Un Congrès à majorité démocrate ciblera Israël ainsi que Trump.
La déroute du Parti républicain par un parti désormais dominé par des ennemis « progressistes » et antisémites de l’État juif aura des répercussions négatives sur l’alliance ainsi que sur la vie juive américaine.
Jonathan S. Tobin
Ce fut une grande soirée pour les Démocrates et une très mauvaise soirée pour le président américain Donald Trump et le Parti républicain. Mais au milieu du chaos provoqué par la vague bleue qui a fait basculer le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, les Républicains ne sont pas les seuls grands perdants. Les partisans de l’alliance américano-israélienne et ceux qui s’inquiètent de la montée de l’antisémitisme qui a déferlé sur le monde ces trois dernières années devraient être tout aussi préoccupés par les conséquences de la victoire des Démocrates aux élections de mi-mandat.
Les conséquences du retour des démocrates au pouvoir au Congrès se feront principalement sentir au sein de l’administration Trump. Mais quelles que soient les répercussions sur la capacité de Trump à gouverner efficacement durant ses deux dernières années de mandat, le contrôle du Congrès par un parti désormais largement dominé par son aile gauche intersectionnelle aura un impact considérable sur les relations américano-israéliennes ainsi que sur la lutte contre l’antisémitisme.
Juifs dans le déni
Ce ne sera pas le message que nous entendrons de la part de la plupart des démocrates juifs. Ils mettront en avant les sondages de sortie des urnes qui montrent que les démocrates ont remporté leurs deux tiers habituels des votes juifs, même si nous ne savons pas encore avec certitude si cela s’est également vérifié dans des États comme le Michigan où leur candidat, le Dr Abdul El-Sayed, est un antisémite notoire.
Ils affirmeront également que la direction du Parti démocrate, tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat, restera entre les mains de modérés comme le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries (démocrate de New York), et le sénateur Chuck Schumer (démocrate de New York), qui se déclarent tous deux partisans d’Israël. Toutefois, notamment dans le cas de Schumer , son rôle de « shomer » ou « gardien » d’Israël au Congrès a longtemps été conditionné par son soutien aux efforts de ses collègues démocrates visant à attaquer le gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et à entraver ses efforts pour vaincre le Hamas, le Hezbollah et l’Iran, allant même jusqu’à minimiser la menace de l’antisémitisme.
Mais comme nous l’avons constaté tout au long de l’année 2026, les modérés ne contrôlent plus le Parti démocrate, surtout en ce qui concerne Israël.
Suite aux victoires aux primaires à travers le pays, la composition des groupes démocrates à la Chambre et au Sénat a été profondément modifiée. Les progressistes, notamment les membres des Socialistes démocrates d’Amérique et leurs alliés de gauche, occuperont désormais des sièges autrefois détenus par les libéraux traditionnels.
Les progressistes dominent
Cela ne signifie pas seulement que les rangs du groupe d’aile gauche du Congrès, surnommé « The Squad », qui s’était déjà étoffé depuis l’élection de ses quatre premiers membres en 2018, vont encore s’agrandir. Ce virage à gauche se fait sentir dans tout le pays, dans le contexte des élections de mi-mandat où les démocrates ont progressé à tous les niveaux de gouvernement.
Qu’est-ce que cela signifiera ?
Durant la campagne, le thème principal des démocrates a largement porté sur l’économie. La hausse des prix de l’essence, conséquence du conflit avec l’Iran, a touché tous les électeurs, mais ce sont surtout les classes populaires, qui avaient massivement voté pour Trump et les républicains en 2024, qui en souffrent. Leur ralliement aux démocrates semble avoir dépassé le simple rejet du parti au pouvoir deux ans après sa victoire à la présidence et au Congrès.
Mais si le mécontentement à l’égard de l’économie ainsi que le sentiment que Trump n’avait pas amélioré la vie des électeurs au cours des deux dernières années leur ont peut-être permis de remporter les élections de mi-mandat, les vainqueurs auront d’autres priorités une fois qu’ils auront prêté serment en janvier.
Comme l’ont démontré les primaires, les deux principaux facteurs de motivation des militants et des candidats du parti n’ont qu’un lien indirect avec ce qui leur a permis de remporter les élections. Les principes fondateurs du Parti démocrate et de sa base reposent désormais sur l’opposition à l’application des lois sur l’immigration et l’hostilité envers Israël.
