« De Gaulle m’a appris une chose: c’est au moment où les autres vous croient faible qu’il faut crier le plus fort et faire preuve d’intransigeance! » Ce souvenir de Pierre Mauroy est-il devenu la devise de Vladimir Poutine?
Et pour cause, son bilan est nettement moins flatteur. Même les enquêtes d’opinion russes montrent que la population n’est pas satisfaite de la situation économique. « L’indicateur est encore très bas », décrypte Christopher Dembik, chef économiste de Saxo Banque.
Voici en trois graphiques la preuve que le bilan de Vladimir Poutine est meilleur à l’international qu’à l’intérieur de ses frontières.
Un PIB qui ne relève pas la tête
Une superpuissance, la Russie? Peut-être d’un point de vue militaire, ou géopolitique, mais pas sur le plan économique. La figure de Vladimir Poutine ferait presque oublier la faiblesse de son PIB, à peine supérieur à celui de l’Espagne.
Il suffit d’additionner ceux des Pays-Bas et de la Suisse, respectivement peuplés de 17 et 8 millions d’habitants, pour dépasser celui généré par 144 millions de Russes.
Certes, le rouble a été très fortement dévalué par rapport à l’euro en 2015 et 2016, mais tout le système financier russe est malade, avec des faillites de banques se sont accumulées ces dernières années. D’après le Figaro, 166 des 581 banques du pays ont fini 2016 avec des pertes. Cette paralysie est inquiétante pour le financement des investissements des ménages et des entreprises…
Des exportations hyper dépendantes des hydrocarbures
C’est ici que l’échec de Vladimir Poutine est le plus flagrant. Presque 20 ans après son arrivée au pouvoir, l’économie russe est toujours aussi dépendante des exportations d’hydrocarbures. L’industrie russe n’a réussi à s’imposer dans aucun secteur stratégique.
« Ce genre de dépendance aux hydrocarbures se rencontre généralement dans les petits pays. C’est très rare pour un pays aussi grand que la Russie », estime Christopher Dembik, de Saxo Banque.
Un pays en développement de taille comparable comme le Brésil est aussi très dépendant de ses matières premières (soja, café, maïs, sucre, minerais…), mais il a quand même développé une véritable industrie agroalimentaire, ou un champion de l’aéronautique comme Embraer.
« C’est sur ce point que Poutine m’a le plus déçu, admet Christopher Dembik. Quand il est arrivé au pouvoir pour reprendre en main l’oligarchie des privatisations sauvages, j’ai naïvement espéré. En fait, il a remplacé cette oligarchie par une autre. »
Une crise démographique encore sans réponse
L’avenir économique de la Russie est d’autant plus sombre que son président n’est pas parvenu à enrayer le déclin démographique de son pays. Il y a pourtant urgence. Les projections d’Eurostat, l’organisme de statistique européen, prévoit une baisse rapide de la population, comme le montrent ces projections.
De 2013 à 2050, elle passerait de 143 à 116 millions de personnes, une chute vertigineuse de 18%. Dans le même laps de temps, l’Allemagne passerait de 82 à 74 millions (-9%), et la France de 65 à 74 millions (+13%).
La Russie n’est pas seulement affligée par le vieillissement de sa population. Elle souffre d’un faible taux de natalité croisé avec une mortalité plus élevée qu’en Europe, notamment à cause de l’alcoolisme. Enfin, entre la crise économique et la pression de l’extrême droite, l’afflux d’immigrés ne permet pas de compenser cette tendance.
Or, une population en déclin implique une consommation qui suivra la même pente.
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