Le “Tsunami Jihadiste” aux frontières d’Israël, le système souterrain du Hamas, la menace renouvelée de frapper l’Iran et un possible conflit violent, cet été, ne sont que quelques-uns des défis auxquels l’armée israélienne est confrontée, pour l’année à venir.

La seconde moitié de l’année en cours, semble t-il, sera une période de mises à l’épreuve. Nous devrons faire face aux conséquences de processus politico-diplomatiques qui parviendront à maturité d’ici Juin 2014.

Malheureusement, il est raisonnable de supposer que la plupart d’entre eux débouchera sur un échec ou un compromis instable recelant les germes du prochain conflit.

Les négociateurs marchanderont, évidemment les résultats insatisfaisants comme “une petite avancée dans le bon sens”, une étape sur une longue route, mais les implications en sont claires –la second moitié de 2014 sera une période explosive pleine de dilemmes.

Les prévisions : un hiver tranquille, un printemps tendu et un été qui pourrait bien être dévastateur.

Le cadre global de ces processus au Moyen-Orient, ne sera guère différent.

L’administration de Barack Obama, en dépit des critiques, continuera à mener une politique étrangère de compromis zigzagants, entre le désir d’instaurer des principes suprêmes et un pragmatisme utilitariste . Le résultat en sera une érosion significative du Statut des Etats-Unis, en tant que puissance dirigeante et influente, tant dans l’arène internationale qu’au Moyen-Orient.

La Russie poursuivra sa politique néo-impériale , en tirant avantage des conflits et tensions, tout comme elle le fait déjà en Syrie, actuellement. Vladimir Poutine y gagnera encore en prestige et fera d’excellents profits dans les ventes d’armes, mais ne parviendra pas même à se rapprocher du statut dont bénéficient encore les Etats Unis dans la région.

L’Union Européenne continuera à concentrer tous ses efforts pour sortir de la crise économique qui frappe ses pays-membres, mais, en même temps, ne renoncera pas à son implication active dans les affaires du Moyen-Orient et de l’Afrique.

L’activité de la Chine, ici, sera presque essentiellement fondée sur ses intérêts économiques, alors qu’en Asie, elle agira de façon agressive, affirmant clairement ses motivations nationalistes – qui soulèvent de graves préoccupations, parmi ses voisins. Particulièrement au Japon, qui a lancé un processus d’armement accéléré.


Putin, Assad, Rohani et Obama (Photo: AP)

Les processus en cours au Moyen-Orient se dérouleront à l’intérieur de ce cadre. Les négociations israélo-palestiniennes sous médiation américaine, en vue d’un accord de paix ; les négociations entre l’Iran et les puissances mondiales, sur le démantèlement ou l’espoir que l’Iran « tourne le dos » à son programme nucléaire militaire, en échange d’un assouplissement des sanctions ; le désarmement de la Syrie, et la destruction de de ses armes chimiques ; une conférence internationale à Genève, en présence des parties belligérantes, visant à mettre un terme au bain de sang en Syrie ; la montée en puissance de l’Islam jihadiste s’inspirant d’al Qaïda, au dépend de l’Islam politique, comme les Frères Musulmans ; les efforts du nouveau régime égyptien pour avancer sur la voie de la normalisation et d’un régime démocratique civil, dont l’approbation d’une constitution, des élections parlementaires et présidentielles, aussi bien que les luttes intestines en Turquie, entre les partisans de Recep Tayyip Erdogan et ses opposants, qui atteindront leur paroxysme, au cours des élections municipales du printemps 2014.

Un grand potentiel propice aux conflits violents.

Les dilemmes auxquels nous serons tous confrontés, cette année, sont animés par deux processus diplomatiques, qui ont aussi tout le potentiel nécessaire et suffisant pour déboucher sur un conflit violent à l’été : le problème palestinien et la menace nucléaire iranienne .

