Les Etats-Unis et l’Iran “isolent” les négociations nucléaires des “tensions », pourtant directement liées à l’hégémonie régionale de l’Iran. Lors de ses obsèques, les dirigeants actuels d’Israël n’ont pu s’empêcher de revendiquer l’héritage de l’audacieux « Commandant » Arik Sharon et Benny Gantz, actuel Chef d’Etat-Major, a déclaré que Tsahal saurait suivre ses traces, à l’avenir.

On peut, néanmoins, s’interroger et comparer, d’un côté, l’attentisme relatif des dirigeants du pays, face à la menace sur trois frontières, et, de l’autre, le caractère, parfois « aventuriste » qu’on a si souvent reproché au « Lion » Sharon, n’hésitant jamais à franchir une frontière de façon préventive.

On se souvient, notamment, que, plutôt que de laisser l’OLP s’installer en Jordanie, dès les années 1950, ou encore, dans le fameux « Fatahland » du Sud-Liban, le Commandant de l’unité 101, puis le Ministre de la Défense n’a pas hésité à traquer l’ennemi jusqu’au cœur d’une capitale arabe : Beyrouth. Le Liban représentait, pour lui, un enjeu stratégique fort, au point de vouloir y instaurer un pouvoir réputé « ami », à l’époque : les Chrétiens libanais de Béchir Gémayel. Il est, également, vrai que les choses ne se passant jamais comme on l’a prévu, l’opération « Paix en Galilée a eu l’effet inverse que celui escompté…

On ne refait pas l’histoire et Arik ne s’est jamais réveillé du profond coma dans lequel il a sombré, en 2006. Imaginons un instant qu’il en ait été différemment.

Il existe actuellement, deux menaces prédominantes aux frontières nord d’Israël : le Hezbollah et al Qaïda, qui s’affrontent sur un large continuum allant d’Irak, en passant par la Syrie, jusqu’à Beyrouth. Ces deux nébuleuses disposent, l’un comme l’autre, de filiales à Gaza et dans le Sinaï, via le Jihad Islamique, le Hamas ou les différents groupes terroristes liés à Al Qaïda dans le Sinaï.

On ne peut oublier, ni sa percée sur Beyrouth, encore moins l’encerclement de la 3ème armée égyptienne, de l’autre côté du canal de Suez, en 1973. Mais on ne peut omettre qu’il fut, aussi le grand architecte de la paix avec l’Egypte, reconnu, respecté et admiré par ses anciens adversaires, Anouar El Sadate et Hosni Moubarak.

Qu’aurait fait Sharon, en pleine possession de ses moyens, face à cette situation d’étau qui se resserre ? Aurait-il accepté le jeu actuel des grandes puissances, tant Washington que Moscou, dans leur rapprochement avec Damas et Téhéran, sans rien faire ? Aurait-il cherché à renverser l’échiquier? On n’en saura jamais rien. La projection ne vaut donc qu’à titre virtuel.

Actuellement, l’Administration Obama promet à l’Iran de faciliter les progrès en vue d’un accord nucléaire, en traitant les politiques régionales agressives de Téhéran comme un sujet distinct et, afin d’éviter, ainsi, tout obstacle ou objection que soulèveraient des opposants tels que l’Arabie Saoudite et Israël .

Lundi 14 janvier, une source importante à Washington a reconnu que : « Les Etats-Unis et l’Iran ont cherché à isoler le sujet des négociations nucléaires du problème des tensions que suscite la politique régionale de l’Iran ».

Washington a ainsi offert à Téhéran un traitement de faveur, devant déboucher sur un accord nucléaire, en passant par-dessus l’épaule des pouvoirs régionaux susceptibles d’objecter, ainsi qu’une licence permettant à l’Iran de poursuivre ses interventions militaires en Syrie, en Irak et au Liban – tant que l’Iran colle à une diplomatie nucléaire tenue pour être « productive ».

