Désaccords attendus entre les 193 délégations ; de nombreux pays devraient se retourner contre Israël.140 chefs d’Etat et de gouvernement, des dizaines de ministres des Affaires étrangères et des personnalités mondialement connues sont attendus à New York pour participer à la 69e Grande Assemblée annuelle de l’ONU, dont les débats ont commencé la semaine dernière. Officiellement, la grande Assemblée s’est ouverte le16 septembre lors d’une grande conférence au cours de laquelle Sam kahamba kutesa, diplomate ougandien, a été désigné président de la nouvelle Assemblée.
La convention mondiale durera une semaine, du 24 Septembre au 1er Octobre, date à laquelle aura lieu le débat général entre les 193 représentants des Etats membres qui prononceront chacun un discours.
L’ambiance festive qui accompagne en général cette assemblée ne sera pas au rendez-vous. L’atmosphère dans les réunions et les couloirs du bâtiment de l’ONU fraîchement rénové n’est pas au plus fort. Certains la qualifieront même de sinistre.
Ce n’est pas le point de vue de diplomates aigris en manque de promotion ou d’analystes en mal de sensation. Celui qui annonce le scénario sombre de l’assemblée de cette année n’est autre que l’hôte principal qui accueillera des centaines d’invités qui doivent arriver à New York pour l’assemblée annuelle – le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon .
Le Secrétaire général n’avait peut-être pas l’intention de le faire. Mais lorsqu’au cours d’une conférence de presse, il a dressé la liste des thèmes et des questions à discuter lors de la prochaine Assemblée, il a dépeint le sinistre tableau d’un monde submergé par des troubles et des tribulations, embourbé dans les combats et incapable de faire face aux catastrophes. Le Secrétaire général a fait une longue liste de crises, de conflits armés et des troubles qui dégradent le monde d’aujourd’hui et menacent la sécurité et le bien-être de la population mondiale – une liste longue et sévère qu’on n’avait pas entendue à New York depuis de nombreuses années. « Dans le monde d’aujourd’hui il y a des crises doubles et triples. Chaque crise a sa propre dynamique qui nécessite une approche unique et spéciale », a déclaré Ban Ki-moon. « Toutes les crises actuelles comportent des attaques cruelles et des actes d’horreur contre des civils, y compris les enfants. Tous les conflits actuels comportent de dangereuses dimensions sectaires, racistes et tribales ».
Bien sûr, chaque intervenant lors du débat général mentionnera et reconnaîtra l’effusion de sang qui a lieu en Syrie, la menace terroriste posée par l’Etat islamique en Irak et des avancées réalisées par la secte Boko Haram au Nigeria. Les conférenciers se référeront à ce que le Secrétaire général définit comme “l’effondrement de l’ordre en Libye » et bien sûr à l’instabilité actuelle au Sud-Soudan, au Mali et en République centre-Africaine. Aucun intervenant n’osera passer sous silence le statu quo des négociations israélo-palestiniennes. Et personne ne va manquer d’exprimer son opinion sur la crise en Ukraine.
Mais il y a un problème essentiel que le Secrétaire général n’a pas mentionné lors de la conférence de presse, et pour de bonnes raisons. Ban Ki-moon n’a pas mentionné l’impuissance et l’inaction de son organisation révélée à l’occasion des nombreux troubles et catastrophes dont il a dressé la liste. Lorsque les Premiers ministres et les chefs d’Etat rentreront dans leurs pays, Ban Ki-moon restera à la tête d’une organisation internationale qui depuis plus de trois ans, observe les bras croisés et horrifiée le massacre de civils syriens, près de 200.000 personnes ont été tuées, dont des milliers de femmes et d’enfants, selon la dernière évaluation de l’ONU. C’est une organisation qui n’a rien fait face à la politique d’annexion et d’expansion agressive pratiquée par le président russe Vladimir Poutine. Ban Ki-moon a été assez réaliste pour ne pas mentionner les blocages dans les négociations entre l’Iran avec le P5 + 1 concernant le programme nucléaire.
