Jérusalem: les Saoudiens plus sionistes que les Juifs ?

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Le texte qu’on lira ci-dessous illustre la révolution à laquelle nous assistons actuellement dans les rapports entre Israël et le monde arabe.

Sous les yeux incrédules de l’Europe, qui constitue aujourd’hui, comme l’a récemment rappelé Caroline Glick, le principal ennemi d’Israël sur la scène internationale, une partie importante du monde arabo-musulman – constituée essentiellement de l’Arabie saoudite et de certains pays du camp sunnite modéré – est en train de se rapprocher d’Israël, pour lutter contre la menace de l’axe iranien (lequel comprend aussi le Hamas et le Hezbollah).

Ce rapprochement n’est toutefois pas purement de circonstance, car il repose aussi sur la compréhension que les intérêts à long terme du monde musulman sont de faire la paix avec Israël.

Mais, c’est là tout l’intérêt et la nouveauté radicale du texte qu’on lira ci-dessous, cette paix ne repose pas sur l’équation fallacieuse “la paix contre les territoires” et sur le renoncement d’Israël à son identité et à sa souveraineté, comme l’ont promue pendant des décennies les promoteurs du rapprochement avec l’OLP et l’Autorité palestinienne anti-juive.

La paix véritable repose au contraire sur la reconnaissance par les pays arabes de l’identité juive et de la souveraineté juive sur Jérusalem et sur sa patrie historique (Judée-Samarie).

En lisant le texte d’Abdelmahid Hakim, on constate que son analyse est véritablement révolutionnaire (elle participe de la “révolution copernicienne” que connaît le Moyen-Orient, pour reprendre l’expression de Michel Gurfinkiel), et qu’elle s’inscrit en faux contre celle des principaux représentants de la gauche israélienne et juive.

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Donald Trump au Kottel

Ces derniers, on le sait, ont dénoncé la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël (voir notamment les prises de position d’Alain Finkielkraut, de Frédéric Encel, ou encore celle de Denis Charbit, pour ne citer que des exemples francophones. Voir aussi l’analyse de Freddy Eytan sur le thème des intellectuels israéliens de gauche). La déclaration de Donald Trump et les développements politiques qui l’ont précédée dans la région n’ont pas seulement bouleversé l’équilibre géopolitique moyen-oriental, en redessinant les frontières entre un camp anti-israélien et anti-juif mené par l’Iran et ses alliés et par l’Europe d’une part, et un camp sunnite modéré allié d’Israël et des Etats-Unis d’autre part. Ils ont également vu émerger un clivage au sein même du monde juif, entre les Juifs fidèles à Jérusalem et les membres d’une “gauche” juive égarée, nostalgique d’Obama, qui préfère avoir tort avec Abbas et Macron qu’avoir raison avec Trump et Nétanyahou…

Dans ces circonstances, on peut légitimement affirmer que les intellectuels et dirigeants arabes modérés, comme Abdelhamid Hakim ou comme le Prince héritier saoudien Mohammed bin Salman, sont aujourd’hui plus sionistes que beaucoup de Juifs. Car, comme à l’époque de Hannoukah, les “Juifs hellénisants” actuels, séduits par la culture européenne dominante, préfèrent oublier Jérusalem et s’allier aux ennemis du peuple Juif. Il n’y a “rien de nouveau sous le soleil”, comme disait le Roi Salomon.

Pierre Lurçat

Le chercheur saoudien Abdelhamid Hakim : Jérusalem comme capitale israélienne avec une gestion palestinienne des lieux saints musulmans est une chance de paix ; les Arabes doivent changer leur mentalité anti-juive

Le chercheur saoudien Abdelhamid Hakim, directeur général du Centre d’études stratégiques et juridiques du Moyen-Orient basé à Djeddah, a déclaré que les Arabes devaient reconnaître que Jérusalem est « aussi sainte pour les Juifs que La Mecque et Médine le sont pour les musulmans ». S’exprimant sur la chaîne télévisée Al-Hurra, Hakim a déclaré qu’Israël est « le produit du droit historique des Juifs dans la région ».

Concernant la récente déclaration sur Jérusalem du président américain Trump, Hakim a déclaré qu’elle pourrait renfermer une chance de paix, si Jérusalem était la capitale d’Israël et si les Palestiniens recevaient la gestion des lieux saints musulmans. Il a suggéré que l’Arabie saoudite pourrait aider les Palestiniens dans cette tâche, et appelé les Arabes à ne pas manquer cette occasion, comme ils l’ont fait à plusieurs reprises par le passé. Hakim a également appelé les Arabes à changer leur culture de haine envers les Juifs, qui domine leurs programmes scolaires et leurs chaires islamiques. L’interview a été diffusée le 15 décembre 2017. Extraits :

Abdelhamid Hakim : Nous devons comprendre et reconnaître que Jérusalem constitue un symbole religieux pour les Juifs, et qu’elle est aussi sainte pour eux que la Mecque et Médine le sont pour les musulmans. Par conséquent, la mentalité arabe doit être affranchie de l’héritage nassérien, et de l’héritage de l’islam politique – tant sunnite que chiite – qui, pour des raisons purement politiques, ont semé la culture de haine envers les Juifs et du déni de leurs droits historiques dans la région. […]

