Un beau nom pour un groupe scolaire
de l’école républicaine.

Ainsi s’est exprimé le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Monsieur Pap Ndiaye, en inaugurant le groupe scolaire « Jules-Géraud Saliège » à Toulouse, le 1° septembre 2022. En effet, en donnant ce nom illustre à une école communale, la Ville de Toulouse, dans une démarche républicaine et humaniste, s’est inscrite dans la ligne de Mgr Saliège, qui sut dénoncer le traitement infligé aux juifs par la police Vichy. Cette lettre « sur la personne humaine », du 23 août 1942, qu’il faut lire et relire pour s’en imprégner est d’une singulière actualité.

Cette actualité a été soulignée par les différents intervenants, notamment l’archevêque de Toulouse, Mgr Guy de Kérimel, successeur de Mgr Saliège, M. Élie Korchia président du Consistoire de France, M. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, le ministre M. Pap Ndiaye. Tous ont dénoncé la montée de l’antisémitisme dans une ville marquée par le massacre de l’école Ozar Hatorah le 19 mars 2012, où des enfants juifs, Myriam Monsonego, Arié et Gabriel Sandler, ont été assassinés avec le père de ces derniers, Jonathan Sandler, pour la seule raison d’être juifs. La dénonciation de l’antisémitisme d’extrême droite comme celui d’extrême gauche lié à l’islamisme, a été vigoureuse. Pour le Maire, « donner le nom de Mgr Saliège à un lieu d’éducation, de partage et de connaissances comme une école relève aujourd’hui de notre devoir citoyen de mémoire ». Un arbre, symbole de vie, a été planté dans la cour de l’école.

Mgr Saliège fut reconnu par le général de Gaulle comme Compagnon de la Libération et par l’Institut Yad Vashem à Jérusalem comme Juste parmi les Nations. Ces deux reconnaissances permettent de faire le lien entre son patriotisme et son action en faveur de la Résistance, son refus de l’antisémitisme et son engagement sans faille pour ne pas laisser les juifs seuls face à la persécution, au point que sa lettre fut dénoncée comme « philosémite » par un agent de Vichy. En réalité il s’agissait pour lui, de dire son soutien aux juifs, comme il l’avait déjà fait en avril 1933 en compagnie d’un rabbin et d’un pasteur, lors d’une manifestation contre l’antisémitisme nazi.

J’espère que les enseignants de cette école sauront faire comprendre à leurs élèves le sens profond de son message, lorsqu’à l’aide d’une phrase simple, composée d’un sujet, d’un verbe, d’un complément, il affirme l’évidence : « les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes ». Ces phrases qui claquent comme un drapeau au vent, pourraient faire l’objet de belles leçons tout à la fois de grammaire pour montrer la puissance et la clarté de la langue française lorsqu’elle est bien écrite, et de civisme pour mettre en évidence l’unité intrinsèque du genre humain, la dignité de toute personne, et la vertu du courage. Par la simplicité de sa structure et par l’efficacité de ses phrases courtes, la lettre de Mgr Saliège peut être comprise de tous. La lettre est reproduite dans le hall d’entrée de l’école.

La cérémonie d’inauguration, en présence plusieurs centaines de personnes, de nombreuses autorités religieuses, politiques, militaires, et des représentants des Anciens combattants, a été aussi une manifestation d’amitié judéo-chrétienne au sein d’une école publique, avec la présence de nombreux représentants des communautés juives et chrétiennes. L’AJCF était représentée par son président et son secrétaire général, le rabbin Éric Aziza.

 

La lettre de Monseigneur Saliège
23 août 1942

Mes très chers Frères,

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.
Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe‐t‐il plus ?
Pourquoi sommes‐nous des vaincus ?
Seigneur ayez pitié de nous.
Notre‐Dame, priez pour la France.

Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes, les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.
France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.

Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement.

Jules‐Géraud Saliège
Archevêque de Toulouse

 

 

Extrait de la newsletter du Consistoire de France du 15 juillet 2022

Lecture ce chabbat de la lettre de Mgr Saliège

Chers amis,

Il y a quatre-vingt-ans, les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13 000 personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards furent arrêtés avec la complicité de la police française, parce que Juifs. D’abord détenus au Vélodrome d’Hiver dans des conditions d’hygiène déplorable, ils furent ensuite transférés dans des camps de transit avant d’être envoyés vers la mort dans des wagons à bestiaux.

Peu de voix se sont alors élevées pour dénoncer les atrocités commises par les Nazis et le régime de Vichy. Monseigneur Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, fait partie de ceux qui dénoncèrent très tôt l’antisémitisme et les exactions nazies. Il y eut aussi Monseigneur Théas puis le Pasteur Boegner.

Le 23 août 1942, Monseigneur Saliège ordonne la lecture, dans toutes les paroisses de son diocèse, de la lettre pastorale intitulée Et clamor Jerusalem ascendit. « Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier », écrit-il notamment.

Cela réveilla clairement les consciences chrétiennes.

Pour rendre hommage à son courage, nous vous invitons à lire ce chabbat à vos fidèles la lettre qu’il avait adressée alors à ses fidèles, afin de susciter la résistance et l’engagement du plus grand nombre.

Avec notre Cordial Chalom

Elie KORCHIA                                     Haïm KORSIA

Président du Consistoire de France     Grand Rabbin de France

Source : AJCF

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