Les efforts actuels pour aboutir à un accord israélo-palestinien approchent à grands pas d’un Carrefour, qui requerra de prendre des décisions. Israël est confronté à trois options qui, chacune, comporte une contrepartie douloureuse :

1. Un accord sur un traité permanent qui serait instauré par étapes, basé sur les limites de 1967, avec des échanges de territoires (dont l’éventuelle division de Jérusalem). Cela contraindra Netanyahu, non seulement à faire des concessions territoriales douloureuses autour de lieux à forte implication émotionnelle, mais aussi à dissoudre sa coalition pour la rebâtir de fond en comble.

2. Netanyahu approuve l’accord-cadre – “les lignes directrices pour poursuivre les négociations ”- que Kerry présentera, dès cette semaine, à Jérusalem et Ramallah. Si jamais Abbas l’approuve aussi, les négociations se poursuivront au-delà du mois d’avril.

3. Les deux camps rejettent le cadre d’accord présenté par Kerry, ce qui mènera à l’échec des négociations au printemps. Un tel évènement mènera probablement à un isolement d’Israël et à une reconnaissance de l’Etat Palestinien à l’intérieur des limites du 5 juin 1967 à l’ONU, un afflux croissant de boycotts et de sanctions internationales, et à des émeutes violentes dans les territoires.

On peut supposer, avec quasi-certitude, que Netanyahu et le Cabinet choisiront la seconde option .


Le réacteur d’Arak capable de produire du plutonium pour fabriquer des bombes atomiques (Photo: Getty Images)

Le second dilemme concerne, évidemment, l’Iran : il est déjà clair pour la communauté du renseignement occidental que Téhéran, en dépit de son offensive de charme, n’a rien abandonné de ses intentions de devenir un pays du seuil nucléaire, capable de produire des engins atomiques explosifs et fiables en moins de quelques semaines.

En outre, le Président Rouhani et son camp sont confrontés à une ferme opposition à leur politique, de la part des Gardiens de la Révolution iranienne et des Ayatollahs conservateurs. Deux radicaux viennent de rejoindre l’équipe de négociation.

On peut s’en rendre compte dans la façon dont l’Iran traîne les pieds dans les négociations préliminaires actuelles pour l’instauration d’un accord intérimaire signé à Genève, il y a déjà bientôt deux mois.

M ais le test en grandeur réelle aura lieu en juin : si jamais un accord permanent est signé entre les puissances et l’Iran, quelle en sera la nature ?

Il est raisonnable de supposer qu’Israël ne pourra s’en satisfaire et qu’il n’obtiendra pas le minimum vital, présenté dans ses exigences : renvoyer le programme nucléaire militaire de l’Iran au moins deux ans en arrière. Dans une telle situation, Netanyahu, Ya’alon et Lieberman, et, sans doute, d’autres Ministres du cabinet, seront confrontés à un dilemme des plus épineux : en accepter les résultats et un allègement progressif des sanctions comme le moins pire entre deux maux, ou se lancer dans un conflit politique ouvert avec les grandes puissances, Obama et son administration.

Ce conflit requerra aussi de recruter les amis d’Israël au Congrès , contre leur Président et devrait aussi entraîner un renouvèlement de la menace de frappe militaire contre les installations nucléaires. Aucun des deux camps ne tirera bénéfice d’un tel conflit, particulièrement Israël, qui risque d’y perdre le soutien d’une partie du public, l’aide en matière de défense, aux Etats-Unis, et d’être entraîné dans une guerre si Netanyahu décide une opération militaire . Pourtant, en ce qui concerne Israël, l’option militaire existe et on peut s’attendre à ce qu’elle soit à nouveau mise sur la table, en juin .


L’option militaire va t-elle faire son comeback? (Photo: AFP)

Dans le domaine de la sécurité nationale, à côté des défis « anciens » et déjà connus , les forces de sécurité auront à relever d’autres défis, jusqu’alors inédits , dans l’année à venir.

