
25 ans plus tard: les avertissements restent d’actualité
par Lawrence Kadish
Vendredi a marqué le 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui ont brisé la quiétude de l’Amérique et changé le cours du monde. Un quart de siècle plus tard, il est important de se souvenir que les signes avant-coureurs étaient bien présents dans les années, voire même dans les heures, qui ont précédé ce jour tragique.
Ce matin-là, les avions détournés percutèrent le World Trade Center, le Pentagone et un champ en Pennsylvanie (un vol contraint d’atterrir, vraisemblablement à destination de Washington, D.C.). Les lecteurs du Washington Times ouvraient un article qui commençait par une question qui, quelques heures plus tard, n’allait plus rester théorique : imaginez un restaurant populaire de Times Square, à Manhattan, réduit en miettes par une bombe terroriste. Les Américains exigeraient-ils une action immédiate et énergique pour empêcher une nouvelle attaque, ou préféreraient-ils se lamenter afin de ne pas perpétuer un « cycle de violence » ?
La réponse était évidente. L’opinion publique l’était tout autant. L’article rapportait les résultats d’un sondage bipartisan commandé quelques semaines auparavant par l’American Middle East Information Network (AMEIN), une organisation que j’ai fondée. 73 % des Américains estimaient qu’Israël, lorsqu’il disposait de preuves qu’un attentat-suicide ou une autre attaque était planifiée contre ses citoyens, était justifié de tenter d’éliminer un terroriste. Une majorité qualifiait les attaques palestiniennes de terrorisme ou de guerre, et non de « résistance ». Le sondage montrait que les Américains comprenaient une distinction que trop d’éditoriaux préféraient ignorer: éliminer ceux qui pourraient tuer, avant qu’ils ne tuent, relève de la légitime défense.
L’essai allait plus loin. Il évoquait l’attentat suicide contre l’ USS Cole qui avait failli couler le navire de guerre. Il soutenait qu’une nation assiégée a le droit d’utiliser la force pour protéger sa population et que Washington devrait traiter la lutte d’Israël contre le terrorisme comme les États-Unis traiteraient la leur. Le sondage a révélé que les deux tiers des Américains approuvaient cette position.
Cette chronique a été rédigée, corrigée et mise en page avant même le décollage du premier avion des attentats du 11 septembre à l’aéroport Logan de Boston. Elle a été publiée le 11 septembre 2001. La date figurant sur la page et la date du calendrier étaient identiques. L’histoire a révélé l’événement que personne, parmi ceux qui composaient cette page, ne pouvait prévoir, mais qu’ils redoutaient déjà.
Il ne s’agit pas d’affirmer qu’un article d’opinion ait prédit la méthode ou l’heure de l’attaque. Ce que cet ouvrage a démontré — et ce que de nombreux analystes, enquêteurs et citoyens avaient tenté de faire les années précédentes — c’est que le terrorisme islamique radical n’était pas une querelle lointaine entre enfants. Il s’agissait d’une campagne de terreur contre les civils, déjà visible à Nairobi, Dar es Salaam, Aden, et même dans les cafés et les bus d’Israël. Ce terrorisme ne resterait pas confiné à l’étranger par simple courtoisie envers les idéaux américains.
Dans les années précédant 2001, j’ai investi des ressources personnelles dans ce type d’analyse : sondages, recherches et débats publics visant à imposer une conclusion dérangeante. À la veille du 11 septembre, ce travail alertait sur la menace réelle et croissante que représentait l’intégrisme islamiste pour les États-Unis. Il s’agissait d’une voix parmi d’autres. La plupart ont été reléguées au second plan.
Avec le recul, nous savons aujourd’hui combien ces avertissements étaient justifiés. Près de 3 000 personnes ont été assassinées. Aéroports, guerres, services de renseignement et sentiment de sécurité des Américains ont été profondément bouleversés. Avant même que la situation ne se soit apaisée, le pays s’interrogeait sur les causes d’une telle défaillance catastrophique du renseignement et des politiques publiques. Une partie de la réponse remonte à Pearl Harbor, le matin du 7 décembre 1941 : certains avaient perçu la menace. Leurs analyses n’ont cependant jamais permis de la prévenir.
Vingt-cinq ans, c’est assez long pour tirer quelques leçons qui restent pertinentes.
La première qualité est l’humilité. Une analyse pertinente — bien financée, clairement argumentée, voire publiée en première page d’un journal national le matin même de l’événement — peut rester lettre morte si la volonté politique fait défaut pour la transmettre aux décideurs. L’information n’est pas synonyme d’urgence.
Le second point est la responsabilité. Ceux qui produisent des évaluations sérieuses des menaces, qu’il s’agisse de terrorisme, de cybervulnérabilité, de risques biologiques ou du prochain instrument de destruction massive que nous n’avons pas encore nommé, méritent d’être entendus avant la catastrophe, et non de recevoir une plaque commémorative après coup. Une société libre n’est pas tenue d’écouter tous les alarmistes. Elle le doit aux plus sérieux.
Le troisième point est la clarté morale. La tribune a posé un constat instinctif aux Américains : les civils sous le feu ennemi ne sont pas tenus d’attendre que le poseur de bombe ait déjà choisi son restaurant. Cette question fait débat depuis une génération. Elle n’en est pas moins pertinente. Une nation incapable de prononcer le mot « terrorisme » lorsque les faits l’exigent ne pourra pas empêcher la prochaine attaque à temps.
Ces leçons ne sont pas des vestiges de 2001. Elles sont un avertissement quant à ce qui va suivre.
Le dossier iranien est le plus dangereux et inachevé de l’ère post-11 septembre. Depuis une génération, le régime de Téhéran arme, entraîne et finance ses alliés – le Hezbollah, le Hamas, le Jihad islamique palestinien et les Houthis – tout en poursuivant l’acquisition de la capacité qui rendrait ses menaces irrévocables. Un Iran nucléaire ne mettrait pas seulement Israël en danger. Il soumettrait les villes américaines, les forces américaines et les voies énergétiques mondiales à un chantage qu’aucun régime de sanctions n’a jamais réussi à lever.
Le président Donald Trump a eu raison de considérer cette situation comme intolérable. Sa position est restée constante et claire : l’Iran ne doit en aucun cas posséder l’arme nucléaire. Il ne s’agit pas d’un slogan, mais de la condition minimale de la sécurité américaine en ce siècle. Une diplomatie qui permet de gagner du temps en vue de l’enrichissement de l’uranium n’est pas une stratégie. L’ambiguïté n’est pas une force. La leçon du 11 septembre est que le coût de l’attente de « preuves irréfutables » qui se transforme en catastrophe est un coût qu’un pays libre se refuse à payer deux fois.
L’hommage dû aux morts ne se limite pas au souvenir. Il exige aussi une vigilance constante. Il y a un quart de siècle, des ressources considérables ont été investies dans l’identification d’une menace, malgré les avertissements que beaucoup auraient préféré ignorer. Ces avertissements sont restés lettre morte. Nous ne pouvons nous permettre de reproduire cette erreur stratégique, ni face aux ennemis que nous connaissons déjà, ni face à un Iran doté de l’arme nucléaire que nous avons encore le temps d’empêcher.
Lawrence Kadish siège au conseil d’administration du Gatestone Institute.
(Photo : Robert Giroux/Getty Images)
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