Les Juifs font partie intégrante de l’histoire de cette région, et Israël est le produit du droit historique des Juifs dans la région. Si nous rencontrons les négociateurs israéliens, en les considérant comme des partenaires de l’histoire de cette région – qu’il s’agisse des dirigeants, des peuples ou des élites intellectuelles – cela facilitera les choses et apportera une certaine flexibilité au processus de paix. Quant à Jérusalem, je pense que nous devons être réalistes et nous adapter à la nouvelle réalité politique de la région. Si les négociateurs palestiniens, soutenus par les Arabes, parviennent à obtenir seulement une partie de Jérusalem-Est, et si les lieux saints sont placés sous administration palestinienne – je pense que ce sera le plus grand gain politique que les négociateurs israéliens [sic] peuvent réaliser aujourd’hui. Nous devons tirer des leçons de notre histoire pour pouvoir prendre la bonne décision. Au cours du conflit israélo-arabe, les Arabes ont manqué beaucoup d’occasions. […]

Les Arabes ont manqué des occasions – depuis 1956, lorsque le défunt président Gamal Abdel Nasser a pris les choses en main… Ils ont perdu l’occasion d’avoir un Etat palestinien en Cisjordanie et à Jérusalem. Lorsque Habib Bourguiba a présenté son initiative de paix, sous le slogan « Prenez [ce que vous pouvez] et demandez [le reste plus tard] », il a été qualifié de traître et son initiative a été rejetée. Lorsque le président Sadate a lancé le processus de paix, lui aussi a été considéré comme un traître. Gamal Abdel Nasser a utilisé le conflit arabo-israélien comme un moyen pour légitimer sa dictature en Egypte, et comme une arme pour combattre ses rivaux dans la région. L’islam politique, bien qu’il soit en total désaccord avec les régimes nassériens, acquiesçait sur un point : faire de la paix un crime. […]

Quand l’Arabie saoudite a lancé l’initiative de paix arabe, elle a malheureusement été dédaignée. Je pense que la décision de Trump renferme une chance de paix, mais que les Palestiniens doivent unir leurs rangs et prendre les décisions dans le cadre palestinien. […]

Lorsque j’ai visité Ramallah, j’ai parlé à des gens dans un centre de recherche palestinien. Je leur ai dit : Vous ne savez pas vous adresser aux citoyens israéliens. Votre rhétorique ne convainc pas les citoyens israéliens que la paix leur procurera la légitimité et la sécurité dans la région. Les Israéliens ressentent la culture de la haine parmi leurs voisins. Cela a commencé avec Gamal Abdel Nasser, qui a affirmé que nous jetterons les Juifs à la mer, et cela continue jusqu’à ce jour – dans les programmes scolaires, depuis les chaires des mosquées et dans les symposiums culturels. La culture de la haine envers les Juifs est profondément enracinée dans notre monde arabe. […]

Si nous, Arabes, souhaitons vraiment trouver un règlement, nous devons faire notre examen [de conscience] et mener une révolution idéologique dans la façon dont nous traitons les Juifs. Les Juifs font partie intégrante de la région… Les vies humaines sont plus chères aux yeux d’Allah que des étendues de terre.

Si nous, Arabes, souhaitons vraiment trouver un règlement, nous devons faire notre examen [de conscience] et mener une révolution idéologique dans la façon dont nous traitons les Juifs. Nous devrions croire que les Juifs font partie intégrante de la région, et que la paix est le meilleur moyen de libérer la région de décennies de conflits qui ont épuisé la région et appauvri ses ressources. […]

Ma proposition est que l’Arabie saoudite, en tant que pays doté de ressources économiques substantielles, et en tant que pays ayant une importante expérience historique dans la gestion des lieux saints, peut aider à gérer les lieux saints [à Jérusalem], si nous parvenons à placer les lieux saints sous administration palestinienne, tandis que Jérusalem sera la capitale d’Israël. Si nous parvenons à en arriver là, je crois que cela constituera un gain politique pour la lutte palestinienne, et en retour, il y aura un Etat palestinien, et les souffrances des Palestiniens à Gaza, à Ramallah et dans les camps de réfugiés à l’étranger prendront fin. Mon opinion est que les vies humaines sont plus chères aux yeux d’Allah que des étendues de terre.

memri.fr

3 COMMENTS

  1. Monsieur Abdelhamid Hakim est une personne éclairée et courageuse d’avoir oser dire cela.
    Restera-t-il assez de lumière pour éclairer son entourage ?

  2. @Djebali
    L’état palestinien en fait n’est pas en “cisjordanie ” qui est de facto la Judée et la Samarie juive mais en transjordanie , c’est-à-dire de l’autre côté du Jourdain qui est tout simplement la frontière idéale .

  3. c’est la plus grande et la plus belle nouvelle depuis 70 ans. La sagesse des leaders saoudiens sauvera Israel et tout le moyen-orient.
    -reconnaissance d’Israel comme un état juif avec capitale Jérusalem.
    – gestion des lieux saints musulmans par le nouvel état palestinien avec l’aide de l’Arabie Saoudite
    – la palestine aménagée entre la bande de gaza(anciennement Egyptienne) et le maximum possible en Judée- Samarie (cisjordanie) conséquence de négociations bilatérales.
    la naissance des problèmes israelo-palestiniens est le fait du refus arabe en 1948, partition en deux états vivant cote à cote. et surtout la décision de jeter tous les juifs à la mer.
    les nombreuses guerres qui se sont succédés ont changé le potentiel physionomique du futur état palestinien.
    cette région du monde est si petite (22000 km2) . le conflit n’est à la vérité plus théologique que territoriale.
    que vienne enfin la paix!!!

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