La Russie fait planer la menace de ne pas prolonger l’accord sur les exportations des céréales ukrainiennes

Alors qu’elle a accepté de « livrer gratuitement » des céréales aux pays africains risquant la famine, la Russie maintient l’incertitude sur le prolongement, ou non, de l’accord sur les exportations ukrainiennes. Signé fin juillet, il prendra fin le 19 novembre. La Russie dénonce notamment le blocage de ses exportations d’engrais à cause des sanctions occidentales.

La Russie viendra en aide aux pays africains qui risquent la famine. C’est du moins ce qu’a promis, ce vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan. Selon le dirigeant, la Turquie et la Russie vont « livrer gratuitement » des céréales afin d’aider « les pays en développement ». Le président russe Vladimir « Poutine m’a dit que nous devrions livrer gratuitement des céréales à ces pays, comme Djibouti, la Somalie et le Soudan », a-t-il assuré. « Nous sommes tombés d’accord et nous sommes convenus de discuter de cela plus largement lors du G20 » prévu mi-novembre en Indonésie, a poursuivi Erdogan. Moscou s’était, en effet, déjà dit prêt samedi à livrer gratuitement 500.000 tonnes de céréales aux pays pauvres dans les prochains mois avec l’aide de la Turquie.

La semaine précédente, alors que la Russie avait suspendu l’accord sur les exportations de céréales, l’Ukraine avait tiré la sonnette d’alarme à propos des risques de famine pour les pays les plus dépendants de ces livraisons. « La Russie est la seule responsable du fait que la nourriture va devenir plus chère en Afrique de l’Ouest et en Asie de l’Est. La Russie est la raison pour laquelle la population, en Ethiopie, en Somalie ou au Yémen, va devoir faire face à des pénuries catastrophiques (…). L’Ethiopie est proche de la famine », avait lancé le président Ukrainien, Volodymyr Zelenski.

Accord suspendu puis réintégré par la Russie

Même si Vladimir Poutine s’est engagé à subvenir aux besoins en céréales des pays Africains, l’incertitude demeure toujours sur l’avenir de l’accord sur les exportations ukrainiennes signé fin juillet à Istanbul qui arrive à échéance le 19 novembre. Conclu sous l’égide de l’ONU et de la Turquie, il a permis de débloquer les exportations de céréales ukrainiennes. Dix millions de tonnes de céréales et autres produits agricoles ont été exportées depuis le 1er août. Mais, le 29 octobre, Vladimir Poutine a, pendant quelques jours, suspendu cet accord après une attaque sur sa flotte en Crimée. Selon l’armée russe, les drones aériens et marins qui ont frappé la flotte russe stationnée à Sébastopol ont violé la zone démilitarisée de transport des céréales. Moscou estime que ces drones ont pu partir « depuis l’un des navires civils affrétés par Kiev ou ses maîtres occidentaux pour l’exportation de produits agricoles depuis les ports maritimes d’Ukraine ».

Si elle a finalement annoncé réintégrer l’accord le 2 novembre, la Russie a également indiqué ne pas avoir encore décidé si elle donnerait ou non son aval à son extension une fois qu’il sera arrivé à expiration dans un peu plus de deux semaines. La récente décision de la Russie de revenir dans cet accord ne « signifie pas » qu’elle voudra le prolonger au-delà du 19 novembre, sa date limite actuelle, a prévenu le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. « La date limite n’est pas encore passée (…) Avant de décider de continuer, il sera nécessaire de procéder à une évaluation avant le 19 (novembre) sur l’efficacité de la transaction, de la façon dont ses paramètres ont été mis en œuvre », a-t-il ajouté.

Ce vendredi, la pression s’intensifiait sur la Russie ; de nombreuses voix s’élevant pour inciter Moscou à prolonger l’accord. À commencer par les pays du G7. « Tout le monde est d’accord sur la nécessité de prolonger l’accord céréalier de la mer Noire », a indiqué un diplomate américain de haut rang à des journalistes sous couvert d’anonymat en marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 à Münster, en Allemagne. De même, le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé, depuis Pékin, Vladimir Poutine à « ne pas refuser la prolongation de l’accord céréalier qui expire dans quelques jours. La faim ne doit pas devenir une autre arme ». De son côté, l’ONU a dit, jeudi, avoir des raisons d’espérer que l’accord sur les exportations de céréales sera prolongé.

Obstacles aux livraisons d’engrais russe

Mais des points bloquent du côté de la Russie qui dit être victime d’obstacles à ses propres exportations de céréales et d’engrais à cause des sanctions occidentales. Lors d’un déplacement en Jordanie jeudi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a réitéré ces reproches et appelé à prendre des « mesures sérieuses » pour « lever les obstacles » aux exportations russes.

Le même jour, l’ONU a pourtant assuré que les négociations pour débloquer ces dernières avaient fait « d’importants pas en avant », tout en reconnaissant qu’il restait du chemin à parcourir avant de lever tous les obstacles. Il s’agit du second des deux accords conclus entre la Russie et l’Ukraine en guerre sous l’égide des Nations unies et de la Turquie. Le deuxième étant celui sur les exportations de céréales. « Nous travaillons très dur pour mettre cela en œuvre et nous avons des résultats concrets. Nous avons fait d’importants pas en avant, mais il reste encore du chemin à faire », a expliqué Rebeca Grynspan, qui dirigeait la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), lors d’un point de presse à Genève. « Nous avons procédé à des clarifications et des discussions avec l’UE, les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour résoudre les problèmes et je crois que nous avons fait des progrès », a-t-elle souligné, tout en tempérant : « Pas autant de progrès que j’aurais aimé en voir, mais c’est un problème difficile, un écosystème complexe ». « Nous allons essayer d’avancer nettement dans cette direction et je l’espère avant la date butoir » pour l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes ou « Black Sea Grain Initiative », a-t-elle encore assuré.

En guise d’explication au blocage des exportations d’engrais qui ne sont, en principe, pas concernées par les sanctions imposées par les pays occidentaux depuis l’invasion de l’Ukraine, Rebeca Grynspan a expliqué que ces sanctions suscitaient malgré tout de fortes réticences du secteur privé à s’engager dans l’export des engrais, de peur de provoquer l’ire des pays occidentaux et de se retrouver sur leurs listes noires.

Elle a toutefois affirmé qu’un indicateur de progrès « sera de réussir à faire parvenir dans les pays qui en ont le plus besoin des engrais qui sont actuellement bloqués dans des ports quelque part en Europe avant la saison des semailles. C’est la priorité absolue ». Elle compte aussi sur la baisse des prix du gaz, composant essentiel pour la fabrication d’engrais, pour que la production européenne puisse repartir et permettre de résorber la pénurie.

latribune.fr (Avec AFP)
L’accord sur les céréales ukrainiennes a permis d’exporter 10 millions de tonnes de céréales et autres produits agricoles depuis le 1er août. (Crédits : Haropa)

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.