudite est la lutte armée en vue de balayer le régime syrien, de refouler les chiites irakiens et de créer ainsi progressivement les conditions d’un conflit avec Israël.

L’Égypte et les Frères musulmans sont les plus obtus sur ces questions ?

Alexandre Adler : L’Égypte est le nid de l’islamisme. Sa population en majorité paysanne, à 88% analphabète, n’a cessé de prôner des valeurs conservatrices, contre la modernité. C’est un terreau fertile pour les Frères musulmans qui en profitent pour travailler la société en profondeur.

Sont-ils pour autant prêts à des actions terroristes ?

Alexandre Adler : Les Égyptiens ont par le passé eu recours au terrorisme ou à la terreur individuelle sous Nasser. Cependant, les Frères musulmans ont plus ou moins écarté les terroristes du pays. Ils veulent conquérir pacifiquement le pouvoir, mais ne rejettent pas la violence pour autant.

Faut-il craindre l’islamisme en France ?

Alexandre Adler : Des réseaux islamistes se sont développés en France depuis la guerre d’Algérie. Ces réseaux recrutent, comme l’actualité nous l’a montré, dans les prisons mais aussi auprès d’une population défavorisée et issue de l’immigration. Ces réseaux sont dangereux d’autant qu’ils peuvent avoir le soutien de réseaux étrangers. Nous l’avons vu avec l’affaire Merah, la communauté juive, si elle n’est pas la seule cible des islamistes, est principalement visée.

L’islamisme va-t-il gagner ?: Le roman du siècle vert, Editions du Rocher

1 COMMENTAIRE

  1. Je ne sais pas si A. Adler est un grand ou un très grand historien et un grand ou un très grand journaliste, mais dans tous les cas, çà ne l’empêche pas d’être grandement ou très grandement
    à côté de la plaque
    concernant tous les problèmes du moyen-orient, et spécialement ce que tout le monde s’est plu à appeler le PRINTEMPS ARABE, en se forçant de croire qu’il s’agissait d’une marche vers la démocratisation; rien que çà. Il devrait se réveiller et tous les autres avec. C’était, et c’est toujours une marche forcée vers le passé et vers l’obscurantisme.
    C’est tout-à-fait le contraire: tous ces évènements ont été conçus, initiés, organisés par les dirigeants musulmans les plus réac, les plus obscurantistes que la terre ait portés depuis que le monde existe.
    Comment peut-on imaginer que des gens qui se proclament anti-occident et appellent à la guerre incessantes contre tout le monde démocratique, se donnent comme objectif de devenir des démocrates?

  2. Je me permets de compléter mon intervention par ce que j’écrivais alors à propos de l’attitude d’A. Adler, dans ce débat, qui n’en était pas un tant il était quasii unanimement à charge contre Israël, lors de l’émission « cinq caméras… »

    Mon intervention, écrite sur la colère, se trouve après l’article de Laurence Nguyen citée

    J’en ai repris les termes, corrigé certaines coquilles et un brin complété
    Et j’ai adressé mon courrier, exprimant ma révolte, sous forme de « lettre ouverte » à Actualité Juive et au Jérusalem Post

    Je l’ai intitulé « Et Alexandre Adler dormait »

    Voici cette lettre :

    Bonjour,

    J’ai assisté, la semaine dernière, à la scandaleuse émission de la 5, intitulée :
    « cinq caméras brisées »

    Je savais à l’avance que j’allais probablement, une fois encore, me mettre en colère.
    J’ai d’ailleurs hésité à la regarder mais je me suis dit :
    « il faut que je sache ce qui va encore nous tomber sur la tête ».

    J’ai été mal à l’aise, dés le début, à l’écoute de la voix de celui qui doublait le paysan palestinien « porteur des caméras »

    Elle était mielleuse, comme lasse et tellement malheureuse de raconter les scènes qu’il filmait.

    C’était jouer ainsi sur l’imaginaire des téléspectateurs, instiller que le scénariste était un brave gars, tout gentil et portant tous les malheurs du monde.

    Et puis j’entends la présentatrice nous dire que les intervenants, sur le plateau, après le film, permettront « un débat équilibré ».

    Et de me dire :
    « chouette, il y a au moins Alexandre Adler, face à David Guetta du journal de gauche, Libération »,

    Un troisième intervenant, que je ne connais pas, est Julien Salingue :
    à son visage fermé, sans un sourire, je sais déjà qu’il est pro palestinien (et je ne reviendrai pas sur ses classiques arguments éculés)

    et je me dis toujours,
    « oh horreur, il y a aussi le représentant en France de Chalom Archav », M. Chemla puis « A. Adler aura fort à faire à trois contre un, mais il va élever le débat ! »

    Et qu’a-t-on vu ?

    Un Alexandre Adler, affalé sur son siège, à moitié endormi et qui n’ouvre la bouche que pour énoncer deux phrases assassines que j’ai notées au vol :

    La première, à peu près :
    « C’est une image terrible des oliviers qui brûlent »

    Car à un moment du film on nous montre un arbre en feu.

    Sa seconde intervention pas moins digne d’un inconscient :
    « mais l y a des pacifistes dans l’armée »

    Mais que voulait-il dire avec ces derniers mots ?

    Qu’outre ces pacifistes, minoritaires, les militaires de notre TSAHAL sont tous des bellicistes ?