Dimanche, la Maison Blanche a diffusé ce message optimiste : “A partir du 20 janvier, l’Iran commencera, pour la première fois, à éliminer des parties de son stock d’uranium enrichi à haut niveau 20% »>Article original et à démanteler certaines de ses infrastructures qui rendent cet enrichissement possible. Dans le cadre de l’accord obtenu en novembre, l’Iran arrêtera certaines parties de son programme d’enrichissement pour six mois, en échange d’un allègement minime des sanctions internationales ».

Le communiqué américain confirmait la date-butoir du 20 janvier, annoncée par l’adjoint au Ministre des affaires étrangères d’Iran, Abbas Araqchi, dans ses rencontres avec les représentants de l’Union Européenne.

Il faut savoir ce que les responsables américains traduisent par « un allègement minime des sanctions » : il s’agirait de 5 milliards de $ de revenus. Debkafile rapporte que ce chiffre n’a rien à voir avec la somme réelle d’argent qui va être déversée dans les coffres-forts iraniens. En effet, la transaction de produits courants contre pétrole que Moscou vient de signer avec Téhéran, à elle seule, s’élève à une valeur de 18 milliards de $ par an, et de nombreux autres représentants de commerce de diverses nationalités frappaient déjà aux portes de Téhéran, bien avant les négociations nucléaires de novembre à Genève. Le régime des pénalités est, tout bonnement, en train de s’effondrer, et même si Téhéran ne respecte pas ses engagements pris dans le cadre de l’accord intérimaire de six mois, les sanctions sont, aujourd’hui, de l’histoire ancienne.

De la même façon qu’Israël, le Liban s’attend à payer cher le prix de l’accord américano-iranien consistant à séparer le problème nucléaire des sujets relatifs à son hégémonie régionale.

Le regretté Ariel Sharon, durant ses années à la tête de la défense d’Israël, donnait une grande priorité à la haute importance stratégique du Liban, comme un pays-pivot pour la sécurité d’Israël, une politique que ses admirateurs posthumes trouvaient inacceptable à l’époque.

Aussi bien le Premier Ministre Binyamin Netanyahu, que le Ministre de la Défense Moshé Ya’alon et le Chef d’Etat-Major Benny Gantz évitent constamment et autant que faire ce peut cet intérêt traditionnel que lui portait « Arik ».

Depuis que l’ancien Premier Ministre est passé de vie à trépas, samedi 11 janvier, ces trois dirigeants se sont immergés dans la préparation de ses funérailles et les souvenirs nostalgiques du héros disparu, probablement, dans une tentative de détourner l’attention des Israéliens des désastres sécuritaires qui se profilent en s’accumulant tout autour du pays, dans les capitales voisines de Damas et Beyrouth.


Le discours de Joe Biden.

Le Vice-Président Joe Biden, qui mène la délégation américaine aux funérailles, agira, sans aucun doute, comme si rien ne clochait en Syrie et au Liban. Et même si quelque chose n’allait pas, cela n’a, bien sûr, rien à voir avec la question palestino-israélienne « centrale », qui seule, devrait préoccuper le gouvernement Netanyahu.

Le Président Barack Obama, dans son message de condoléances, a cité le soin porté par Sharon à la sécurité d’Israël comme semblable à la sienne. Le fossé entre les paroles et les actes n’aurait pas pu être plus profond.

Le Secrétaire d’Etat John Kerry n’a pas pu assister aux funérailles de Sharon, justement, parce qu’il se préoccupe de la question syrienne, a expliqué le porte-parole du Département d’Etat.

Le Ministre des Affaires étrangères iranien, Javad Zarif est tout aussi occupé : il projette de visiter Damas, mercredi 15 janvier et de poursuivre vers Beyrouth, alors que le même jour, le Ministre des Affaires étrangères syrien Walid Moallem, arrivera à Moscou à la tête d’une imposante délégation.

