Mashaal jure que Gaza ne sera jamais placée sous tutelle

Khaled Mashaal, figure emblématique du Hamas et chef de son bureau politique à l’étranger, a envoyé un message sans ambiguïté à la communauté internationale. Dans un discours vidéo diffusé samedi lors d’une conférence organisée à Istanbul, intitulée « Engagement envers Jérusalem », il a martelé que le mouvement islamiste ne déposerait pas les armes, ne renoncerait pas à son contrôle de la bande de Gaza et n’accepterait aucune forme de tutelle ou de supervision étrangère sur le territoire, y compris celle d’une force internationale de stabilisation.

Ces déclarations interviennent alors qu’un plan de paix pour Gaza, porté par le président américain Donald Trump et endossé par le Conseil de sécurité de l’ONU, prévoit précisément l’inverse : démilitarisation progressive de l’enclave, retrait par étapes des forces israéliennes et déploiement d’une Force internationale de stabilisation (FIS) chargée de surveiller le cessez-le-feu, d’accompagner le désarmement du Hamas et de soutenir une future autorité de transition palestinienne. Dans l’architecture de ce plan, les organisations armées doivent céder la place à une force de police palestinienne « professionnalisée » et à une direction technocratique, sous l’œil d’un « Board of Peace » piloté par Washington.

Mashaal, lui, a présenté la « résistance » et son arsenal comme une ligne rouge. « Protéger le projet de résistance et les armes de la résistance est le droit de notre peuple à se défendre. La résistance et ses armes font l’honneur et la fierté de la nation », a-t-il lancé, en appelant le monde arabe et musulman à rejeter toute tentative de « mise sous tutelle » de Gaza. Il a insisté sur le fait que seuls les Palestiniens décideraient qui gouverne l’enclave, répétant que Gaza ne serait pas administrée par une force internationale, ni par une instance façonnée à l’étranger.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi en diffusant des extraits de ce discours et en dénonçant une « contradiction directe avec les termes fondamentaux du plan de paix ». Selon Jérusalem, en proclamant qu’il ne désarmera jamais, le Hamas « se moque » de l’initiative américaine et montre qu’il n’a pas l’intention de se transformer en acteur politique civil. Des responsables israéliens soulignent que la démilitarisation de Gaza est une condition centrale du plan : sans renoncement à l’arsenal du Hamas, ni force internationale crédible sur le terrain, aucun retrait significatif de Tsahal ne pourrait être envisagé sans risque majeur pour la sécurité d’Israël.

Cette prise de position ne surprend pas les observateurs du mouvement islamiste. Depuis des années, Mashaal répète que les armes constituent pour le Hamas un « patrimoine stratégique » non négociable. En 2024 déjà, lors d’une autre conférence en Turquie, il avait appelé à la reprise des attentats-suicides contre Israël, s’inscrivant dans une logique de confrontation prolongée plutôt que dans celle d’un compromis politique. Le discours d’Istanbul s’insère dans cette continuité : le Hamas accepte éventuellement des arrangements tactiques — cessez-le-feu, échanges de prisonniers, pauses humanitaires — mais refuse d’envisager la fin de sa branche armée.

Le lieu du discours n’est pas anodin. La Turquie héberge régulièrement des conférences pro-Hamas, alors même qu’Ankara est cité parmi les pays susceptibles de contribuer, au moins sur le papier, à la future force internationale de stabilisation. Cette situation illustre le paradoxe du plan Trump : certains États pressentis pour participer à la sécurisation de Gaza entretiennent des liens politiques, parfois idéologiques, avec les dirigeants du Hamas. De quoi nourrir le scepticisme d’Israël, qui s’oppose déjà à la présence de contingents turcs au sein de la FIS.

En toile de fond de ce discours, un autre élément attire l’attention : le sort du demi-frère de Mashaal, Mofid Abdel Kader (ou Mofid Abdul Qadir). Condamné en 2009 aux États-Unis à vingt ans de prison pour financement du Hamas, il a été libéré par anticipation fin 2024 et transféré en détention ouverte ou en foyer de transition. Sa remise en liberté, largement commentée au Moyen-Orient, a été perçue par certains comme un possible signal lié aux négociations sur les otages et au nouveau cadre politique autour de Gaza, même si Washington ne l’a jamais présenté officiellement comme un geste de concession.

La séquence actuelle met en lumière un fossé profond : d’un côté, un plan international qui parie sur une démilitarisation encadrée de Gaza et une transition vers une gouvernance plus consensuelle ; de l’autre, un Hamas qui réaffirme, par la voix de Khaled Mashaal, que ses armes et son contrôle sur l’enclave ne sont pas négociables. Dans ce contexte, les déclarations d’Istanbul sonnent comme un avertissement : tant que le mouvement islamiste considérera son arsenal comme intouchable et qu’Israël exigera au contraire un désarmement préalable, le cœur du plan de paix restera bloqué, quelles que soient les résolutions votées à New York ou les conférences organisées à Istanbul.

Jforum.fr

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

3 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Madredios

L’opération « Colère de Dieu II » ne doit plus se faire attendre.

Mecha-002
Adam

C’est bien que le Hamas affiche sa vraie nature. Vaut mieux cela que les fausses déclarations apaisantes que les occidentaux gobent bêtement.
En même temps ce type de discours tenu à Ankara disqualifie la Turquie qui veut être au centre de la solution à Gaza.
L’essentiel pour Israel, et cela nous rassure, est que le Hamas n’a plus la force militaire qu’il avait avant le 7 octobre, et qu’il aura beaucoup de mal à la reconstituer à l’intérieur du territoire gazaoui. Idem pour ses tunnels qui sont en cours de destruction massive.
Les déclaration de Meshal sont donc de la rhétorique de terroristes qui ont perdu. Le Hamas n’est pas détruit mais sa nocivité a été grandement diminuée.

Shirah

Mais, qu’on liquide ce type et qu’on n’en parle plus!