Trump a mis un terme à l’afflux de millions d’immigrants clandestins entrés aux États-Unis sous l’administration Biden. Cette situation devrait perdurer, même avec un Congrès à majorité démocrate. On peut toutefois s’attendre à ce que les démocrates tentent d’utiliser leur contrôle du Congrès et des financements publics pour stopper les expulsions d’immigrants clandestins.
Et il est tout aussi vrai que leur priorité sera de s’opposer à Trump.
Cela se traduira par des tentatives de destitution du président et des membres de son cabinet, tentatives qui ont de fortes chances d’échouer. Mais cela paralysera l’administration, comme ce fut le cas lors des efforts des démocrates pour déstabiliser Trump durant les deux dernières années de son premier mandat. Plus important encore, le contrôle des commissions parlementaires permettra d’ouvrir des enquêtes sur chaque ministère ainsi que sur les membres de la famille présidentielle. Même si cela n’entraîne aucune conséquence concrète pour les personnes visées, cela influencera sensiblement la capacité de Trump à gouverner efficacement et à mener à bien ses projets.
Cibler Israël
Mais parallèlement, le grand nombre de démocrates anti-israéliens élus par des électeurs qui ont accepté des mensonges sur la guerre à Gaza tenteront de rompre les relations avec Israël.
Les démocrates longtemps considérés comme « modérés », voire pro-israéliens, ont laissé entendre au cours de l’année écoulée qu’on ne pouvait plus compter sur eux pour soutenir un État juif attaqué par l’Iran et ses alliés terroristes. La raison ? Ils constatent dans les sondages que leurs électeurs se réclamant du Parti démocrate se sont retournés contre Israël, ainsi que les résultats des primaires qui envoient des personnalités de gauche anti-israéliennes à Washington.
Plutôt que de tenter de résister à la base de leur parti et de se retrouver hors du pouvoir, des personnalités comme Schumer se rallient aux progressistes.
Durant la campagne, cela impliquait de soutenir un antisémite déclaré comme El-Sayed. Ils craignaient d’être pris pour cible par des militants de gauche en colère. Et maintenant que le démocrate du Michigan, lié aux Frères musulmans, semble sur le point de rejoindre Schumer au Sénat, tandis que d’autres partageant les mêmes opinions font leur entrée à la Chambre des représentants, la même dynamique se reproduira.
Nous savons déjà que cela entraînera des mesures qui modifieront fondamentalement l’alliance avec l’État juif. Cela se traduira par des sanctions contre les Israéliens en Judée-Samarie – une initiative motivée par l’acceptation du récit fallacieux de la « violence des colons ».
L’aide militaire à Israël sera également visée par les démocrates.
Trump a peut-être pensé pouvoir contrer de tels efforts en annonçant cette semaine que l’aide prendra fin progressivement d’ici la fin de l’année et sera remplacée par un partenariat axé sur des efforts conjoints de recherche et de développement d’armements.
À long terme, comme Netanyahu le répète depuis des décennies, c’est précisément ce dont Israël a besoin. Cela permettra à l’État juif d’être moins dépendant des États-Unis et de neutraliser un argument majeur des détracteurs d’Israël. Et ce, malgré le fait que la quasi-totalité de cette aide ait été dépensée aux États-Unis et ait autant profité aux fabricants d’armes américains qu’aux Israéliens. Il est également vrai que le montant de l’aide accordée à Israël est largement inférieur à l’aide que l’Europe reçoit via la participation américaine à l’OTAN, aide qui relève du budget du Pentagone et non du secteur financier.
Néanmoins, opérer ce changement brutalement plutôt que progressivement, comme le souhaitaient les Israéliens qui le désiraient, mettra à rude épreuve leurs forces armées en temps de guerre, alors qu’elles sont déjà fortement sollicitées.
Intégrer l’antisémitisme
Ce que Trump et celui qui finira par diriger le prochain gouvernement israélien doivent comprendre, c’est que les progressistes anti-israéliens ne cherchent pas tant à mettre fin à l’aide qu’à rompre complètement la relation.