1. Un tsunami jihadiste

Tsahal et la communauté du renseignement doivent préparer une infrastructure opérationnelle fondée sur le renseignement et développer des méthodes de combat qui leur permettront de faire face à un “ Tsunami jihadiste ”, qui se renforce le long des frontières israéliennes, essentiellement en Syrie.

Nous parlons, là, des sunnites salafistes fanatiques opérant dans les rangs d’al Qaïda ou inspirés par al Qaïda, qui ont réussi à mettre la main sur d’énormes quantités d’armes modernes, à partir des entrepôts de l’armée syrienne, dont le Jabhat al Nusra et le Front Islamique ont pris le contrôle, ainsi que sur les armes libyennes qui continuent d’affluer entre les mains des groupes salafistes opérant dans le Sinaï et à Gaza.

La communauté israélienne du renseignement est, principalement, inquiète, au sujet du Jabhat al Nusra , actif en Syrie et qui comprend quelques 10.000 combattants motivés et expérimentés, dont plus de 1.000 étrangers d’Europe et d’Asie. C’est le plus important dispositif de combat directement affilié à Al Qaïda. Si ses hommes prenaient le contrôle de la Syrie, par exemple, ils pourraient alors retourner leur pleine passion fanatique et les armes accumulées, cotre nous, d’une telle façon qu’elle nous ferait regretter le Hezbollah . Les Américains et, essentiellement, les Européens, sont aussi très inquiets, au sujet des bases d’al Qaïda qui se sont installées à leurs portes.


Les combattants d’Al-Qaeda à l’entraînement en Syrie (Photo: Reuters)

2. Israël n’impressionne plus les groupes terroristes sans “boîte postale ».

Le “terrorisme sans laisser d’adresse” est un second défi d’un autre type. Non seulement en Judée-Samarie, mais aussi à Gaza et aux frontières libanaises et syriennes, on a constaté de plus en plus de cas d’attaques terroristes de tous types cette année, du meurtre au kidnapping, en passant par les tirs de roquettes, dont personne n’a revendiqué la responsabilité. Pire, les terroristes ne laissent aucune « signature exploitable par les renseignements », empêchant le Shin Bet et Tsahal de les déjouer ou de les punir, après un attentat, de façon qui puisse dissuader d’autres auteurs « loups solitaires » ou groupuscules moins organisés.

Avec cette absence d’organisations revendiquant la responsabilité ou les conditions d’une identification claire, Israël suit un modèle d’opérations périmé , qui n’impressionne personne et reste inefficace, aussi bien pour ceux qui contrôlent la zone d’où l’attaque terroriste est partie, pas plus qu’ils ne s’en considèrent comme responsables.

Suivant ce mantra périmé , le Hezbollah et le gouvernement libanais sont tenus responsables de tout incident de tir depuis le Liban, même s’il est clair que qui que ce soit qui ait lancé des roquettes katiouchas, a pu le faire pour les mettre dans l’embarras. La même chose s’applique au Hamas à Gaza. Les tirs de réplique de l’artillerie de Tsahal ou ses frappes aériennes n’ont aucun effet et peuvent, même, parfois, agir comme un boomerang contre nous et encourager des attaques vengeresses.

Cette situation requiert que Tsahal et la communauté du renseignement s’engagent sérieusement dans une réflexion créative poussée : comment déjouer et, essentiellement, comment dissuader les terroristes sans adresse , sans aller jusqu’à l’opération de grande ampleur qui conduirait à nouvel embrasement ?

3. Le souterrain

Un troisième nouveau défi relève de ce que Tsahal appelle “le souterrain” : un système qui comprend de vastes tunnels prévus pour des attentats, des combats et des tirs de roquettes, que le Hamas a préparé pour le prochain conflit, sur la frontière de Gaza et à l’intérieur de la Bande de Gaza. Il y a aussi des signes patents que le Hezbollah est, depuis longtemps, passé sous terre pour mener ses opérations.

