Vengeance familiale ou dérive mentale

L’affaire du double meurtre de Yokneam Illit continue de bouleverser l’opinion publique israélienne. Ce qui avait d’abord été interprété comme un drame familial suivi d’un suicide s’est progressivement transformé, au fil de l’enquête, en un dossier d’assassinat prémédité, commis avec méthode et sang-froid. Le parquet a inculpé un homme de 43 ans, résident de Mevaseret Zion, pour le meurtre de deux membres de sa famille : Moshe Sabhat et sa mère, Anyesh Sabhat.

Les premiers éléments découverts dans l’appartement avaient pourtant orienté les enquêteurs vers une autre hypothèse. Les corps de la mère et du fils, retrouvés l’un sur l’autre, portaient des traces évidentes de violence, mais l’absence apparente de tiers avait renforcé la thèse d’un meurtre suivi d’un suicide. Cette version s’est fissurée lorsque les experts médico-légaux ont constaté qu’aucune arme du crime ne se trouvait sur place.

Le basculement de l’enquête est survenu avec la découverte d’un détail infime mais décisif : une unique goutte de sang retrouvée dans une pièce de l’appartement. Les analyses ADN ont établi que cette trace n’appartenait à aucune des victimes. Elle correspondait en revanche à l’ADN du neveu de Moshe Sabhat, déjà connu des services de police. À partir de ce moment, la piste criminelle s’est imposée.

Selon l’acte d’accusation, le meurtre aurait été préparé avec soin. Le jour des faits, l’homme se serait rendu à Jérusalem pour y acheter un couteau, avant de prendre les transports en commun en direction du nord du pays. Arrivé à Yokneam, il aurait patienté dans l’appartement familial, attendant le retour de Moshe Sabhat après sa journée de travail.

Le scénario décrit par les enquêteurs est particulièrement glaçant. Lorsque Moshe est entré sous la douche, l’accusé se serait positionné à proximité. À la sortie de la salle de bain, il l’aurait attaqué au couteau. Alertée par les bruits de la lutte, la mère serait intervenue pour tenter de sauver son fils, avant d’être elle aussi mortellement poignardée. L’homme aurait ensuite disposé le corps de la mère sur celui de son fils, renforçant l’illusion d’un drame interne.

Après le double meurtre, le suspect aurait conservé un comportement d’un calme remarquable. Il s’est changé, a enfilé des vêtements propres qu’il avait pris soin d’apporter avec lui, puis a quitté les lieux sans précipitation. Sur le trajet du retour vers Mevaseret Zion, il se serait débarrassé de l’arme du crime et des vêtements ensanglantés dans différentes poubelles afin de ne laisser aucune trace.

Arrêté trois jours plus tard à son domicile, l’homme a reconnu les faits lors de son interrogatoire, fournissant un récit détaillé de la journée. Il a affirmé avoir agi par vengeance, évoquant des abus sexuels présumés commis par des membres de sa famille. Les enquêteurs soupçonnent par ailleurs que ce passage à l’acte n’était peut-être pas isolé et qu’une autre personne aurait pu être visée.

Un nouvel élément majeur est venu complexifier l’affaire : un rapport psychiatrique présenté au tribunal a déclaré l’accusé juridiquement inapte à ce stade. Cette évaluation signifie qu’il serait actuellement incapable de comprendre pleinement la procédure ou d’y participer. La défense a demandé la suspension temporaire du procès afin de permettre une hospitalisation et des examens approfondis. La justice devra désormais déterminer si l’homme était pleinement conscient de la nature criminelle de ses actes au moment des faits.

 

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