Cela se traduira probablement, d’une part, par des efforts visant à empêcher la transition de l’aide au partenariat. Mais l’influence des majorités parlementaires très hostiles à Israël dépassera largement le débat actuel sur le programme d’aide.
Il est clair depuis des années que les démocrates ont non seulement rejeté toute idée de consensus bipartisan concernant l’alliance, mais qu’ils se sont transformés en un parti anti-israélien. Or, les résultats de 2026 ont révélé bien plus que de simples majorités refusant de soutenir les efforts d’Israël pour se défendre.
Avec les victoires de personnalités comme El-Sayed et d’autres qui étaient prêts à répandre des accusations de « génocide » contre Israël à Gaza et qui cherchaient à anathématiser le lobby pro-israélien AIPAC, nous sommes allés bien au-delà des débats sur l’assistance militaire.
Un espace public où l’antisémitisme qu’ils profèrent est normalisé risque de modifier profondément la façon dont les Juifs interagissent avec la société. L’accent mis par El-Sayed sur l’AIPAC , repris dans d’autres campagnes à travers le pays, a utilisé les clichés classiques de la haine des Juifs. Cela rendra encore plus difficile pour les démocrates pro-israéliens, déjà peu nombreux, de se faire entendre ou d’influencer les politiques publiques.
Mais cela aura également un impact sur les républicains.
La majorité des républicains restent favorables à Israël et opposés à l’antisémitisme de la gauche, alimenté par leur acceptation des doctrines toxiques de cette dernière concernant la race, telles que la théorie critique de la race, l’intersectionnalité et le colonialisme de peuplement.
Ce ne sont pas seulement les extrémistes antisémites d’extrême droite, influencés par des podcasteurs comme Tucker Carlson et Candace Owens, qui présenteront le conflit avec l’Iran comme la principale cause de la défaite républicaine. D’autres facteurs ont contribué à ce désastre, notamment l’incapacité de Trump à expliquer clairement ses choix aux Américains, la désignation de candidats désastreux dans plusieurs États et la désillusion générale envers son administration.
Mais plutôt que de simplement reprocher à Trump sa décision, justifiée, d’entrer en guerre contre un régime islamiste qui menace l’Amérique, certains blâmeront probablement Israël.
Cela risque de compromettre les efforts des républicains pour contrer la volonté des démocrates de cibler l’État d’Israël. Il leur sera également plus difficile de se joindre aux initiatives visant à endiguer la vague d’antisémitisme qui déferle sur tous les secteurs de la société, y compris le monde universitaire, la culture populaire et les arts, comme Trump a tenté de le faire.
Le pendule oscille
Rien n’est permanent en politique, et les Démocrates qui célèbrent leur victoire devraient s’en souvenir. Au XXIe siècle, les deux partis se sont partagé le contrôle du Congrès et de la Maison-Blanche de plus en plus fréquemment. Impossible de prédire aujourd’hui quel camp sera le mieux placé pour l’emporter en 2028. Plus les Démocrates, actuellement victorieux, abuseront de leur influence en harcelant Trump et en prenant des mesures contre Israël, moins ils auront de chances de remporter la présidence, surtout s’ils désignent l’un des candidats progressistes, dont l’influence ne cesse de croître.
Une chose est sûre : le pendule de la politique américaine oscille sans cesse.
Certains libéraux juifs, semblant sourds, muets et aveugles à la marginalisation dont ils sont victimes, au même titre que le reste de la communauté, tenteront peut-être de le nier ou de se focaliser uniquement sur leur haine de Trump. Mais il est indéniable que les élections de mi-mandat ont porté un coup dur aux partisans d’Israël et ont offert une victoire à ceux qui souhaitent l’éradication de l’État juif. Dès lors, il est d’autant plus nécessaire que les personnes de bonne volonté, républicaines ou démocrates, juives ou non, redoublent d’efforts pour lutter contre la montée des propos antisémites qui se sont insidieusement infiltrés dans le débat public.
Jonathan S. Tobin est rédacteur en chef de JNS.
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Le candidat démocrate au Sénat du Michigan, le Dr Abdul El-Sayed, s’adresse à ses partisans lors de son dernier rassemblement au Majestic Theater de Detroit, le 2 novembre 2026. Crédit : Salwan Georges/Getty Images.
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