VaYiChLah: “Jacob lutta avec lui jusqu’au lever du jour”- vidéo

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« Il donna aussi un ordre au deuxième, ainsi qu’au troisième, ainsi qu’à tous ceux qui suivaient les troupeaux, en disant: « C’est de cette façon que vous parlerez à Esaü quand vous le rencontrerez. Et vous direz: «Voici ton serviteur (âvdékha) Jacob est aussi derrière nous ». Car Il disait: « Je veux l’apaiser (akapéra panaiv) par le présent (béminh’a) qui me précède et ensuite je me présenterai à lui, peut être me pardonnera t-il (oulay yssa panay) » (Gn, 32, 20, 21).

« Jacob resta seul et un homme lutta avec lui jusqu’au lever du jour » ( Gn, 32, 25). 

8 Vayichla'h 14Texre

Dans la Tradition juive et dans la symbolique d’Israël, le troisième des Patriarches est associé à deux valeurs suprêmes: la vérité et la paix.

C’est surtout à la paix (émeth) et au chalom que s’attachent les versets précités car toute valeur a son envers, si ce n’est sa caricature.

A l’évidence, sachant que son frère aux intentions fratricides s’approche de lui et de son camp, Jacob choisit une stratégie: celle de l’apaisement. Il s’agit de savoir si celle-ci ne confine pas au désistement, à la négation de soi.

Cette attitude là résulte d’une analyse psychologique et de l’évaluation d’un rapport de forces. Pour Jacob, il est compréhensible qu’Esaü nourrisse à son encontre ressentiment et haine puisque ce frère unique se sent dépossédé du droit d’aînesse et qu’il se montre inconsolable.

Certes, la rétrogradation qui s’en est suivie dans l’ordre de la bénédiction abrahamique n’a pas empêché Esaü de prospérer matériellement et de devenir une sorte de superpuissance.

Jacob ne peut pas ne pas en tenir compte. Lui, est resté homme d’études, pasteur de troupeaux et ne dispose d’aucune force armée, à moins de considérer que ses fils pourraient en tenir lieu.

D’où, après avoir opté pour la stratégie de l’apaisement, la tactique à laquelle il se résout: séduire, si ce n’est circonvenir son frère en adoptant une attitude de soumission et en le subornant par une série de présents successifs censés le faire revenir à de meilleurs sentiments.

Jacob entend préserver sa vie et surtout celle des siens. Mais ne tombe t-il pas d’un excès dans l’autre au point d’aboutir à l’inverse de l’objectif qu’il se proposait d’atteindre?

D’abord comment peut-il imaginer qu’Esaü, chef de guerre, se fasse dupe de ce stratagème, qu’il ne se tienne pas sur ses gardes, sachant comment Jacob, de son point de vue, a déjà abusé de son état de faiblesse? Cependant, et avant même que de rencontrer son frère, Jacob va devoir faire face à une nouvelle épreuve.

Une fois son dispositif de survie mis en place, et alors qu’en pleine nuit il s’apprêtait à franchir le gué du Yabbok, une créature innommée se saisit de lui, le contraint au combat, et cela jusqu’à l’aube. Le dénouement de cet affrontement énigmatique consistera dans le changement de nom du patriarche qui désormais sera nommé Israël.

D’où cette interrogation: pourquoi ces deux événement sont –ils juxtaposés comme si le second avait été causé par le premier?

Une des réponses possibles tient dans le mot âvdekha: « ton serviteur » initialement employé par Jacob pour s’adresser à son frère et tenter de se le concilier. Ce mot a été jugé excessif tant sur le plan relationnel que sur le plan spirituel.

Sur le plan relationnel, il semble déjuger la position de Jacob en tant que frère aîné de droit depuis que Esaü s’est désisté de cette aînesse et des obligations qui lui sont attachées dans les conditions que l’on sait. Une chose est l’humilité, la ânava, autre chose la négation de soi, l’abaissement, l’auto-humiliation, à la limite du masochisme lequel ne peut que provoquer le sadisme du protagoniste.

Tout se passe donc à cet instant comme si Jacob doutait rétrospectivement de sa légitimité et reconnaissait Esaü de facto comme l’aîné véritable. De ce fait même, déroger à ce niveau conduit à déroger au niveau spirituel. Jacob qui se déclare serviteur d’Esaü est-il encore le serviteur de l’Eternel, dispensateur de la bénédiction générique dévolue à l’Humain (Haadam) et qu’Abraham doit relever?

