Gaza 1995 : Alisa Flatow est tuée dans un attentat du Hamas. Son père éploré mettra 20 ans pour dénouer le montage financier BNP, Iran et Hamas.


Image à la Une : Stephen Flatow et une photo de sa fille Alisa, 20 ans, tuée dans un attentat terroriste en 1995.Credit Keith Meyers/The New York Times

Il y a vingt ans, deux attentats à la bombe dans la Bande de Gaza à Kfar Darom et Netzarim, détruisaient presque simultanément un bus et un convoi de véhicules, faisant six morts – dont Alisa Flatow – et une cinquantaine de blessés. bus bombing two decades ago »>Article original —Dans le New Jersey, le père d’Alisa éploré dans sa quête de justice va, par inadvertance, mettre en branle une chaîne d’événements qui vont conduire les procureurs à accuser certaines des plus grandes banques du monde, de transferts illicites d’argent vers des nations comme l’Iran.

Lundi dernier, l’affaire trouvait un dénouement, avec la reconnaissance de culpabilité de BNP Paribas, qui a admis avoir traité avec l’Iran pour plusieurs millions de dollars ainsi qu’avec d’autres états inscrits par les USA sur une liste noire. La BNP a accepté de payer une amende record de $8.9 milliards à l’Etat et aux autorités fédérales.

La piste qui a conduit en dernier ressort à la BNP a débuté en 2006, quand le bureau du procureur du district de Manhattan est tombé sur un dossier du père qui accusait l’Iran d’avoir financé l’attentat à la bombe du bus de Gaza qui avait tué sa fille de 20 ans. Noyée au milieu des dossiers et plaidoyers, les procureurs trouvèrent une accusation stupéfiante: un organisme caritatif qui possédait une tour rutilante sur la 5ème avenue était en réalité « une façade » du gouvernement iranien, affirmation qui plus tard fut vérifiée par les procureurs.

Les procureurs allaient bientôt découvrir que Crédit Suisse et Lloyds, deux des banques les plus prestigieuses du monde, avaient servi de portail à l’Iran dans sa pénétration du système financier des États-Unis. Pour dissimuler les transactions illicites – les États-Unis ayant clos leurs relations d’affaires avec l’Iran – Crédit Suisse et Lloyds retiraient les noms des clients iraniens des virements à destination de l’organisme caritatif de la 5ème avenue et ses sociétés affiliées. Ces constatations ont amené les procureurs de Manhattan et le ministère de la Justice à Washington à prononcer des poursuites pénales contre les deux banques.

Tandis que ces affaires apparaissaient au grand jour en 2009, un dénonciateur se présenta et fournit un tuyau sur la BNP, la plus grande banque de France. Dans une transaction pénale avec plaider coupable, la BNP a reconnu avoir couvert comme le démontre la vaste enquête, des opérations illicites avec l’Iran et le Soudan.Les rebondissements menant à l’affaire BNP – une série de dénonciations et de découvertes fortuites relatées dans les entretiens avec les procureurs actuels et anciens – ouvrent une fenêtre sur le monde obscur de la finance mondiale interconnectée. Au centre se trouve New York, au coeur du capitalisme américain où les banques traitent des milliards de dollars en paiements pour le compte de clients internationaux.

C’est un récit édifiant de la façon dont les banques européennes, repérant une occasion d’affaires lucratives délaissées par leurs rivaux américains, ouvrent leurs portes à des pays soumis à des sanctions au détriment de leurs réputations en s’ exposant au final à des affaires pénales. Les entretiens avec les procureurs, certains parlant librement et d’autres anonymement, montrent aussi la façon dont le bureau du procureur local à New York, plutôt spécialisé dans la répression de la drogue et du crime organisé, a atterri au milieu d’une enquête internationale sur les attentats terroristes et les banques étrangères.

« On nous demande souvent pourquoi un procureur local s’implique dans une affaire de criminalité financière mondiale, et ma réponse est de dire que c’est normal, » a déclaré dans une interview Cyrus R. Vance Jr., le procureur du district de Manhattan. «Nous sommes dans la capitale de la finance mondiale. Il nous reste juste à trouver comment relier les éléments entre eux « .

