Vezot HabeRakha: une Bénédiction en héritage

La paracha Vezot Haberakha est lue à Simha Torah (office du matin), la fête qui clôture toutes les solennités du mois de Tichri. 

« Et voici la bénédiction (habérakha) par laquelle Moïse, l’homme de Dieu (Ich HaElohim), bénit les Enfants d’Israël avant sa mort » (Dt, 33, 1 et 4).

On l’aura relevé, la dernière des parachiot, celle qui conclut le Pentateuque mais qui met également la Thora en perspective d’avenir, prend la forme non pas d’un message testamentaire quelconque mais d’une bénédiction, d’une bérakha dont on découvrira le contenu dans la paracha elle même.
Ici l’on s’attachera surtout à l’idée même de bérakha, à ce qu’elle signifie et à ce qu’elle implique. Ce qui nécessite un éclairage du mot lui même et de sa racine hébraïque.

Bérakha est construit sur la racine BRKh que l’on peut lire Be-RakhRaKh désigne ce qui est souple, ductile, le contraire du dur, du réfractaire, du KaChé. En ce sens déjà, le propre d’une bérakha qui mérite ce nom est de pouvoir être diffusée et transmise au plus grand nombre.

Plus les destinataires d’une bénédiction de cette sorte sont nombreux – et là il s’agit d’un peuple – plus l’émetteur de la bérakha, si l’on pouvait ainsi le qualifier, doit se placer à une intense hauteur spirituelle. C’est pourquoi elle émane à ce moment de Moïse, certes, mais considéré sous l’aspect de « l’homme de Dieu » (Ich HaElohim). D’autres significations afférentes à cette racine, fort riche, apparaissent lorsque l’on en recombine les lettres.

Elles se retrouvent alors dans les mots suivants dont il n’est pas besoin de souligner les incidences vitales. D’abord dans BiRKaïM: les genoux et de manière générale les articulations du corps. Quel rapport avec l’interprétation précédente?

Un corps est bel et bien un organisme non pas fait d’un seul tenant, rigide comme un tronc d’arbre, mais en effet articulé, depuis les vertèbres cervicales et la colonne vertébrale, jusqu’aux poignets, aux genoux, aux chevilles et aux orteils. Ce qui autorise l’accomplissement de gestes et de mouvements aussi ajustés que possibles à un terrain et à une situation donnés. Signe que la vie l’habite. Or précisément, un tel organisme devient à son tour rigide lorsque la vie l’a quitté.

C’est pourquoi la BeRaKha que Moïse adresse au peuple d’Israël concerne un peuple constitué non par une unique entité mais par douze rameaux (CHeVaTim) dont nombre de parachiot précédentes, notamment au début du Livre des Nombres, décrivent l’organisation, les spécificités mais encore les connexions et les interactions.

On sera attentif enfin à la combinaison des lettres de cette racine en RKhB, racine que l’on retrouve dans le mot ReKhEB, le char, qui est lui même un véhicule « composé » et articulé avec un attelage d’un ou plusieurs chevaux et d’un équipage, mais surtout dans le mot MerKaBa qui désigne, comme au début de la prophétie d’Ezéchiel, les organisations célestes, celles qui confèrent leur cohérence et leur vitalité à la Création tout entière.

Demeure une question: pourquoi la Thora se conclut-elle précisément par une BeRakha? Là encore: par souci de cohérence puisqu’elle avait commencé par la Berakha divine: « Et le Créateur créa l’Homme à son image, à l’Image du Créateur il le créa, mâle et femelle il les créa. Le Créateur les bénit (VayBaReKh otam Elohim) » Gn, 1, 27, 28).

Cette bénédiction générique, l’Humain l’avait altérée par sa transgression au Jardin d’Eden. Une transgression dont le Créateur indique sans tarder les voies de sa réparation, et une réparation non pas instantanée mais qui exige le relais des générations.

Par sa propre bénédiction, Moïse, présenté comme « homme de Dieu », ce qui reprend les termes des versets de la toute première paracha de la Thora, donne à comprendre que par sa propre existence, par les épreuves qu’il a traversées, par les intimes transformations de sa conscience, le peuple d’Israël, a su reconstituer les termes de la Bénédiction initiale, celle qui constitue le viatique de l’Humain créé à l’image ou si l’on préfère corrélativement au Créateur. Arrivé au terme de la Traversée du désert, le peuple d’Israël a restitué à l’humanité entière le viatique primordial dont elle n’a pas toujours compris quelle valeur de vie il recélait.

