Netanyahou bloque un accord secret avec la Syrie

Médias saoudiens contre bureau du Premier ministre israélien : depuis plusieurs jours, un bras de fer médiatique s’est engagé autour d’un prétendu accord de sécurité entre Israël et la Syrie. Selon le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, Jérusalem et Damas, sous médiation américaine, auraient finalisé ces derniers mois un document écrit, prêt à être signé en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. Le texte aurait dû être paraphé par le président syrien Ahmad al-Sharaa et par Binyamin Netanyahou – lequel aurait, à la dernière minute, refusé d’apposer sa signature.

Le bureau du Premier ministre a réagi avec une vigueur inhabituelle, parlant de « fake news absolue ». Oui, concède-t-on à Jérusalem, il y a bien eu des contacts, des réunions et des échanges sous l’égide de Washington, dans la continuité des efforts américains engagés depuis la chute du régime Assad et l’arrivée au pouvoir d’un leadership syrien intérimaire. Mais, insiste le cabinet, « aucun accord ni même ébauche de compromis n’a été conclu » avec la Syrie. Côté syrien, des responsables officiels démentent également l’existence d’un document déjà calé, tout en reconnaissant des discussions indirectes sur un cadre de désescalade.

Derrière la querelle de narration, le contexte est explosif. Depuis décembre 2024, Damas accuse Israël d’avoir mené plus d’un millier de frappes aériennes et plus de 400 incursions terrestres dans le sud du pays. L’objectif affiché de Tsahal : empêcher le redéploiement de milices pro-iraniennes et de cellules djihadistes le long du plateau du Golan. Sur le terrain, des sources syriennes parlent toutefois d’une présence israélienne bien plus structurée : plus de 460 kilomètres carrés passeraient désormais sous contrôle effectif de l’État hébreu, avec la création d’au moins neuf bases et postes d’observation, ainsi que la prise de contrôle du mont Hermon côté syrien, un point haut stratégique pour surveiller la Syrie comme le Liban.

Dans ce contexte, le projet d’accord évoqué par la presse saoudienne prend un relief particulier. Il s’agirait, selon les fuites, d’un arrangement de sécurité visant à stabiliser la frontière : limitation des opérations israéliennes au-delà d’une certaine profondeur, engagement syrien à tenir les groupes armés à distance, renforcement d’une zone tampon le long de la ligne de séparation. Pour Netanyahou, habitué à défendre une posture de fermeté maximale, la perspective de signer un texte avec un régime syrien encore fragile et contesté, alors que l’armée contrôle de nouveaux secteurs en territoire voisin, comporte des risques politiques évidents.

À Damas, l’équation n’est pas moins délicate. Le président intérimaire al-Sharaa tente de reconstruire un État en ruines tout en revendiquant le retrait israélien des zones occupées depuis la chute d’Assad. Dans le même temps, Washington avance vers un allègement significatif des sanctions : le Congrès discute l’intégration d’une levée majeure de mesures punitives dans une vaste loi de politique de défense, après plusieurs suspensions partielles liées à la transition syrienne. Pour les responsables syriens, obtenir un engagement clair sur la frontière sud tout en sécurisant l’ouverture économique occidentale est devenu un enjeu central.

Que l’on donne foi ou non au récit d’Al-Sharq Al-Awsat, l’épisode révèle la fragilité d’un moment charnière. Israël veut conserver sa liberté d’action face à l’Iran et au Hezbollah, tout en évitant de s’enliser durablement en territoire syrien. Le nouveau pouvoir de Damas cherche à reprendre le contrôle de son territoire sans compromettre l’arrivée d’investissements étrangers. Les États-Unis, enfin, tentent de transformer leurs succès diplomatiques en architecture de sécurité durable. Dans ce triangle, toute fuite sur un « quasi-accord » non signé devient un instrument de pression. Reste à savoir si, derrière les démentis catégoriques, les parties finiront par transformer ces contacts discrets en arrangement formel, ou si la frontière syro-israélienne restera livrée à la logique des faits accomplis.

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David

Il faut etre naïf pour Serrer la main à un ancien terroriste élevé depuis sa naissance dans une culture haineuse des juifs et d’Israël en pensant qu’il s’est converti pour être fréquentable .c’est comme croire un crocodile qui vous dit qu’il est devenu végétarien

Asher Cohen

La Syrie actuelle n’est qu’une nation artificielle créée par la France. La famille Assad l’a tenue en laisse pendant 50 ans et exploitée par une dictature sanguinaire. Al Sharaa n’arrivera pas à la tenir unifiée démocratiquement, et elle finira dépecée sinon fragmentée. Pour des raisons sécuritaires évidentes, Israël cherche à garder le contrôle sur le sud de ce pays, notamment la zone peuplée de druzes.