C’est sans doute pourquoi, en cette phase de doute, le combat qui s’ensuit et qui contraint Jacob à se dépasser constitue t-il la preuve que la peur n’est pas le mobile de son attitude; qu’il ne redoute aucun affrontement. Quiconque l’y engage – être humain ou créature autre – n’est pas maître d’en déterminer l’issue.

C’est en ce sens que Jacob est nommé Israël. Au terme de ce combat, ce n’est plus Jacob mais bel et bien Israël, l’aîné confirmé en son aînesse, que rencontrera Esaü, qui désormais doit se le tenir pour dit.

 

Raphaël Draï zatsal, 4 décembre 2014

 

VayiShLah 2018: Le peuple se forme- vidéo

 

 

Depuis le départ de Jacob de la maison paternelle, 34 années se sont écoulées : 14 à la Yéshiva, et puis 20 dans la maison de Laban.

Vivre dans le voisinage de cet homme, impie, idolâtre et zélé dans la tromperie ne fut pas chose facile.

Pourtant, avoir été le témoin des vies sans reproche de hautes figures telles qu’Abraham et Isaac, et, avoir ainsi étudier la Torah 46 années en Yéshiva (32 ans précédemment puis 14 années avant d’aller à Haran) aura permis à Jacob de se forger une âme, un caractère à toute épreuve.

Persuadée que la colère d’Esaü est passée mais ne sachant qui envoyer pour demander à Yaâkov de revenir, Rivka charge de cette délicate mission Devorah, sa propre nourrice, femme méritante et déjà très âgée qui décèdera en chemin.

Les Sages révèlent dans leurs commentaires que Jacob mena une vie si exemplaire malgré l’environnement dans lequel il évoluait chez Laban qu’il accumula un nombre incroyable de “mitsvoth” !

La Tradition enseigne qu’à chaque “bonne action” faite, un ange (un ange “bon”) naît en revanche, à chaque “mauvaise action” un ange mauvais naît et, lorsque naît un bon ange, celui-ci précède la personne là où elle se dirige alors qu’un mauvais ange restera accolé à la personne et la poussera en avant (un peu comme s’il voulait l’empêcher d’aller ailleurs)…

Avant la rencontre fatale entre Yaâkov et Esaü (Essav), une armée de 40 millions de bons anges qui précède l’arrivée de Yaâkov vers son frère !!! C’est dire combien de mérites le Patriarche avait amassés !

Il le dit d’ailleurs tout simplement à son frère : j’ai habité chez Laban dit-il ! En s’exprimant ainsi : עם לבן גרתי. Rashi donne ici deux sens sur le mot habiter.

Le premier est que Jacob s’est senti étranger toutes ces années et il donne aussi un sens allusif au fait que Yaâkov utilise “garti” qui inversé désigne les “tariag” mitsvoth ou 613 commandements que la Torah contient.

Mais voici un hidoush : de même qu’en français il existe deux termes pour indiquer le lieu de résidence d’une personne : une habitation ou une demeure le deuxième terme évoquant une notion de durée ou de quelque chose de définitif, de même, en hébreu, il existe deux verbes לגור lagour (habiter) et לדור ladour (demeurer).

Le premier de ces deux verbes : lagour, contient une notion de quelque chose d’une durée de temps variable, et même d’étranger tout comme le mot “guer” גר, qui signifie à la fois étranger et converti.

En revanche, le deuxième verbe d’où vient le mot “dira” : appartement transmet une notion de quelque chose de définitif : c’est une demeure ! C’est ainsi que lorsque viendra le Mashiah, nous serons définitivement chez nous et on n’utilisera plus que le verbe “ladour”.

Pour les animaux, leurs “logis” se nomment “dir” dir nemalim est une fourmilière par exemple, etc….

HaShem adresse un reproche à Jacob : pourquoi s’adresse-t-il à Esaü en le qualifiant de “adoni” mon seigneur, en s’humiliant devant lui ? Pourquoi a-t-il offert autant de biens à son frère ?

Par vision prophétique, enseigne le midrash Yaâkov sut que tout ce qu’il offrirait à Essav serait rendu à Israël, au temps de la révélation du Mashiah !

Le cadeau de Jacob à Esaü : la Torah donne le détail de toutes les bêtes que Jacob a “sélectionnées” pour être offertes à son frère pour que l’étudiant en Torah comprenne quelque chose de très important. Hidoush :

En effet, plusieurs points importants éveillent notre attention plus particulièrement comme ceci : les “Pères” de la Nation juive étaient des bergers de petit bétail soit : chèvres et boucs, brebis et béliers.

En quelle quantité Jacob donne-t-il du petit bétail à son frère ? (200 + 20) x 2 = 440. Quelle en est la signification ?

