Canada : à 83 ans, elle encourage sa synagogue à parrainer des réfugiés syriens

L’intrépide Suzanne Klein n’hésite pas à aller cogner aux portes, même à celle d’une mosquée voisine

CourtoisieCourtoisie« Suzanne Klein et son mari, Martin. »

Un emploi d’été comme secrétaire au Jewish Family Service dans les années 50 à Rhode Island (États-Unis) allait s’avérer être pour Suzanne Klein « l’expérience la plus formatrice » de sa vie. En plus de lui faire découvrir « l’extraordinaire capacité de résilience de l’être humain », elle allait en garder pour le reste de sa vie une profonde humanité envers la cause des réfugiés.

« Notre rôle était d’accueillir le plus possible de réfugiés juifs qui avaient vécu 6 ans d’enfer en Europe. Cette expérience m’a changée. Je n’ai jamais oublié après », a confié Mme Klein, 83 ans, lors d’une entrevue accordée à i24news.

Aujourd’hui au Canada et membre active de la synagogue Darchei Noam de Toronto, l’octogénaire est animée par un tout nouveau projet : parrainer l’installation de réfugiés syriens au Canada et, surtout, encourager d’autres groupes à faire comme elle et sa congrégation.

Au printemps dernier, lorsque Naomi Alboim, également membre de la communauté reconstructionniste, a approché le Comité pour la Justice de la synagogue avec l’idée de parrainage, Mme Klein a tout de suite accepté. « Notre synagogue est connue pour son implication pour la justice. C’était un enjeu naturel pour nous », souligne-t-elle.

Fin-juin, le comité d’administration de Darchei Noam approuvait par un vote à l’unanimité le projet de parrainer une famille de réfugiés syriens, faisant d’elle la première synagogue de Toronto à se lancer dans une telle entreprise.

Le gouvernement fédéral a promis en janvier dernier de réinstaller 10.000 Syriens au cours des trois prochaines années au Canada et est présentement à la recherche de parrains bénévoles, tels que les communautés religieuses, les associations de la société civile et les individus.

Et cet appel du gouvernement ne pouvait pas davantage faire sens pour Mme Klein et les membres de sa congrégation. “Nous les Juifs avons été réfugiés durant des siècles. Cet appel résonnait tellement en nous, nous savons ce que c’est que d’être dans les limbes”, explique-t-elle, avant de poursuivre, “nous avons donc tout de suite créé un comité d’aide aux réfugiés syriens, que mon mari et moi co-présidons, à la synagogue”.

Mme Alboim, également membre du comité exécutif de Lifeline Syria, une association qui accueille les réfugiés syriens dans la région de Toronto, a d’ailleurs rappelé à ce sujet l’histoire de la communauté juive canadienne dans l’accueil des réfugiés. “La communauté juive a joué un rôle remarquable dans [l’intégration] des boat people vietnamiens », a-t-elle confié dans une entrevue au quotidien Canadian Jewish News, en référence aux 60.000 réfugiés du Vietnam, du Cambodge et du Laos arrivés au Canada en 1979. Le Temple Emanu-El de Toronto avait alors présenté la majorité des demandes de parrainage à l’époque auprès d’un groupe local basé au Canada, a-t-elle relaté.

30.000$ en un mois

Prévenue à l’avance des détails du programme gouvernemental de parrainage en raison de l’implication de Mme Alboim auprès des réfugiés syriens, Mme Klein et son comité ont pu commencer leurs efforts dès le mois de juin.

«Nous n’avons pas lancé un appel très public, nous avons seulement approché nos amis. Et voilà, 7 personnes motivées ont amassé en un mois 30.000$ ».

Cette somme sera suffisante pour assurer toutes les dépenses de la famille syrienne pendant leur première année à Toronto. « Nous voulons qu’ils aient tout ce dont ils auront besoin à leur arrivée. Des membres du comité vont les accueillir, leur trouver un appartement, leur fournir des meubles, leur donner des cours de langue, trouver des écoles pour les enfants et même leur assurer un suivi psychologique. Certaines de ces personnes ont été emprisonnées et ont subi de graves traumatismes », explique Mme Klein.

La famille qu’ils souhaitent parrainer a même déjà été identifiée. « Il s’agit d’une famille syrienne kurde avec de jeunes enfants vivant dans une situation précaire et dangereuse au Liban. Les enfants ne peuvent pas aller à l’école et doivent travailler. Ils ont de la famille à Toronto, ce qui facilitera leur intégration », explique-t-elle, en précisant espérer que le gouvernement approuve leur dossier de sécurité et qu’ils seront en mesure de les accueillir d’ici six à huit mois.

« Une femme et des enfants réfugiés se réchauffent autour d’un feu de camp, le 8 janvier 2015 dans le village de Wazzani, près de la frontière entre le Liban et Israël (Mahmoud Zayat/AFP) »

Outre les questions bureaucratiques, un autre défi est apparu au cours de leurs démarches : la barrière de la langue. Loin de les avoir découragés, ils sont allés cogner à la porte…d’une mosquée locale, avec laquelle Darchei Noam a souvent partagé des repas et travaillé pour des projets œcuméniques.

« Nous sommes jumelés avec la mosquée Islamic Foundation of Toronto et nous sommes donc allés leur parler. Elle fait partie du comité pour aider les réfugiés syriens. Alors ils ont dit bien sûr, nous pouvons vous aider avec la langue », raconte la dynamique retraitée. « Nous les avons remerciés et leur avons dit : « trouvez-vous une famille à parrainer, vous aussi »».

Car Mme Klein est littéralement en mission. Elle ose espérer que la visibilité accordée à leur initiative donnera l’idée à d’autres de faire de même et se réjouit déjà que l’Université Rierson ait annoncé vouloir parrainer des réfugiés syriens.

« Il faut que les autres embarquent aussi. Ce que nous faisons consiste à faire en sorte que des êtres humains répondent à d’autres êtres humains. Qu’ils soient chrétiens, juifs, arabes, bouddhistes, ça n’a aucune importance! S’il y avait eu un tel programme gouvernemental à l’époque pour accueillir des réfugiés palestiniens, nous aurions fait de même!», lance-t-elle.

Mme Klein rappelle qu’il y a 4 millions de réfugiés syriens dispersés à travers le monde qui ont besoin d’être réinstallés ailleurs. Avec un brin d’auto-dérision, elle fait remarquer : « si une vieille dame de 83 ans comme moi peut arriver avec des amis à récolter 30.000$ en un mois, d’autres peuvent le faire aussi! ».

Et elle conclut : «travailler avec des réfugiés dans ma jeunesse fut pour moi un privilège, je souhaite à tout le monde de s’impliquer auprès d’eux, au moins une fois dans leur vie ».

Hélène Bérubé est une journaliste indépendante basée à Montréal.

i24news.tv

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