Le Commandement Sud est principalement préoccupé par les attentats depuis des tunnels, desquels le Hamas et le Jihad Islamique projettent de faire passer clandestinement des combattants à l’intérieur de notre territoire, dans le but de déferler sur les communautés juives et les postes avancés proches de la barrière, de kidnapper et de perpétrer des massacres de masse. Le chef du Commandement Sud, Sami Tugerman n’est pas le seul à avoir perdu le sommeil, au sujet de ces menaces. Cela concerne l’ensemble due l’Etat-Major, qui travaille ardemmement à trouver des réponses appropriées.


tunnel terroriste mis à jour le long de la barrière de Gaza (Photo: EPA)

4. Gagner les batailles depuis la Mer

Un quatrième défi consiste à bâtir des capacités pour que la marine participe, en tant que facteur déterminant, aux combats terrestres. Jusqu’à présent, la Marine a, essentiellement, servi en tant que défenseur des côtes et des ports, vers et à partir d’Israël. Un travail intensif s’est déployé pour permettre aux navires de la Marine de frapper des cibles au sol par des tirs aussi précis que massifs et d’aider ainsi les unités sur le terrain par d’autres façons de mener la bataille.

5. Où est l’argent?

Le véritable défi que le Chef d’Etat-Major Benny Gantz aura à relever, pour la quatrième année de son mandat ( qui débutera le mois prochain) est de préserver l’état de préparation et de stimuler les compétences de Tsahal, dans les limites du budget qui lui est imparti.

Les unités de réserve qui n’appartiennent pas aux premières lignes de combat, mobilisables par le commandement de terrain ne devraient pas partir en manœuvre durant l’année à venir ; très peu de réservistes seront engagés dans les activités opérationnelles, dans les territoires et le long de la frontière et toute la charge reposera sur les soldats des brigades régulières de combattants , qui seront engagés pour neuf mois d’activité opérationnelle. Cela leur laissera très peu de temps pour s’entraîner et maintenir leur niveau de forme physique. Le stock d’armes et de pièces détachées subira, également, une certaine érosion .

Le chef du Directoire de la planification de Tsahal, le Général-Major Nimrod Shefer dit ouvertement que 2014 sera une année de préparation au minimum requis . Le chef d’Etat-Major a pris un risque significatif, mais calculé, sur ce point, à l’aune des coupures budgétaires qui lui ont été imposées, au milieu de l’année et conformément à l’engagement du gouvernement, pris en 2005, que le budget de Tsahal réduirait sa croissance.

L’absurdité réside dans le fait que le gouvernement a, de fait, déjà clos le dossier des coupures budgétaires de la défense pour 2014, à cause du déficit de cette année, qui s’est avéré plus minime qu’on ne s’y attendait. Mais, l’armée qui a renvoyé dans leurs foyers 1000 soldats de carrière au cours des deux derniers mois, n’a pas, pour autant, reçu le moindre shekel supplémentaire pour l’entraînement ou l’équipement.

Il s’avère que l’essentiel de l’argent qui est revenu au budget de la défense, a été englouti en clauses concernant les salaires, pensions et la rééducation (les soldats handicapés et les familles endeuillées) ; les industries de la défense ont également reçu des investissements par avance. Qui est resté sans rien toucher ? C’est évident, l’armée et les forces de réserve . Nous avons déjà traversé la totalité d’un tel scénario : vous vous rappelez la Seconde Guerre du Liban, à l’été 2006 ? L’été 2014 nous attend, juste, au tournant…

Ron Ben-Yishai

Publié le : 01.01.14, 13:45 / Israel Opinion

ynetnews.com Article original

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leia

C’est bien de signaler ce genre de problèmes… Mais les ennemis d’Israël vont le lire aussi. Et ça, c’est encore plus inquiétant.
Le montant du budget de la défense et les insuffisances inhérentes au fonctionnement de Tsahal devraient rester très confidentiels.