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Covid-19: pour prendre de vitesse l’épidémie, il faudra du numérique et des enquêteurs sanitaires

Guy-Philippe Goldstein Le 27 avr. 2020

Régler la crise sanitaire est une course de vitesse. Et la mise en place d’outils numériques assistant les enquêteurs sanitaires s’avère être notre meilleure issue. Cette mise en place exige de l’audace et de l’éthique. Une tribune de Guy-Philippe Goldstein, enseignant à l’Ecole de Guerre Economique.

En synthèse :

  • « Test/Trace/Isolate » : chacune de ces trois étapes est importante pour battre de vitesse l’épidémie et l’étouffer. Ce triptyque est au cœur d’un processus qui inclut d’autres éléments (ex : distanciation sociale, masques pour tous, mesure quotidienne de l’épidémie). Tous sont nécessaires pour éviter un re-confinement à domicile. Et tous doivent être exécutés efficacement.
  • Les caractéristiques épidémiologiques du Covid-19, en particulier le nombre très important de transmissions a – ou pré-symptomatiques (>40%) oblige à identifier très rapidement plus de 90% des contacts d’un patient Covid+.
  • Tous les plans évoquent la création de bataillon d’enquêteurs pour le « tracing ». Mais une équipe de chercheurs d’Oxford a démontré qu’avec des moyens manuels, en raison des délais, il faudra retrouver plus de 95% des contacts d’un patient pour espérer contenir l’épidémie. C’est un énorme défi. La conclusion : seuls des moyens numériques ambitieux assistant ces bataillons permettront de relever le défi d’un « tracing » vaste, efficace et ultra-rapide. C’est ce que demande en France un appel lancé entre-autre par le Président d’honneur du Comité National d’Ethique.
  • Le modèle évoqué en France ressemble à l’application volontaire « TraceTogether » utilisé à Singapour. De l’aveux des autorités de Singapour, c’est un échec. Elle n’a que 12-20% d’utilisateurs sur la base du volontariat, alors qu’il en faudrait plus de 75% pour espérer qu’elle soit efficace.
  • La Corée utilise des applications mais surtout la fusion big data de données provenant de sources multiples, qui assistent les enquêteurs. Ces données sont exploitées sans le consentement des utilisateurs. Elles ont permis de réduire le temps de « tracing » des contacts d’un jour à 10 minutes.
  • Ces modèles peuvent être développées par une nation technologiquement avancée comme la France ou, si nécessaire, achetés dans un premier temps à des pays alliés partageant nos valeurs, par exemple en Asie (sous couvert d’accès aux codes sources et d’audit de cybersécurité)
  • Ces modèles sont parfaitement légaux : RGPD autorise la collecte de données sans consentement pour des missions d’intérêt public – y compris, de manière explicite, en cas d’épidémie.
  • En tant que mission d’intérêt public, ces modèles doivent être gérés directement par les autorités sanitaires. C’est que souligne Shoshanna Zuboff, auteur de « l’ère du capitalisme de surveillance », et qui dans le contexte épidémique, géré par les autorités sanitaires, demande à rendre ces moyens numériques « obligatoires comme les vaccins ».
  • Les risques de dérapages sont limités. A la différence de la lutte contre le terrorisme, la victoire contre l’épidémie peut être identifiés par des seuils claires comme le nombre de nouveaux cas quotidien. Les protocoles de tracing peuvent être stoppés alors sur le champ. On peut également ajouter une date butoir d’utilisation.
  • Dans les faits, la Corée n’a pas connu de réduction des libertés publiques. Au contraire : elle a pu tenir des élections législatives parfaitement libres le 15 avril. La participation y a été la plus élevée depuis 28 ans. Non seulement le tracing de masse n’a pas réduit l’exercice démocratique, mais il a contribué à le maintenir pleinement vivant. Les cafés et restaurants à Séoul sont ouverts, ainsi d’ailleurs que les frontières. L’espace Schengen, suspendu dans les faits, devrait s’en inspirer.
  • Il n’y a pas d’alternatives à date. Le dépistage de masse est vital et aide à soigner en amont, mais seul, il ne permet pas bien de contenir l’épidémie : l’Allemagne a presque autant de cas par habitant que la France. Des politiques multiples de déconfinement puis de re-confinement risquent d’emmener l’économie vers une grande dépression et finiront par être refusée par la population. L’étude de l’Inserm/Institut Pasteur montre que laisser libre cours au virus mènera à une catastrophe sanitaire de magnitude comparable à la deuxième guerre mondiale en France.
  • Les parlementaires qui vont débattre des usages numériques ne peuvent juste supprimer la partie « trace ». Ils doivent venir avec des contre-propositions. Celles-ci doivent être modélisées afin de disposer de pistes sérieuses et peser réellement. Le gouvernement à son tour doit montrer plus de transparence sur les modèles et hypothèses utilisées.
  • Des plans « B » doivent être étudiés et testés : en cas d’échec du modèle « TraceTogether » en France, des alternatives techniques doivent être immédiatement opérationnelles.
  • Chaque jour de perdu représente plusieurs fois le nombre de mort du Bataclan en 2015. Les parlementaires et responsables politiques & administratifs doivent éviter le fiasco collectif du 1er tour des municipales 2020. Ils peuvent tous en être surs : les futurs commissions d’enquêtes et associations de familles de victimes les regardent déjà.

Cet article reproduit et augmente une tribune publiée initialement sur le site de La Vigie, site d’analyse stratégique.

On ne peut plus traiter le volet numérique de la pandémie à la sauvette

Il y a cinq semaines déjà, le 11 mars dernier, nous publions déjà dans ces lignes les points clés d’une réponse inspirés des bons résultats alors déjà observables en Corée du Sud et à Taïwan, en compléments des gestes barrières et des premiers éléments de distanciation sociale déjà appliqués en France. Cette réponse mettait en avant (1) les tests ; mais au-delà, (2) le volet numérique, offrant une gamme large de solutions tant dans le repérage que dans le télétravail, qui n’existaient pas encore dans les plans épidémiques datant de plus d’une dizaine d’années ; et enfin (3) un tempo rapide, et donc audacieux, afin de prendre de vitesse une épidémie sinon foudroyante.  Prise à la gorge parce que trop lente à réagir, la France a finalement appliquée des mesures sévères de confinement six jours plus tard, bien plus strictes et limitant les libertés individuelles que ce qui existe en Corée du Sud. L’objectif était de se donner du temps, justement. Et pour finalement mettre en place « une approche proche de la Corée du Sud », comme l’a dit Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique[i].

Or, d’après le gouvernement de Corée du Sud lui-même, une part importante de la réponse tient dans le volet numérique[ii], appliquée justement de manière rapide et audacieuse. Et pourtant, le volet numérique a été traité quasiment « à la sauvette », tant dans la déclaration du Président du lundi 13/4 que surtout dans l’intervention du Premier Ministre du 19/4, pourtant sinon relativement détaillée et exhaustive. On sent bien qu’un cadre politique rigide est en train d’être défini tant par le sommet de l’exécutif que par les partis d’opposition, l’ensemble concourant au même groupthink idéologique incapable de se questionner alors qu’une crise sans précédent frappe l’Europe, et qui était déjà à l’origine du fiasco du premier tour des municipales.

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Source: https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/data-big-et-smart/traking-tracing-covid-19-france-indispensable-guy-philippe-goldstein/

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