L’Histoire humaine va dès lors se poursuivre mais placée désormais et à nouveau sous le signe ineffaçable de cette bénédiction créatrice.

Raphaël DRAI Z’l  mis à jour le 24/9/21

 

Au cœur de la Joie (vidéo)

Dans la dernière parasha de Bereshit Yaacov s’adresse et bénit ses douze enfants, pères des douze tribus d’Israël. Isaac a aussi béni ses enfants avant de rejoindre son père.

Ici nous apprenons que Moïse, avant de se séparer de ce peuple qu’il a guidé pendant 40 ans, auquel il a si souvent adressé des paroles de réprimande et pour lequel il a si souvent demandé la Clémence divine, va une fois de plus dans le livre du Deutéronome mettre tout le peuple en garde en attirant son attention sur le fait que l’inconscience amène à la transgression et que la transgression entraîne l’éloignement de la Shekhina et qu’au lieu de bénéficier sans fin des bienfaits de D. le peuple se retrouvera exilé.

D’autre part, si peu de temps avant sa disparition (il s’agit de la dernière journée de Moïse) il ne veut pas être celui qui sème la honte, la réprimande et la rancune à un point tel qu’à cause d’une parole superflue des hommes puissent se rebeller et s’éloigner.

Depuis Moïse, aucun homme n’a eu le mérite d’être l’homme de D. Et des discours de Moïse nous apprenons que même si nous avons eu avec notre prochain des sujets de discorde il est toujours nécessaire de se quitter avec des paroles de bénédictions, de reconnaissance et d’amour.

C’est d’ailleurs ainsi que la longue prière quotidienne (le shemonaessré ou amida) a été construite : on commence à prier en reconnaissant par 3 bénédictions la suprématie et la sainteté divines, puis nous récitons nos demandes et nous terminons par 3 autres bénédictions de reconnaissance et de remerciements dont la bénédiction pontificale.

Depuis le moment où Moïse a reçu son « rôle » de pasteur ou de berger du peuple, Moïse vit dans la proximité du divin plus que n’importe quel prophète à tel point qu’il est appelé dans la Torah : homme de D. ou איש האלקים et les commentateurs définissent ainsi : de la plante des pieds à la ceinture il était : איש mais, de la ceinture au sommet de la tête il était entièrement consacré à D.

Et nous savons cela déjà car, ainsi que nous l’avons vu dans Bamidbar, A’haron et Myriam ont critiqué כביכול  leur frère de ne plus avoir de vie « conjugale » avec sa femme pour pouvoir être toujours en état de pureté  et pouvoir se consacrer à D à n’importe quel moment.

Au moment où Moïse bénit les enfants d’Israël, D. va s’unir à Moïse et va y ajouter la bénédiction de la Tora de manière à ce que la Tora soit toujours le guide du peuple et que cette triple bénédiction soit si puissante qu’elle assurera la pérennité du peuple d’Israël.

La Torah exprime en deux phrases l’actualité et la permanence de l’événement capital qui se produit : Moïse meurt dans un baiser de D. nul ne connaît l’endroit de sa sépulture jusqu’à aujourd’hui cet aujourd’hui qui dure depuis plus de 3 500 ans.

Cet aujourd’hui qui fait que nous constatons que depuis tout ce temps, nous avons eu un Moïse ben Maïmon dont le génie philosophique et mystique n’a eu d’égal véritable mais, tel que Moshé Rabbénou, nous n’avons pu célébrer aucun homme tel cet homme ânavmeod tel qu’il est écrit : והאיש משה ענו מאוד.

Et aujourd’hui, nous savons que la grandeur de Moïse et l’exception qui caractérisa sa vie ont fait que : ולא קם נביא עוד בישראל כמשה אשר ידעו ה’  פנים אל פנים.

Se pose ici une remarque à propos du verbe ladaât connaître. Nous savons que lorsqu’on emploie dans la Torah le verbe connaître cela signifie connaître intimement, soit Moïse était si intime avec D. qu’il avait sa libre expression avec Lui ce qui nous ramène aux commentaires qui précisent que Moïse était en quelque sorte » l’époux de D ».

Caroline Elishéva REBOUH

 

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