Cette année, comme lors de la dernière Assemblée générale, les diplomates et les analystes à New York supposent qu’une réunion pourrait avoir lieu en marge de la convention entre le président américain Barack Obama et le président iranien Hassan Rohani. Mais l’assemblée annuelle avait déjà été charmée l’année dernière par l’opération de séduction du président iranien. On avait cru dans les couloirs de l’ONU que l’Iran monterait en flèche pour abandonner sa politique têtue, et ferait un pas vers l’Occident en acceptant des concessions sur son programme nucléaire. Rouhani a rejeté à l’époque une tentative américaine d’organiser une rencontre avec Obama, craignant que les ayatollahs de Téhéran ne déconsidérent celui qui se accepterait de parler avec le diable de Washington. Le visage souriant de Rohani a depuis longtemps été oublié. L’assemblée actuelle se tient sur fond de déclarations hostiles des dirigeants iraniens à l’égard des Etats-Unis et des puissances occidentales et l’insultante provocation de l’ayatollah Khomeinei selon laquelle “les mains de l’Amérique sont sales ».
Les Iraniens sont indignés et reprochent aux États-Unis de mener des pourparlers de façon trop rigide. Les Américains, pour leur part, ont récemment exprimé leur frustration à l’égard de ce qu’ils considèrent comme l’entêtement iranien et le refus de faire des concessions importantes dans le domaine de leur programme nucléaire. Le président Obama hésite cette fois à rencontrer le président iranien dans un Manhattan occupé par des centaines de journalistes qui vont se précipiter pour voir dans cette rencontre avec Rouhani le signe d’accord pour faire de l’Iran un partenaire de la guerre contre l’État islamique.
Le Secrétaire général évite de parler de ce que les diplomates et les experts ont longtemps défini comme une «nouvelle guerre froide» entre la Russie et les Etats-Unis et les puissances occidentales – un développement qui a perturbé et fait reculer ces deux ou trois dernières années, le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU, seul organe de l’ONU qui a le pouvoir d’utiliser la force pour faire appliquer ses décisions, comme à l’époque des années 1950, lorsque l’Union soviétique a paralysé le Conseil de sécurité. De même, Ban Ki-moon n’a pas osé mentionner que dans la précédente assemblée, il n’y avait aucun signe de progrès de la réforme dans la structure et le fonctionnement du Conseil de sécurité.
Pour Israël, la prochaine Assemblée devrait être pour le moins très désagréable. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou n’a pas besoin d’un rappel des jours où en tant qu’’ambassadeur à l’ONU (1984-1988), il a vu que l’arène de l’ONU à New York n’est pas un endroit confortable pour Israël et qu’il ne doit s’attendre à aucune concession. Mais Netanyahou sera surpris de l’intensité de l’hostilité qu’il trouvera dans la salle de réunion des chefs d’Etat et dirigeants qui depuis le cessez-le feu avec le Hamas ne peuvent pas attendre pour utiliser l’étape de l’organisation internationale et pour exprimer leur colère contre Israël et l’accuser de destructions et de tueries lors de l’opération Bordure protectrice.
Ce n’est pas la faute de Ban Ki-moon. L’ONU ne peut agir et fonctionner qu’à partir d’un accord général entre la plupart des États membres. Le Conseil de sécurité ne peut approuver une décision et l’appliquer que sur la base de l’unité et de consensus parmi les cinq membres permanents, mais ce consensus est déjà devenu très rare au siège de l’ONU à New York. Il a fait une brève apparition la semaine dernière – sur des béquilles – dans la salle du Conseil de sécurité, permettant une déclaration commune que la maladie d’Ebola est une menace pour le monde et nécessite un effort mondial visant à y mettre fin. Mais alors que la 69e Assemblée annuelle mondiale est sur le point de s’ouvrir, un an seulement avant le 70e anniversaire de l’année des Nations Unies, New York ne montre aucun signe ou indice de retour rapide au consensus nécessaire.
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