Netanyahu n’est pas fini

Israël ne se gouverne pas avec des recommandations, mais avec du pouvoir

La politique israélienne vient de nous offrir un spectacle assez extraordinaire: un homme que beaucoup annonçaient politiquement condamné pourrait encore être celui qui détient les véritables clés du pouvoir.

Les chiffres, à première vue, semblent donner raison à Gadi Eisenkot. Soixante-sept députés le recommandent pour former le prochain gouvernement, contre quarante-six pour Benjamin Netanyahu. À Tel-Aviv, certains célèbrent déjà le changement. Dans les milieux politiques qui rêvent depuis des années de tourner la page Netanyahu, on voudrait presque organiser les festivités avant même que le président Herzog ait pris sa décision.

Mais il y a un petit problème : la politique n’est pas un concours de popularité, et une recommandation parlementaire n’est pas une coalition gouvernementale.

Netanyahu a perdu une bataille de recommandations. Il n’a pas nécessairement perdu la bataille du pouvoir.

C’est toute la différence.

Eisenkot dispose d’un avantage numérique impressionnant, mais cet avantage repose sur un assemblage politique particulièrement fragile. Son soutien dépasse les frontières traditionnelles de la politique israélienne et dépend notamment des partis arabes. Or, obtenir leur recommandation ne signifie pas automatiquement pouvoir gouverner avec eux. Plusieurs partenaires potentiels d’Eisenkot ont leurs propres lignes rouges, leurs propres ambitions et leurs propres contradictions.

Autrement dit, les 67 députés ne constituent pas nécessairement les 67 membres d’une majorité capable de gouverner ensemble.

Netanyahu, lui, connaît parfaitement ce jeu. Il a construit, défait et reconstruit des coalitions pendant des décennies. Il sait que les gouvernements israéliens ne se forment pas sur des déclarations d’intention, mais dans les négociations difficiles, les compromis et les rapports de force.

Le Likoud demeure le premier parti avec 27 sièges. Le bloc traditionnel de Netanyahu en compte 53. Ce n’est pas une majorité, mais ce n’est certainement pas une force politique négligeable.

Et surtout, les sept députés de Judaïsme unifié de la Torah, qui n’ont recommandé aucun candidat, représentent une variable importante. Leur position pourrait peser lourd dans les négociations à venir.

Il faut également poser une question que les partisans du changement préfèrent parfois éviter : quelle coalition Eisenkot peut-il réellement construire, et à quel prix politique ?

Gouverner exige davantage que de vouloir remplacer Netanyahu. Il faut s’entendre sur la sécurité, la défense, le service militaire, les relations avec Washington, la réforme judiciaire et l’avenir des relations entre les différentes composantes de la société israélienne.

Une coalition unie par son opposition à un homme n’est pas nécessairement une coalition unie par un projet pour le pays.

C’est précisément là que Netanyahu conserve une carte politique.

Son expérience, son réseau international et sa connaissance des mécanismes parlementaires restent des éléments importants dans une négociation où chaque siège peut faire la différence. Ses adversaires peuvent contester son bilan, ses choix et son style de gouvernement. Mais ils ne peuvent pas simplement effacer le poids politique qu’il conserve.

Cela ne signifie pas que son retour est assuré. Loin de là. Il doit encore trouver les soutiens nécessaires, tandis qu’Eisenkot dispose d’une véritable occasion historique.

Mais ceux qui annoncent déjà la fin de Netanyahu confondent peut-être leur désir politique avec la réalité institutionnelle.

Le président Herzog a annoncé qu’il prendrait sa décision dimanche 8 novembre. La suite dépendra moins des applaudissements que des accords parlementaires.

En Israël, on ne devient pas Premier ministre parce que ses adversaires ont réussi à réunir 67 signatures. On le devient lorsqu’on est capable de faire fonctionner une majorité.

Et Netanyahu n’a certainement pas dit son dernier mot.

Note factuelle : les 67 recommandations d’Eisenkot contre 46 pour Netanyahu sont confirmées par le président Herzog le 5 novembre. Herzog a lui-même souligné que les veto croisés entre les partis rendent incertaine la capacité réelle de chacun à former une coalition. 

J. Vercors

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