Il n’y a rien de spontané à cette soudaine rafale de voyages diplomatiques. Elle est très bien coordonnée entre Washington, Moscou et Téhéran –comme résultat de l’approbation par l’Administration Obama de la nouvelle stratégie russo-iranienne, qui consiste à faire dériver le conflit syrien selon deux voies extérieures : l’Irak à l’Est et le Liban à l’Est de la Syrie – et donc, par la suite, vers le Nord d’Israël.

Le bras armé d’Al Qaïda en Irak, qui vient de subir une défaite en Syrie, continue de s’emparer de territoires dans le Centre et l’Ouest de l’Irak et la branche d’Al Qaïda en Syrie, le Jabhat al Nusra , tombé sous les coups d’une armée syrienne supérieure, se redéploie vers le Liban, qui représente un débouché sur la Méditerranée.

Ces deux branches d’al Qaïda, rivales sur le champ de bataille, visent le même butin de guerre : une part du gâteau de l’industrie pétrolière de la Syrie et un débouché assuré sur la mer.

Cela vaut la peine de se rappeler de quelle façon, dans un passé pas si lointain, Bachar al Assad soutenait fermement la campagne terroriste d’Al Qaïda en Irak contre les Américains, entre 2003 et 2009 et comment l’Iran encourageait cette campagne en fournissant des camps d’entraînement et des armes aux islamistes-suicides.

Aujourd’hui, les dirigeants de Téhéran et Damas sont prêts à sacrifier des régions entières de l’Irak et du Liban pour débarrasser la Syrie de l’essentiel des menées militaires d’al Qaïda.

C’est une stratégie qui convient à Moscou – tout lui convient qui puisse occuper les Jihadistes en Irak et les tenir à distance de Sochi, la ville balnéaire de la Mer Noire, où les Jeux Olympiques vont s’ouvrir le 7 février prochain.

L’Administration Obama voit un grand avantage à l’expulsion des forces islamistes à l’extérieur de Syrie : cela réduit d’autant la complexité de ses efforts, afin d’obtenir un accord, ou au moins une entente partielle, entre le Régime Assad et le camp de l’opposition fragmentée, à la Conférence de Genève 2, dans la ville de Montreux, en Suisse, le 22 janvier, en vue d’une solution politique au conflit syrien.

Aujourd’hui, ceux-là même qui font l’éloge de Sharon soulignent son extrême ténacité et sa capacité à se lancer dans des actions inattendues. Il est difficile de croire qu’il aurait laissé Israël s’enfermer dans le piège dangereux pour sa sécurité nationale, et qui est, en ce moment même, en train de prendre forme à chacune de ses frontières. Il aurait, vraisemblablement abordé le problème par une tactique surprise visant à renverser les tables.

Quoi qu’il en soit, le contraste entre son style de gouvernement proactif, dans la défense de la sécurité d’Israël, et l’attitude des dirigeants d’Israël actuellement en exercice, pourrait difficilement être plus grand. Obama et Poutine, bien au courant de leur passivité, se sentent parfaitement libres de retrancher Israël de leurs considérations régionales, au point d’absoudre l’Iran de son rôle de trouble-fêtes en Irak et au Liban, comme s’il s’agissait d’une arène distincte de sa conduite en matière nucléaire.

Bien que tous les gouvernements, proches ou lointains, assisteront à la Conférence de Genève 2, personne n’a pensé à inviter Israël, alors que les évènements qui se déroulent à la porte d’à côté, en Syrie et au Liban, empiètent directement sur sa sécurité. Sharon ne se serait pas laissé snober sans rien faire. Il aurait sûrement fait comprendre sa façon de penser et d’agir, à John Kerry, ainsi qu’à Poutine au téléphone (et en russe, qu’il parlait couramment).

DEBKAfile Reportage spécial 13 janvier 2014, 11:16 AM (IST)

debka.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski

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