Le rôle du procureur de district dans l’affaire, qui a débuté sous le prédécesseur de M. Vance, Robert M. Morgenthau, n’était pas toujours clair. Adam Kaufmann, le procureur qui a aidé à mener les enquêtes, s’est rendu un jour à Washington pour rencontrer les fonctionnaires du bureau du Département du Trésor au contrôle des avoirs étrangers, l’exécuteur principal de sanctions américaines contre l’Iran. Le département du Trésor, a-t-il rappelé, a été dérouté en voyant un procureur de Manhattan chargé de l’enquête.

L’enquête, a expliqué M. Kaufmann, a commencé pour de bon en Janvier 2006. A l’époque, dans un bureau à l’étroit dans le bas de Manhattan, l’analyste de 32 ans travaillant pour le département du procureur du district de Manhattan scrute le dossier de procédure du père contre l’Iran. Le père, Stephen Flatow de West Orange, dans le New Jersey, accuse l’Iran d’avoir financé un groupe terroriste responsable de l’attentat-suicide de Gaza qui a tué sa fille, Alisa, en 1995.

Un juge fédéral a octroyé à M. Flatow, avocat d’une compagnie de titres, la somme de 250 millions de dollars en dommages et intérêts. L’Iran n’a jamais payé. Et ainsi M. Flatow cherchait à se faire payer auprès de la Fondation Alavi, l’association caritative qu’il affirmait être une façade du gouvernement iranien.

L’analyste au département du procureur de district, Eitan Arusy, avait pris un vif intérêt aux accusations du père. Avant de prendre cet emploi, il avait été soldat en Israël et il se trouve qu’il avait été appelé à opérer sur la scène de l’explosion de l’autobus.

Et il s’est avéré que la Fondation Alavi, était au cœur de la compétence du procureur de district. Elle détenait des participations dans un gratte-ciel de la 5ème avenue à quelques pas du Rockefeller Center et du Musée d’Art Moderne. La tour de 36 étages, anciennement connue sous le nom de bâtiment Piaget, avait été construite dans les années 1970 par une association à but non lucratif liée au Shah d’Iran.

Un jour, en 2006, Laura Billings, procureur au département du procureur de district qui a aidé à mener l’enquête de la Fondation Alavi, visite la tour pour voir par elle-même si quelque chose de suspect se déroule à l’intérieur. Mais le bâtiment, qui a abrité les bureaux de Ivan F. Boesky, le célèbre spéculateur de Wall Street qui a été reconnu coupable en partie du scandale des années 1980 de délit d’initié, et qui abrite actuellement Godiva, le chocolatier, est une tour de bureaux ordinaires.

Les procureurs réussirent cependant, à faire une percée, lors d’une visite chez un persan, propriétaire d’un magasin de tapis qui avait des liens avec l’Iran. Attablés autour de pastèques et pistaches, le propriétaire de la boutique et les procureurs ont discuté de politique et de famille. A la fin de la conversation est venue une révélation: la Fondation Alavi, a déclaré le propriétaire du magasin est entièrement sous contrôle de l’Iran.

Un autre informateur fournit des indices supplémentaires, notamment que la Fondation Alavi avait reçu des millions de dollars de la banque Melli, une banque d’État iranienne. Si vous avez les dossiers de paiement, expliqua l’informateur, alors les procureurs pourront remonter jusqu’à l’Iran.
Mais lorsque les procureurs et le F.B.I. retirèrent les relevés bancaires de l’organisme de bienfaisance, la Banque Melli était introuvable. Crédit Suisse et Lloyds figuraient à la place.

Les preuves contre la Fondation Alavi étaient importantes selon les anciens procureurs, mais relevaient du gouvernement fédéral plutôt que local. Le bureau du procureur de district céda l’enquête au bureau du procureur des États-Unis à Manhattan. Avec le procureur des Etats-Unis, Preet Bharara, les procureurs fédéraux déposèrent une plainte civile accusant la Fondation Alavi de « nombreux services rendus au gouvernement iranien. » Cette action remontant jusqu’à M. Bharara annonçait un accord de règlement contraignant la Fondation Alavi à renoncer à sa participation dans la tour de bureaux. Quand le gouvernement vendra l’immeuble, les produits iront aux familles et aux successions des victimes du terrorisme.
Le cas de la Fondation Alavi réglé, le bureau du procureur de district tourna son attention vers le Crédit Suisse et Lloyds. Les procureurs offrirent le choix aux banques : remettre les documents liés aux banques iraniennes ou faire face à une affaire criminelle.

