BERLIN – La voie vers l’amitié entre catholiques et juifs est irrévocable et doit être celle de l’Eglise tout entière, a assuré Benoît XVI jeudi à Berlin aux Juifs d’Allemagne, qui ont exprimé leur inquiétude sur un possible rapprochement entre Rome et les intégristes.

Devant la délégation dirigée par son président, Dieter Graumann, le pape a mis en exergue la Déclaration Nostra aetate du Concile Vatican II (1965), qui avait jeté les bases de ce dialogue, après des siècles d’antisémitisme catholique.

Le Vatican est en négociations avec les intégristes lefebvristes de la Fraternité Saint Pie X, qui voudraient être réintégrés dans l’Église après le schisme consommé en 1988. Ils souhaiteraient réduire la portée de Nostra aetate et d’autres textes du Concile sur l’oecuménisme et le dialogue interreligieux.

Dieter Graumann a regretté ces tractations, qu’il a définies comme une blessure dans le climat d’ouverture de notre amitié.

Au premier jour de sa visite dans son Allemagne natale, le pape a tenu à assurer aux Juifs d’Allemagne qu’avec la Déclaration « Nostra aetate » du Concile Vatican II, on a commencé à parcourir un chemin irrévocable vers le dialogue, la fraternité et l’amitié.

Ceci vaut pour l’Église catholique tout entière, dans laquelle le bienheureux pape Jean Paul II s’est engagé de façon particulièrement vigoureuse en faveur de ce nouveau chemin, a-t-il insisté.

Pour les chrétiens, il ne peut y avoir une rupture dans l’événement du salut. Le salut vient justement des Juifs. Après des siècles d’opposition, nous nous reconnaissons le devoir de faire en sorte que les deux manières de faire une nouvelle lecture des écrits bibliques (…) dialoguent entre elles, a-t-il dit.

Le pape exprimait ainsi clairement son rejet d’une attitude de l’Église préconciliaire qui voyait le christianisme comme une rupture avec le judaïsme et le peuple juif comme déicide pour avoir crucifié le Christ.

La Fraternité Saint Pie X, a dit M. Graumann, représente toujours le fanatisme, le racisme, l’antisémitisme et les heures les plus sombres du Moyen Age. Elle représente l’impossibilité pure et simple d’une réconciliation, a-t-il averti.

Il a aussi regretté le projet de béatification du pape Pie XII dont le rôle pendant la guerre à l’égard des Juifs est contesté, certains historiens lui reprochant de ne pas avoir agi de façon assez énergique.

Le pape a évoqué la mémoire effroyable de la Shoah: aujourd’hui, je me trouve dans un lieu central de la mémoire, dune mémoire effroyable : d’ici fut projetée et organisée la Shoah.

Le régime de terreur du national-socialisme se fondait sur un mythe raciste, dont faisait partie le refus du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, du Dieu de Jésus Christ (…) Le « tout-puissant » Adolf Hitler était une idole païenne, a dénoncé le pape allemand.

Il a fini en hébreu en prononçant le très Saint soit béni (Ha Kadosh Baruch Hu).

En 2005, Benoît XVI était devenu le deuxième pape, après son prédécesseur Jean Paul II en 1986, à visiter une synagogue, celle de Cologne (ouest de l’Allemagne).

Joseph Ratzinger, qui fut membre des Jeunesses hitlériennes, y avait dénoncé le crime inimaginable que fut l’Holocauste.

Romandie News

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