l’OTAN islamique déjà mis à l’épreuve
Dans la nuit de dimanche, les Houthis ont mené une nouvelle offensive contre l’Arabie saoudite, ciblant la base militaire de Sharurah au sud du royaume par des tirs de missiles balistiques et des attaques de drones. Parallèlement, leur infanterie a progressé jusqu’au détroit stratégique de Bab-el-Mandeb, s’emparant du port de Mokha ainsi que de l’île de Perim. Cette avancée renforce leur contrôle sur une voie maritime cruciale reliant la mer Rouge au golfe d’Aden.
Cette escalade intervient dans un contexte déjà tendu, où l’Arabie saoudite subit des attaques depuis plusieurs fronts, y compris des frappes sur ses propres villes, une évolution notable par rapport aux affrontements limités aux zones montagneuses du Yémen. Trois jours avant cette offensive, des drones lancés depuis l’Irak ont forcé Riyad à suspendre le pompage de pétrole via le pipeline Est-Ouest, essentiel pour l’exportation saoudienne vers la mer Rouge après la fermeture du détroit d’Ormuz. Cette situation a conduit à une chute historique de la production pétrolière saoudienne, atteignant son plus bas niveau depuis 1990.
Face à ces menaces, l’Arabie saoudite a signé cet été deux accords majeurs : une coalition maritime regroupant une quinzaine de pays pour sécuriser la navigation en mer Rouge, et un pacte de défense collective avec la Turquie et le Pakistan, surnommé « l’OTAN islamique ». Pourtant, ces alliances restent pour l’instant largement théoriques. Malgré la déclaration d’un comité militaire conjoint et la présence de forces pakistanaises, aucune intervention militaire significative n’a encore eu lieu pour contrer les Houthis, qui continuent d’étendre leur influence.
Le conflit yéménite, qui dure depuis plus d’une décennie, a vu les Houthis, initialement un mouvement local zaïdite, se transformer en une force armée dotée de missiles balistiques et d’un arsenal naval. Soutenus par l’Iran, ils ont intensifié leurs attaques contre l’Arabie saoudite, notamment en ciblant les infrastructures pétrolières et les ports, menaçant ainsi la stabilité énergétique mondiale. Leur contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb, par lequel transite une part importante du commerce maritime mondial, accroît considérablement les risques d’une crise régionale majeure.
Malgré les efforts diplomatiques, notamment la réconciliation entre Riyad et Téhéran en 2023 et les tentatives de négociations avec les Houthis, la situation reste explosive. L’Arabie saoudite, épuisée par des années de conflit coûteux tant sur le plan humain que financier, peine à contenir cette insurrection qui remet en cause sa sécurité intérieure et son rôle régional. L’absence d’un soutien militaire direct des États-Unis, malgré une assistance en renseignement, complique davantage la réponse saoudienne.
La progression des Houthis vers le détroit de Bab-el-Mandeb et leurs attaques répétées sur le territoire saoudien illustrent une dégradation significative de la sécurité dans la région. Cette dynamique menace non seulement la stabilité du Moyen-Orient mais aussi l’approvisionnement énergétique mondial, accentuant les tensions géopolitiques. Riyad se trouve face à un défi majeur, avec des alliances encore peu opérationnelles et une capacité militaire mise à rude épreuve, dans un contexte où chaque avancée des Houthis pourrait avoir des répercussions globales.
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