En guematriya, 440 s’écrit avec les deux lettres ת + ם ce qui forme le mot “tam” qui signifie parfait (tam ou temima sont de la même racine) tout comme la Torah : ne dit-on pas Torat HaShem temima ? soit la Torah d’Hashem est parfaite………….

Avec ce présent, Jacob a voulu signifier à son frère que même dans les choses les plus insignifiantes telles qu’un cadeau, l’esprit de la Torah devait prévaloir.

D’autre part, il y a un double sens dans le nombre total des bêtes offertes : en évoquant le don de 30 chamelles, la Torah ne dénombre pas le nombre des tous jeunes chameaux qui ne sont pas encore sevrés, nous avons donc : (200+20)x2 + 30+40+10+20+10= 550 bêtes soit le mot “nesher” (aigle) pour faire allusion à l’aigle qu’Esaü tenait toujours sur son poing.

Mais, en ajoutant les 30 jeunes chameaux nous observons une allusion de plus : 580 soit le mot âshir riche : Jacob est immensément riche et peut se permettre d’offrir un cadeau aussi somptueux.

Bien que dans des commentaires d’années précédentes, nous ayons évoqué le fameux baiser d’Esaü nous apporterons ici un sens plus ésotérique qui est celui-ci : Esaü voulut embrasser Yaâkov sur la gorge.

L’interprétation classique est qu’il voulut le mordre jusqu’au sang mais il existe un sens caché qu’enseigne le midrash : le schéma corporel est ainsi séparé : la tête, le cou et le corps. Se raccrochent à la tête les sphères supérieures, la spiritualité, la kedousha (sainteté)….

Le cou/ la gorge serait plutôt la représentation du Temple qui représente le moyen de communication privilégié de l’homme pour adresser ses suppliques à D.

Le cou renferme deux tubes l’un pour l’air (la trachée artère) et l’autre pour laisser passer la nourriture (le tube digestif) c’est-à-dire l’un pour le spirituel (comme les tefiloth) et l’autre pour la matérialité (comme les sacrifices).

En mordant Yaâkov à la gorge, l’intention n’est pas uniquement de tuer son frère mais sur un plan beaucoup plus élevé : d’opérer une rupture, une cassure, entre l’homme et son Créateur! Entre D2 et l’Assemblée d’Israël (kenesseth Israël).

Ce ne fut qu’une préfiguration de ce qui arriva par la suite, par l’intermédiaire des descendants d’Esaü/Edom avec la destruction du Second Temple par Titus et l’armée romaine qui tenta de détruire jusqu’aux plus profondes racines du peuple Juif !

Le chapitre 36 avec ses 43 versets donne toute la lignée d’Esaü. L’on pourrait s’interroger sur l’importance de connaître les noms de tous ces descendants du frère de Jacob ????

La réponse à cette question vient de l’auteur du “Sentier de Rectitude” Rabbi Moshé Hayim Luzzatto qui voit dans ces données généalogiques un seul intérêt : le nom du dernier de tous ces descendants d’Edom est “HADAR” qui fait allusion au cédrat (פרי עץ ההדר) et parce que le cédrat est un fruit dont la forme rappelle celle du cœur c’est-à-dire le cœur du peuple d’Israël soit la noblesse (atsilouth) et par ce biais c’est une allusion à la venue du Mashiah, d’après le grand philosophe italien, cette généalogie en 43 versets concernent toutes les dynasties jusqu’à la fin des temps.

Si déjà nous traitons ici de Guéoula (Rédemption), il serait intéressant de relever un enseignement du Pirké dé Rabbi Eliézer qui dévoile l’un des secrets de la guéoula en se concentrant sur les 5 lettres finales de l’alphabet : le khaf sofith, le mem sofith, le noun sofith, le pé sofith et le tsadik sofith……..

Pour le Pirké dé Rabbi Eliézer, chacune de ces lettres représente l’un des niveaux de la Rédemption (guéoula) ainsi le khaf est le premier stade lorsqu’HaShem ordonne à Abram “lekh-lekha” ce fut le premier mouvement.

Le deuxième est le mem par lequel Isaac est libéré des Pelishtim : lekh méîmanou
Le troisième est le noun se raccordant à Yaâkov lorsqu’il prononce 4 fois le mot “na” (s’il te plaît) à Esaü.

Le quatrième se rapporte avec la lettre pé à nos ancêtres en Egypte lorsqu’HaShem dit “pakadeti”.

Le cinquième se rapporte à la décision d’HaShem de dévoiler le Mashiah avec la lettre tsadik lorsqu’IL dira “tsémah (qui est aussi l’un des noms du Messie) hitsmahti lakhem”!!!!

Caroline Elishéva REBOUH

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