Les banques choisirent de coopérer, produisant des rames de dossiers mettant à nu un système de dissimulation de fonds par la banque Melli pour passer de l’argent aux États-Unis. Pour éviter la détection, les enregistrements étaient des documents falsifiés de transferts d’argent opérés par Crédit Suisse et Lloyds et remplaçant le nom de la banque Melli par leurs propres noms.

« S’il vous plaît, pas de mention de notre nom à une banque aux Etats-Unis», avait écrit la banque Melli à Lloyds Bank dans l’un des documents obtenus par les procureurs.

À l’insu des procureurs de Manhattan, la division criminelle du ministère de la Justice à Washington poursuivait sa propre enquête sur Crédit Suisse. L’enquête de la division de confiscation des biens de la section de blanchiment d’argent, à présent dirigée par Jaikumar Ramaswamy, commença par un tuyau d’un agent de IRS qui avait repéré la transaction suspecte.

Les enquêtes parallèles ont fusionné lors d’une conférence juridique en 2007 lorsque M. Kaufmann du bureau du procureur de district a déjeuné avec un fonctionnaire du ministère de la Justice. De la réunion est venu un plan non seulement de poursuivre Crédit Suisse et Lloyds, mais d’autres banques étrangères suspectées de passer par-dessus les sanctions des États-Unis. Lorsque M. Kaufmann quitta son poste en 2013, il remit le dossier à son successeur, David Szuchman, et au procureur principal, Polly Greenberg.

Les dossiers ont bénéficié d’une mine de courriels internes du Crédit Suisse qui montraient comment les dirigeants des banques avaient élaboré des stratégies de manière à garder les affaires avec l’Iran, dès lors que Lloyds était hors du circuit. Si Crédit Suisse n’agissait pas rapidement, les e-mails avertissaient, que la banque pourrait perdre au profit d’autres banques européennes.

En 2009, les procureurs ont réglé une série de dossiers , s’attaquant d’abord à Lloyds puis à Crédit Suisse. L’affaire Barclays a été réglée en 2010, jetant les bases pour ING, Standard Chartered et HSBC qui ont conclu leurs propres accords en 2012.

«Mon sentiment était que les banques ne devaient pas véhiculer des fonds de contrebande ou servir à des transferts de fonds illicites au nom de pays sanctionnés, » a dit dans une interview, M. Morgenthau, qui à 94 ans est maintenant avocat pour le cabinet d’avocats Wachtell, Lipton, Rosen & Katz
L’affaire BNP annoncée lundi dernier, est dans le fil de toutes ces tractations. Tandis que les accords se négociaient, un dénonciateur a approché un fonctionnaire du bureau du procureur du district de Manhattan à propos des liens de la BNP avec l’Iran. La BNP faisait aussi des affaires avec le Soudan au moment où la nation subissait ‘un régime génocidaire. Le dénonciateur ne devrait recevoir aucune compensation pour son aide dans ce dossier.

L’affaire – une collaboration entre le ministère de la Justice à Washington, le bureau du procureur des États-Unis et le bureau du procureur du district de Manhattan, ainsi que la Réserve fédérale, le Département du Trésor et Benjamin M. Lawsky, le régulateur financier de l’État de New York – fut traitée dehors des autres. Le volume des transactions avait atteint des milliards de dollars. Et l’amende de $ 8,9 milliards est plus du triple du montant que les six autres banques ont payé collectivement pour résoudre les affaires de sanctions.

Pour M. Flatow, qui a finalement reçu 25 millions de dollars, les actions ont été menées à bien.

« Le fait que notre dossier ait jeté les bases de ces actions sert vraiment d’hommage à Alisa qui aurait 40 ans cette année, » a- t-il dit

alisaflatowijbusbombing

Sources : http://dealbook.nytimes.com/2014/06/30/a-grieving-father-pulls-a-thread-that-unravels-illegal-bank-deals/?_php=true&_type=blogs&_r=0 Article original

JESSICA SILVER-GREENBERG and BEN PROTESS

30 juin 2014

Contribution Alain Delaqueriere

Traduction Europe Israël Article original

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Ruth

On peut également saisir l’intérêt majeur pour l’Iran de parler de complot juif et du pouvoir des banques. Rien de plus facile et commun pour détourner l’attention des vrais complotistes!

Franck92

Très instructif. On peut comprendre aussi pourquoi les US ont profite de cette occasion pour demander la levée du secret bancaire à la Suisse notamment concernant Crédit suisse visée dans ses activités aux USA.
En tous cas Dieu a attendu la plainte du père d’ Alisa