Une juge de la Békaa demande l’arrestation d’un cheikh palestinien accusé de viol sur mineure.

La présidente de la cour d’appel de la Békaa, Nadia Akl, a demandé l’arrestation d’un religieux palestinien résidant dans le village de Manara dans la Békaa, et accusé d’avoir violé une mineure de 15 ans.

L’homme de religion, qui aurait violé la jeune fille en novembre dernier, aurait par la suite tenté de camoufler son crime en l’épousant, en décembre. Il a toutefois aussitôt demandé le divorce, ce qui a provoqué la colère et la suspicion des parents de l’enfant. Le père de la victime a ensuite déposé plainte contre le violeur présumé au commissariat de Rachaya. Le cheikh et la jeune fille ont été appelés à témoigner, avant que la juge Akl ne décide de l’arrestation du cheikh.

Les agressions sexuelles sur mineurs demeurent un sujet tabou au Liban, notamment dans certaines régions excentrées. Il y a deux mois, le prêtre libanais Mansour Labaki avait été condamné par contumace en France à quinze ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur mineurs par la cour criminelle du Calvados à Caen.

En l’absence d’un code unifié du statut personnel au Liban, l’âge du mariage dépend de la communauté religieuse dont sont issus les époux et peut être aussi jeune que neuf ans pour les fillettes de confession chiite.

AFP

Le Vatican est saisi du cas d’un prêtre libanais condamné pour viols.

Mansour Labaky ne doit plus être prêtre. C’est la conviction de l’avocate Solange Doumic et de ses clientes, plusieurs femmes ayant subi dans leur enfance ou leur adolescence des viols ou des agressions sexuelles de la part de l’ecclésiastique libanais à l’époque où celui-ci, entre 1991 et 1998, dirigeait un foyer d’accueil d’orphelins de guerre en Normandie. Elle vient donc d’écrire au Vatican pour que cet homme de 81 ans soit renvoyé à l’état laïc. Dans ce courrier que le JDD a pu consulter, Me Doumic juge la mesure « indispensable », « pour éviter autant que possible de nouvelles victimes abusées par la qualité de l’homme de Dieu, et pour libérer celles qui ont déjà été agressées par lui du poids d’avoir été victimes d’un représentant du Christ ».

Elle s’impose d’autant plus que, ajoute-t-elle, le 23 avril 2012, un décret de la Congrégation pour la doctrine de la foi avait déjà sanctionné Mgr Labaky, lui interdisant notamment d’assurer toute direction spirituelle, de célébrer les sacrements en public et de prendre contact avec les victimes. Or, selon le message adressé à Rome, il « ne respecte en rien » ces décisions.

Le Liban n’extrade pas ses ressortissants

A l’appui de sa demande, Me Doumic avance des éléments nouveaux qui justifieraient un second procès canonique. En 2012, la justice n’avait pas encore tranché, une instruction en cours était toujours ouverte à la suite de dépôts de plaintes. Le 8 novembre, la cour criminelle du Calvados a condamné, en son absence, Mansour Labaky à quinze ans de réclusion criminelle et ordonné son inscription au Fichier national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais). « Seul son renvoi de l’état clérical est à la mesure de l’extrême gravité des crimes qu’il a commis et de la condamnation prononcée par les juridictions de la République », insiste le courrier au Vatican.

Résident dans son pays, il reste à l’abri de l’exécution des peines : le Liban n’extrade pas ses ressortissants. L’avocate ajoute à la liste des griefs le « dénigrement constant » et les « menaces » dont les victimes ont été la cible depuis 2012 : calomnies sur les réseaux sociaux, appels téléphoniques malveillants, courriers injurieux. L’une d’entre elles a ainsi reçu une lettre à son domicile portant son nom de famille accompagné de la mention « la suceuse », avec à l’intérieur la simple phrase non signée : « Honte à toi. » Il y a neuf ans déjà, un évêque à Paris avait alerté la Congrégation pour la doctrine de la foi des pressions exercées par le prêtre libanais sur celles et ceux qui avaient témoigné contre lui.

Il nie les faits

Que peut-il désormais advenir de la démarche auprès du Vatican? Lointaine héritière de l’Inquisition, la Congrégation pour la doctrine de la foi n’est pas seulement chargée de contrôler le bon respect de la doctrine catholique. Elle a aussi pour compétence la poursuite et le jugement canonique des crimes et délits les plus graves contre les mœurs, et notamment les abus sexuels visant des mineurs à la suite d’une décision du pape Jean-Paul II du 30 avril 2001. Ainsi, depuis cette date, les évêques ont obligation de transmettre à Rome tous les dossiers de ce type dont ils ont eu connaissance. Elle peut donc se saisir à nouveau du cas de Mansour Labaky, ouvrir une enquête, et au terme prononcer un jugement.

Ce dernier a toujours nié les faits qui lui sont reprochés. Il n’avait toutefois pas comparu devant la cour criminelle à Caen, au mois de novembre. A l’issue de l’audience et du verdict de culpabilité, son avocate Florence Rault avait dénoncé dans un communiqué un procès ni équitable, ni impartial, où « seuls des témoins à charge ont pu s’exprimer ». Au Liban, Mgr Labaky a déposé plainte contre Solange Doumic et un autre avocat pour « calomnie, injure, diffamation publique, humiliation, publication de fausses nouvelles, invention de crimes, divulgation du secret professionnel, du secret de l’instruction, violation de la présomption d’innocence et menace ».

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