    Quand ce sont encire des enfants de 18 ans, ne pensant qu’à la défense de leurs familles à l’arrière, et préférant gratter une guitare qu’avoir une arme en bandoulière !

    On n’était plus à trois contre un mais à quatre contre rien !

    Alors résigné, ce que j’ai noté des phrases meurtrières de David Guetta :

    « Un village à qui on a volé des terres »

    Sans immédiatement quelqu’un pour tempérer, s’il y avait un vrai débatteur pro israélien, par :

    Mais Israël est une démocratie, et sur plusieurs centaines de kilomètres du mur de protection seul Beilin a posé problème !

    La démocratie israélienne a une cour suprême qui a fait rectifierici le tracé du mur et, à contrario, elle n’a pas remis en cause la légalité de la quasi totalité de cette si longue barrière de protection !

    Puis il énonce à son tour :
    « Les oliviers en feu, c’est la haine »

    Mais le scénariste est ce palestinien, qui a une preuve de qui a mis le feu ?
    Qui prouve que ce n’est pas une mise en scène ?
    On en a tant eu de célèbres, y compris un mort sur une civière qui tombe de cette dernière, se relève et marche !

    Il ajoute le sempiternel :

    « ce mur empiète sur les terres les plus fertiles des palestiniens »

    Pourquoi aucun défenseur d’Israël pour énoncer que la frontière d’avant 67 s’appelait « la ligne verte » parce que justement rien n’était cultivé au-delà, sinon des pierres et des terres laissées à l’abandon.

    Que ce sont les Juifs arrivés après 67 qui ont fait fructifier la région, ont creusé des puits, cultivé, aider à cultiver etc !

    Et puis n’importe qui présent, à la vue du tracé de la barrière de sécurité, il y a eu une carte montrée, même un enfant, aurait été capable de dire :

    « Mais la surface au-delà de ce mur est immense !
    Il ne s’y trouverait aucune terre fertile ?
    Elles auraient, comme par miracle poussé seulement à côté du mur !  »

    Mais qui pour le dire ?

    Et je ne passe pas sur l’habituelle litanie de M. Guetta :

    « Les colons deviennent un problème très grave pour Israël car très à droite et très anti paix »

    Noter à 3 reprise, insidieusement, le mot « très »

    Oser que tous ceux qui vivent là sont très a droite, que veut dire ce « très » sinon vouloir les mettre au ban de celui qui écoute M Guetta.

    Personne pour lui répondre immédiatement qu’il y en a beaucoup qui sont là, simplement parce qu’acheter un logement y est moins cher et ne sont pas à affubler du vocable « très à droite » !

    Et hop il a rajouté : « et très anti paix »

    Simplifions bêtement son équation :

    Israël un gouvernement de droite = un Israël « très anti paix »

    Qui sur le plateau pour lui rétorquer que la quasi-totalité des Juifs israéliens n’aspire qu’à une chose, la paix !

    Que tous les gouvernements d’Israël, de droite, ont prouvé par le passé que, pour la paix, ils avaient fait des sacrifices et on fait évacuer des terres.

    Et quelles concessions dan.gereuses !
    Voir le Sinaï aujourd’hui, Gaza hier

    Que ceux qui ne voulent pas la paix, qui n’y ont aucun intérêt vu leur degré de corruption face aux aides internationales à fonds perdus, sont de l’autre côté, pourvoyeurs de haine.

    Que des procureurs à charge !
    Où était la défense Madame la présentatrice ?

    {{Ah oui M. Adler !

    Mais il dormait, affalé sur son siège}}

    Et, oh surprise, le seul qui ait exprimé quelque défense d’Israël, je n’en croyais pas mes oreilles : le représentant de Chalom Arshav !
    Merci à la 5 et aux débatteurs présents pour leur innocente participation à quelque autre assassinat, explosion de grenades ou agression de Juifs dans la rue ou le métro…

    Charly Chalom Lellouche, Nathanya

  3. {Bonjour,

    Outre le fait que M. Adler réponde ici à vos questions concernant la promotion de son livre sur l’islamisme je souhaiterais savoir, lui qui analyse froidement les conséquences en terme d’attentats contre les Juifs, notamment en France, s’il a conscience de son silence ou simplement de ses phrases assassines à l’encontre d’Israël lors du faux débat, sur l’émission de la Cinq

    « Cinq caméras brisées »

    Et que ses silences et ses phrases ont aussi contribué, avec les autres intervenants de ce faux débats, à un peu plus de la haine à l’encontre d’Israël et, par voie de conséquence à plus d’actes anti Juifs

    JForum a d’ailleurs déjà analysé cette émission en :

    https://www.jforum.fr/forum/france/article/la-chaine-france-5-permis-de-tuer?utm_source=activetrail&utm_medium=email&utm_campaign=Newsletter%20du%2011-10-2012

    Je cite votre journaliste dans cet article :

    « …. Les intervenants, grinçaient d’une même voix (Alexandre Adler expliquera sans doute son étrange silence), ils fustigeaient mais jamais n’expliquaient… »
    Laurence Nguyen

    Question subsidiaire, l’intervieweur ici, a-t-il interrogé A. Adler sur ce silence ?

    Ou M. Adler a-t-il éludé la question ?

    Je propose d’ailleurs à ceux qui lirait cette article, amoureux d’Israël, de ne pas acheter le livre de M. Adler

    Charly Chalom Lellouche
    Nathanya}

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